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Des ripailles, de la faim, de la mort

Pimaly - 15 juillet 2022 05:54

« Le 17 juillet 1789, le prince de Condé part pour l’exil, livrant au chômage une pléiade d’artistes de premier plan, chefs rôtisseurs, sauciers, pâtissiers. Avant la fin de l’année, Robert qui avait contrôlé ses cuisines, fonde un restaurant. Ce reclassement est plus qu’un symbole : il cristallise des aspirations éparses; il donne le coup d’envoi au nouveau régime alimentaire.

Les historiens se sont peu souciés de la gastronomie révolutionnaire. S’ils ont amplement commenté la faim qui tenaille Paris dès 1789, croissant dramatiquement jusqu’à la disette de 1794, ils n’ont pas pris garde aux contrastes saisissants : en pleine Terreur, la France envahie, la guerre coûteuse et meurtrière, la mort partout présente : en filigrane sur la langue des délateurs, soulevant l’Assemblée dans les diatribes de la Montagne, offerte en spectacle chaque jour sur la place de la Révolution — et la gourmandise défiant la peur comme un domaine préservé du désir, la transgression tolérée au renoncement universel. Les condamnés se font servir dans les geôles. Nulle entrave à ce trafic paradoxal : « Les victimes, dans les prisons, sacrifiaient à l’estomac, et l’étroit guichet voyait passer les viandes les plus exquises pour des hommes qui touchaient à leurs derniers repas et qui ne l’ignoraient point. Du fond d’un cachot, on faisait un traité avec un restaurant, et les articles étaient signés de part et d’autre avec des conventions particulières sur les primeurs. On ne visitait point un prisonnier sans lui apporter pour consolation la bouteille de bordeaux, les liqueurs des Îles et le plus délicat des pâtés. De son côté, le pâtissier qui sait très bien que la bouche va toujours, faisait descendre ses cartes jusqu’au fond des prisons. » L’argent manque, se dévaluant rapidement avec les prix qui montent, le commerce compromis, la raréfaction des denrées. Mais il s’en trouve — sait-on comment ? — sortant des cachettes séculaires, pour les frivolités de la chère. Louis-Sébastien Mercier a saisi sur le vif la portée théâtrale de ces comportements déroutants  « C’est la grande bouche du peuple qui dans cette ville immense, vrai réservoir de jouissance, fait sortir de tous les coffres, de toutes les cachettes les écus rouillés, quelque lente que soit la circulation ou la rareté du numéraire, les écus ensevelis depuis un siècle et dont le magique pouvoir met en activité les moulins à vent, les tonneaux de vin, les bouchers et les cuisiniers de tous grades. En vain l’écu semble dormir invisible au fond des coffre-forts ou des caves les plus obscures, toujours faut-il qu’il en ressorte bel et beau pour l’ordonnance des tables et la somptuosité des festins. Ils ont eu lieu à côté des comités où l’on prononçait sur la vie et sur la mort des hommes. Après l’office des bourreaux venait celui des marmitons. » »

Blandine Vié - Greta Garbure

https://gretagarbure.com/la-petite-cuisine-du-14-juillet/

Des ripailles, de la faim, de la mort

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Pimaly15 juillet 2022 05:54

« Le 17 juillet 1789, le prince de Condé part pour l’exil, livrant au chômage une pléiade d’artistes de premier plan, chefs rôtisseurs, sauciers, pâtissiers. Avant la fin de l’année, Robert qui avait contrôlé ses cuisines, fonde un restaurant. Ce reclassement est plus qu’un symbole : il cristallise des aspirations éparses; il donne le coup d’envoi au nouveau régime alimentaire.

