Un matin à Paris
aldu06 - 18 janvier 2026 17:20
Ce matin-là, j’avais décidé de revenir dans mon ancien quartier, à vrai dire là où je suis né. Je descendais tranquillement la rue, m’écartant pour laisser passer les gens qui sortaient des bouches de métro pour regagner leur domicile ou leur lieu de travail. J’envisageais d’aller prendre mon petit déjeuner vers le marché Maubert où l’on trouvait toujours des endroits sympas pour becter. Soudain, je vis surgir à ma droite, l’ami Henri que je n’avais pas revu depuis des années. Ravis de nous rencontrer, on s’est écarté sous un porche pour discuter le bout de gras.
Je luis demandai aussitôt des nouvelles du quartier, des copains, des familles. Il était assez intarissable sur la vie du quartier car c’était quand même un « vieux de la vieille » et qui avait des antennes partout. Depuis que j’avais émigré en banlieue je n’avais eu aucun écho de ce passé si cher à mon cœur. Il m’annonça tout de go une très triste nouvelle :
-Tu sais que Michel est mort ?
-Michel, c’est pas vrai. Non, je ne suis pas au courant. Qu’est-ce qu’il a eu ?
- Il s’est fait renverser par un camion en traversant le boulevard Saint-Germain. Mort sur le coup.
-Merde alors. C’est arrivé quand ?
-Je crois que c’était fin septembre dernier. On m’a dit qu’il avait voulu traverser entre deux voitures quand le camion de livraison l’a tapé. D’après Fred, il aurait vu Sylvia, son ancienne copine, de l’autre côté du boulevard et ça lui a été fatal.
Je me souvins que Michel avait été très amoureux de Sylvia mais qu’après lui avoir accordé ses faveurs elle avait préféré partir avec cette grande gueule de Franck, un vrai connard, imbu de lui-même et assez agressif, souvent entouré d’une cour de donzelles énamourées. J’avais d’ailleurs eu une prise de bec avec lui qui avait failli dégénérer. L’annonce de la mort de Michel me glaça les sangs. Je l’aimais bien Michel, il avait toujours des trucs sympas à raconter. Il était assez cool comme mec. Je demandai à Henri s’il avait des nouvelles de Béatrice, devenue la copine de Michel après son infortune avec Sylvia.
-Ouais, Béa. va bien. Elle reste seule avec leur fille, Solange mais je crois qu’elle veut refaire sa vie, sans doute avec Maxence qui était leur meilleur copain à tous deux. Non pas qu’il se soit jeté sur elle après le décès de Michel mais il y avait entre eux trois une réelle affection et je pense que c’est une bonne chose qu’ils se mettent ensemble. Je suis sûr que,« là-haut », ça fait plaisir à Michel.
J’approuvai cette sage décision et l’avis pertinent d’Henri. En effet, si l’au-delà existait, Michel serait heureux de savoir Béa et la petite à l’abri d’un tordu du genre de Franck. J’interrogeai ensuite Henri sur les nouvelles du quartier. Il m’apprit que bien des commerces avaient fermé, dont deux troquets que l’on fréquentait volontiers le midi, tous fermés faute de clientèle. Il me dit aussi qu’on envisageait d’abattre trois maisons pour les remplacer par des bureaux, la nouvelle folie de la capitale. Puis je lui demandai s’il voulait aller casser une graine à Maubert avec moi mais il refusa car il avait la garde de Stéphane, leur dernier enfant. Il m’apprit également les décès de Jade et Charly, tous deux emportés par cette sale maladie appelée la vieillesse. Ils étaient les doyens de notre petite bande de copains et j’eus là encore de la peine de savoir qu’on ne les verrait plus dans le coin. Beaucoup de couples s’étaient séparés, d’autres formés mais selon Henri le quartier avait perdu de sa bonne humeur et pas mal de nos vieux potes avaient déménagé. Ses neveux étaient partis vers le sud, à la recherche du soleil et de la chaleur qui manquaient ici sous nos cinquante perpétuelles nuances de gris… Moi-même j’avais souvent songé à partir plein sud sans comprendre vraiment ce qui me retenait encore ici, les souvenirs peut-être, la nostalgie d’un temps qui n’était plus. Allez savoir…
Je pris congé d’Henri qui me dit encore avant de me quitter :
-Je ne suis pas sûr mais je crois que Léa, Walter et Julie squattent encore régulièrement vers Maubert. Ce serait cool que tu les croises.
