Avatar langueagile

Sidérurgie .

langueagile - 25 février 2026 18:57

Il se leva à deux heures du matin. Un rapide coup d'oeil par la fenêtre. Il avait encore neigé cette nuit, la route serait gelée.
Un rapide petit déjeuner, un restant de soupe aux choux arrosé d'un coup de rouge, et il serait prêt à affronter la route qui le mènerait à ses huit heures de damné. Son épaisse canadienne et sa casquette bien enfoncée sur son crane le protégeaient mal du froid, ses grosses chaussures à bout renforcé raclaient la beige nouvelle qui cachait la glace.
Arrivé au bout de la route il y avait la grille d'entrée de l'enfer, à gauche le terril encore fumant, et en face, se découpant sur le ciel d'encre noire, les trois volcans crachant la fumée acide au dessus du rouge-ocre zébré de jaune des haut-fourneaux.
Quatre heures moins dix, il serait à l'heure ! La pointeuse enregistra son exactitude, comme toujours... Il avait toujours été à l'heure, même le jour de la naissance de son dernier, et cela faisait quelques années déjà... Mais aujourd'hui était une journée spéciale. Aujourd'hui avait lieu une coulée spéciale... La coulée !
Habillé de sa combinaison d'amiante, casqué de son heaume à visière de verre opaque, sa longue barre de fer tenue fermement à deux mains, il semblait réfléchir, jetant un regard curieux autour de lui. Le bruit, ce bruit qui aurait du faire partie de sa vie, mais auquel il ne s'habituerait jamais, faisait trembler l'air sur-chauffé; le tac tac de la riveteuse rivalisait avec le boum boum du pilon. A l'étage, surplombant l'arène, les techniciens et les ingénieurs allaient superviser le travail, un véritable travail, l'accouchement, la réalisation de la PIECE.
Alors il fit un signe, la trappe de Satan s'ouvrit, et la lave infernale jaillit... Tenant le feu sur sa barre, vite, il en déposa une partie sur la table d'ouvrage où le meilleur ouvrier commença son travail de sculpture, tirant, martelant, façonnant le métal !!
Fasciné, tout le monde suivait des yeux le miracle qui prenait forme. Un dernier coup de lime, une dernière inspection, et la PIECE fut présenté au Maitre des forges, pour approbation, et à Monsieur le Directeur qui s'était spécialement déplacé pour la circonstance.
Midi allait sonner, la fin de son service... La relève allait arriver. L'ébauche était terminée, on pourrait en tirer des milliers d'exemplaires. La réussite, la fierté, la renommée aussi !
Alors déboula un planton, tenant un papier dans la main, le décret de Mars 1983 entrait en vigueur, la fermeture de la sidérurgie en Lorraine.
L.A.

Sidérurgie .

Avatar langueagile

langueagile25 février 2026 18:57

Il se leva à deux heures du matin. Un rapide coup d'oeil par la fenêtre. Il avait encore neigé cette nuit, la route serait gelée.
Un rapide petit déjeuner, un restant de soupe aux choux arrosé d'un coup de rouge, et il serait prêt à affronter la route qui le mènerait à ses huit heures de damné. Son épaisse canadienne et sa casquette bien enfoncée sur son crane le protégeaient mal du froid, ses grosses chaussures à bout renforcé raclaient la beige nouvelle qui cachait la glace.
Arrivé au bout de la route il y avait la grille d'entrée de l'enfer, à gauche le terril encore fumant, et en face, se découpant sur le ciel d'encre noire, les trois volcans crachant la fumée acide au dessus du rouge-ocre zébré de jaune des haut-fourneaux.
Quatre heures moins dix, il serait à l'heure ! La pointeuse enregistra son exactitude, comme toujours... Il avait toujours été à l'heure, même le jour de la naissance de son dernier, et cela faisait quelques années déjà... Mais aujourd'hui était une journée spéciale. Aujourd'hui avait lieu une coulée spéciale... La coulée !
Habillé de sa combinaison d'amiante, casqué de son heaume à visière de verre opaque, sa longue barre de fer tenue fermement à deux mains, il semblait réfléchir, jetant un regard curieux autour de lui. Le bruit, ce bruit qui aurait du faire partie de sa vie, mais auquel il ne s'habituerait jamais, faisait trembler l'air sur-chauffé; le tac tac de la riveteuse rivalisait avec le boum boum du pilon. A l'étage, surplombant l'arène, les techniciens et les ingénieurs allaient superviser le travail, un véritable travail, l'accouchement, la réalisation de la PIECE.
Alors il fit un signe, la trappe de Satan s'ouvrit, et la lave infernale jaillit... Tenant le feu sur sa barre, vite, il en déposa une partie sur la table d'ouvrage où le meilleur ouvrier commença son travail de sculpture, tirant, martelant, façonnant le métal !!
Fasciné, tout le monde suivait des yeux le miracle qui prenait forme. Un dernier coup de lime, une dernière inspection, et la PIECE fut présenté au Maitre des forges, pour approbation, et à Monsieur le Directeur qui s'était spécialement déplacé pour la circonstance.
Midi allait sonner, la fin de son service... La relève allait arriver. L'ébauche était terminée, on pourrait en tirer des milliers d'exemplaires. La réussite, la fierté, la renommée aussi !
Alors déboula un planton, tenant un papier dans la main, le décret de Mars 1983 entrait en vigueur, la fermeture de la sidérurgie en Lorraine.
L.A.

avatar
Avatar Margaret

Margaret

27 février 2026 15:12

Eh bien, je suis née en Lorraine, j'ai connu cette pleine activite, maintenant c'est triste.