Les historiens se sont peu souciés de la gastronomie révolutionnaire. S’ils ont amplement commenté la faim qui tenaille Paris dès 1789, croissant dramatiquement jusqu’à la disette de 1794, ils n’ont pas pris garde aux contrastes saisissants : en pleine Terreur, la France envahie, la guerre coûteuse et meurtrière, la mort partout présente : en filigrane sur la langue des délateurs, soulevant l’Assemblée dans les diatribes de la Montagne, offerte en spectacle chaque jour sur la place de la Révolution — et la gourmandise défiant la peur comme un domaine préservé du désir, la transgression tolérée au renoncement universel. Les condamnés se font servir dans les geôles. Nulle entrave à ce trafic paradoxal : « Les victimes, dans les prisons, sacrifiaient à l’estomac, et l’étroit guichet voyait passer les viandes les plus exquises pour des hommes qui touchaient à leurs derniers repas et qui ne l’ignoraient point. Du fond d’un cachot, on faisait un traité avec un restaurant, et les articles étaient signés de part et d’autre avec des conventions particulières sur les primeurs. On ne visitait point un prisonnier sans lui apporter pour consolation la bouteille de bordeaux, les liqueurs des Îles et le plus délicat des pâtés. De son côté, le pâtissier qui sait très bien que la bouche va toujours, faisait descendre ses cartes jusqu’au fond des prisons. » L’argent manque, se dévaluant rapidement avec les prix qui montent, le commerce compromis, la raréfaction des denrées. Mais il s’en trouve — sait-on comment ? — sortant des cachettes séculaires, pour les frivolités de la chère. Louis-Sébastien Mercier a saisi sur le vif la portée théâtrale de ces comportements déroutants  « C’est la grande bouche du peuple qui dans cette ville immense, vrai réservoir de jouissance, fait sortir de tous les coffres, de toutes les cachettes les écus rouillés, quelque lente que soit la circulation ou la rareté du numéraire, les écus ensevelis depuis un siècle et dont le magique pouvoir met en activité les moulins à vent, les tonneaux de vin, les bouchers et les cuisiniers de tous grades. En vain l’écu semble dormir invisible au fond des coffre-forts ou des caves les plus obscures, toujours faut-il qu’il en ressorte bel et beau pour l’ordonnance des tables et la somptuosité des festins. Ils ont eu lieu à côté des comités où l’on prononçait sur la vie et sur la mort des hommes. Après l’office des bourreaux venait celui des marmitons. » »

Blandine Vié - Greta Garbure

https://gretagarbure.com/la-petite-cuisine-du-14-juillet/

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Pimaly

20 juillet 2022 09:42
fragile444 a écrit :
Pim , aurais - tu jeté un froid sur ton topic ? C'est un bien par cette canicule !

😃 n’est-ce pas ?
J'adore quand ça fait mouche 😊

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fragile444

19 juillet 2022 00:56

Pim , aurais - tu jeté un froid sur ton topic ? C'est un bien par cette canicule !

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Pimaly

17 juillet 2022 12:40
fragile444 a écrit :
Ben moi , j'aime que Pimaly me ( nous) signale un article intéressant à lire , parce qu'il y a longtemps que je ne lis presque plus les journaux . Ce qu'elle me propose est en général original , varié , instructif d'une manière plaisante , bref , ça me plaît . Dans le cas contraire , je lirais deux lignes et je tournerais la page , sans commentaire désagréable . Le topic s'adresse à des tas de personnes qui apprécient ou pas !

Merci ma biche.
Mais toi... c'est toi...❤️😘

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Maximus

17 juillet 2022 12:26
fifiloulou a écrit :
oui ca sent le copié/collé mais après tout pourquoi pas.L'histoire c'est souvent cela sur un sujet pas très guerrier;la cuisine.C'est mieux que le copié/décollé ou l'on ne peut plus parler de la shoah à l'école et surtout bien plus haineux.J'aimerais voir Pinaly de face à visage découvert et non pas caché dérrière un....chapeau ouf je me suis fait peur.

C'est sûr que caché derrière un profil ombré sans photo sur le forum, c'est autrement plus classe !

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fragile444

17 juillet 2022 02:20

Ben moi , j'aime que Pimaly me ( nous) signale un article intéressant à lire , parce qu'il y a longtemps que je ne lis presque plus les journaux . Ce qu'elle me propose est en général original , varié , instructif d'une manière plaisante , bref , ça me plaît . Dans le cas contraire , je lirais deux lignes et je tournerais la page , sans commentaire désagréable . Le topic s'adresse à des tas de personnes qui apprécient ou pas !

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Pimaly

16 juillet 2022 19:35
Carmenlustucru a écrit :
Mais c'est quoi votre problème avec le copié/collé ? 🤨🤔
On cite un texte pour ensuite échanger sur ce thème, c'est très courant sur le web...
Ça me fait penser à "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt". 🙄

M'enfin Carmen, le copié/collé n'y est pour rien ! 😄

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Carmenlustucru

16 juillet 2022 18:14

Mais c'est quoi votre problème avec le copié/collé ? 🤨🤔
On cite un texte pour ensuite échanger sur ce thème, c'est très courant sur le web...
Ça me fait penser à "Quand le sage montre la lune, l'imbécile regarde le doigt". 🙄

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Pimaly

16 juillet 2022 17:17
fifiloulou a écrit :
oui ca sent le copié/collé mais après tout pourquoi pas.L'histoire c'est souvent cela sur un sujet pas très guerrier;la cuisine.C'est mieux que le copié/décollé ou l'on ne peut plus parler de la shoah à l'école et surtout bien plus haineux.J'aimerais voir Pinaly de face à visage découvert et non pas caché dérrière un....chapeau ouf je me suis fait peur.

"oui ca sent le copié/collé"

Compte-tenu de l'indication du nom de l'auteur, de celui du site et du lien de l'article, pfiou... quel fin limier vous faites... 😄

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fifiloulou

16 juillet 2022 17:01

oui ca sent le copié/collé mais après tout pourquoi pas.L'histoire c'est souvent cela sur un sujet pas très guerrier;la cuisine.C'est mieux que le copié/décollé ou l'on ne peut plus parler de la shoah à l'école et surtout bien plus haineux.J'aimerais voir Pinaly de face à visage découvert et non pas caché dérrière un....chapeau ouf je me suis fait peur.

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Carmenlustucru

16 juillet 2022 14:48

Avec ou sans copié-collé ça serait déja bien d'en ouvrir un de topic (et non un forum..🙄) avant d'ouvrir sa bouche !

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fifiloulou

16 juillet 2022 09:09

bien vu! la cuisine française cousine de l'italienne avec Catherine de Médicis, venue avec ses cuistots à la cour de France, est passée de l'aristocratie à la bourgeoisie et en bout de course au peuple. Quoique les saumons de la Seine, polluée à l'époque par la merde parisienne, et servis en prisons n'étaient pas vu comme un poisson raffiné. Les vins n'ont plus qui n'atteignaient pas les qualités actuelles et se conservaient pas toujours très bien. Mais dirons nous, France et Italie ont su faire prospérer ce patrimoine ,bien mal mené en ce moment au niveau mondial. La quantité l'emporte sur la qualité pour nourrir 08 milliards d'habitants et l'avenir de la gastronomie ???? recule devant les burgers tacos et autres inventions culinaires. La farine qui compose le pain des burgers n'est pas la meilleur. Aux US, par exemple, ils n'ont qu'une sorte de farine et les boulangeries Paul américaines ne peuvent pas faire du pain équivalent aux pains français ou les boulangers mélangent les meilleurs farines, comme les œnologues pour le vin,. Nous sommes gâtés en France...

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Claude-

16 juillet 2022 07:29

Bon rappel d’une certaine actualité d’une certaine époque !

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Carmenlustucru

15 juillet 2022 11:25

Actuellement sur France musique :

"Monteverdi et le risotto de Mantoue, par Philippe Beaussant : Une archive de 2006 (R)" sur https://www.radiofrance.fr/francemusique/podcasts/les-tresors-de-france-musique/monteverdi-et-le-risotto-de-mantoue-par-philippe-beaussant-une-archive-de-2006-r-3490699 via @radiofrance

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Maximus

15 juillet 2022 10:52
janine33 a écrit :
Pour moi aussi !

Comme cette fanfare de Montpellier, composée uniquement de femmes, intitulée "Lady Jaja". Perso entre garbure et jaja, mon choix est vite fait. 🍷

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Cathy 77

15 juillet 2022 09:00

Tout fout le camp.
Maintenant, c'est livraison de "patates" par dessus le grillage des prisons...🙄

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