Répondre·

Avatar rodoalex

rodoalex

26 février 2026 11:40
Roselyne a écrit :
Pourquoi ? Parce que sa chanson exprime le regret de ne plus pouvoir travailler en aciérie ? Il dit bien que c'est un travail très dur qui lui ronge le corps.
Mais en même temps, c'est un métier exercé de père en fils, un métier de fierté, et de courage. Ou il y a beaucoup de solidarité entre les ouvriers. Une activité qui fait vivre la région
Ça c'est ressenti de même chez les mineurs dans les Hauts-de-France

Très bien résumé Roselyne.

Répondre·

Avatar 2ALAIN

2ALAIN

26 février 2026 10:24

La réalité c'est ça :
https://www.franceinfo.fr/faits-divers/le-compteur-etait-bloque-a-153-km-h-trois-morts-dont-deux-adolescents-et-deux-blesses-dans-une-collision-dans-le-pas-de-calais_7829588.html

"Le véhicule était complètement encastré dans l'arbre et la voiture avec les jeunes était ici, mais vraiment dans le sens inverse de la circulation, complètement écrasée. Son compteur était bloqué à 153 km/h, ce qui est énorme sur une route à 30 km/h", décrit Daniel Kania, adjoint (DVG) à la mairie de Libercourt.

On commence à parler de la suppression du permis ( trop compliqué pour les jeunes !! )

Répondre·

Avatar Roselyne

Roselyne

26 février 2026 09:24
2ALAIN a écrit :
C'est pour moi , esclave néo hégélien , la pire des chanson de BL ( vu en concert à Vence et à Nice Cimiez )

Pourquoi ? Parce que sa chanson exprime le regret de ne plus pouvoir travailler en aciérie ? Il dit bien que c'est un travail très dur qui lui ronge le corps.
Mais en même temps, c'est un métier exercé de père en fils, un métier de fierté, et de courage. Ou il y a beaucoup de solidarité entre les ouvriers. Une activité qui fait vivre la région
Ça c'est ressenti de même chez les mineurs dans les Hauts-de-France

Répondre·

Avatar yalow

yalow

26 février 2026 09:14
Éclipse a écrit :
Et il paraît que l'IA va engendrer beaucoup de chomage.
Entre robots et ia
On entre dans l'ere de la sélection des humains
Seuls les plus riches resteront.
Meme les + intelligents adroits erudits malins forts ne résisteront pas
ils se battrons entre eux
Résultat extinction de la race humaine..

On a dit pareil pour l invention de l ' imprimerie. Et du train...

Répondre·

Avatar navigateur

navigateur

26 février 2026 08:56

Et oui, petit à petit, on ne produit plus rien en France, pour acheter moins cher et faire plus de profit... Mais au final, si le consommateur n'a plus de sous, qui va acheter ?

Répondre·

Avatar Roselyne

Roselyne

26 février 2026 08:40

Très beau texte. Ça me rappelle les fermetures des mines de charbon dans ma région d'origine les Hauts-de-France, dernier puit fermé en décembre 1990 à Oignies 62 Pas de Calais
Il y avait également des acieries dans la région dont certaines ont fermées comme a Denain 59 Nord. Un de mes cousins qui travaillait
dans celle de Dunkerque s'était fait muté à Fos sur mer, qui a été fermé aussi depuis, lui était déjà en retraite quand ça s'est produit.
Arcelor Mittal qui avait racheté des acieries françaises les ferment toutes les unes après les autres, d'après ce que j'ai lu. Encore un savoir faire français qui s'arrête et on va devoir se fournir à l'étranger

Répondre·

Avatar Éclipse

Éclipse

26 février 2026 08:40
yalow a écrit :
Coucou. François de qui est ce texte. Très bien ecrit, poétique, ? Et puis aussi un monde qui se termine. Comme la fermeture des mines dans le Nord. La vie de ces.gens qui basculait.. cela dit comme chaque fois qu il y a des licenciements. Derrière une lettre remise à un salarié. Il y a un drame humain. Et pire maintenant , qu ' avant. Car il y a de moins en moins de solidarité familiale.

Et il paraît que l'IA va engendrer beaucoup de chomage.
Entre robots et ia
On entre dans l'ere de la sélection des humains
Seuls les plus riches resteront.
Meme les + intelligents adroits erudits malins forts ne résisteront pas
ils se battrons entre eux
Résultat extinction de la race humaine..

Répondre·

Avatar rodoalex

rodoalex

26 février 2026 08:33
2ALAIN a écrit :
C'est pour moi , esclave néo hégélien , la pire des chanson de BL ( vu en concert à Vence et à Nice Cimiez )

Non pas la pire des chansons.

Répondre·

Avatar 2ALAIN

2ALAIN

26 février 2026 08:29

C'est pour moi , esclave néo hégélien , la pire des chanson de BL ( vu en concert à Vence et à Nice Cimiez )

Répondre·

Avatar minou13118

minou13118

26 février 2026 08:21

Que de souvenirs, merci

Répondre·

Avatar rosefrydland

rosefrydland

26 février 2026 07:11

bravo pour ce magnifique texte. on a l'impression d'y être. quel dommage cette fermeture.
tout part à vau l'eau.....maintenant on a l'IA qui va savoir tout faire et l'être humain risque de devenir son esclave......jo

Répondre·

Avatar avoriaz

avoriaz

26 février 2026 06:11

très belle chanson !

Répondre·

Avatar rodoalex

rodoalex

26 février 2026 06:03
bernard a écrit :
Cela me fait penser à la chanson de Bernard Lavilliers "Mains d'or"

Tout à fait, il a travaillé comme siderurgiste.
Lors de la fermeture il a fait un mini concert.
Je l'ai rencontré à Nancy.

Répondre·

Avatar bernard

bernard

26 février 2026 00:15

Cela me fait penser à la chanson de Bernard Lavilliers "Mains d'or"

Répondre·