La perspective de retrouver d’autres connaissances de mon enfance me stimula et c’est presque à tire d’ailes que je cinglai vers la place Maubert. Heureux hasard, j’aperçus bientôt Walter en train de manger près des tables à la terrasse du traiteur asiatique dont un serveur installait les couverts. J’allai aussitôt vers lui mais n’eus même pas le temps de m’approcher qu’un énergumène en tablier noir et armé d’un balai de crin m’arriva dessus en gueulant :
« Saleté de pigeon ; barre-toi de là ! » et me força à m’envoler. Cependant, avant de m’éloigner je pris soin de lui envoyer une jolie fiente sur son crâne chauve.
J’ai écrit ce petit texte car voilà quelques jours un malheureux pigeon est venu se poser sur notre terrasse. Il était blessé et ma femme et moi nous sommes improvisés vétérinaires pour biset en détresse. Il ne paraissait pas vraiment effrayé quand nous l’avons pris, sans doute avait-il compris que nous n’étions pas des « méchants ». Juste un bref battement d’ailes et nous avons pu lancer notre petit plan Orsec. Il avait une sorte de coupure à la gorge, sans doute faite par un animal, un chat peut-être . Il n’y avait heureusement rien de bien méchant : un nettoyage au savon, un peu d’antiseptique et tout fut rapidement réglé. Cependant l’état de ses pattes était lamentable, une avait perdu ses doigts, laissant un simple moignon épaissi, l’autre était entourée d’un fil noir tellement serré que l’on aurait pu croire que quelqu’un l’avait ligotée à dessein… Nous avions déjà remarqué en ville que nombre de pigeons étaient ainsi en piteux état au niveau de leurs pattes avec souvent la présence de fils emmêlés dans leurs doigts comme si existaient des concours de lasso à pigeons. Je sais que l’on va me dire que les pigeons sont sales, des fois que je ne l’ai jamais remarqué, qu’ils sont vecteurs potentiels de maladie, etc. Rassurez-vous, je suis au courant. Je ne les apprécie pas plus que cela, entendons nous bien. Ils ne sont en général guère séduisants au niveau de leur plumage, leur roucoulement n’est pas des plus harmonieux et ils ne semblent guère futés… Est-ce une raison pour les détester et leur renier tout droit à la moindre pitié ? Eux, comme nous, sont soumis à la souffrance et leur vie ne doit pas être marrante tous les jours. Voilà qui nous a motivés pour soigner cette autre pauvre créature de Dieu… Nous avons dû batailler ferme pour parvenir à libérer sa patte de sa prison de fil. Il nous a fallu près d’une heure pour réussir à soulever un peu ce maudit fil, à y glisser un ciseau de couturière pour couper au fur et à mesure ce carcan sans risquer de le blesser davantage. Je ne sais pas combien mesurait cette saleté de fil mais il emprisonnait totalement son pied. Nous avons été à vrai dire assez contents d’avoir réussi à délivrer ce volatile, surtout de voir combien il semblait nous faire confiance, ne se débattant pas du tout. Il s'est reposé un moment et puis d'un coup, il s'est envolé. Je n'ai même pas pu lui demander sa carte vitale... J’ai pensé à ce que devait être sa vie de paria des villes et c’est cela qui l’a en quelque sorte humanisé et m’a sans doute porté à improviser les lignes ci-dessus.
Je vous remercie de m’avoir accompagné jusqu’ici et vous souhaite une excellente fin de journée.
Un matin à Paris
Ce matin-là, j’avais décidé de revenir dans mon ancien quartier, à vrai dire là où je suis né. Je descendais tranquillement la rue, m’écartant pour laisser passer les gens qui sortaient des bouches de métro pour regagner leur domicile ou leur lieu de travail. J’envisageais d’aller prendre mon petit déjeuner vers le marché Maubert où l’on trouvait toujours des endroits sympas pour becter. Soudain, je vis surgir à ma droite, l’ami Henri que je n’avais pas revu depuis des années. Ravis de nous rencontrer, on s’est écarté sous un porche pour discuter le bout de gras.
Je luis demandai aussitôt des nouvelles du quartier, des copains, des familles. Il était assez intarissable sur la vie du quartier car c’était quand même un « vieux de la vieille » et qui avait des antennes partout. Depuis que j’avais émigré en banlieue je n’avais eu aucun écho de ce passé si cher à mon cœur. Il m’annonça tout de go une très triste nouvelle :
-Tu sais que Michel est mort ?
-Michel, c’est pas vrai. Non, je ne suis pas au courant. Qu’est-ce qu’il a eu ?
- Il s’est fait renverser par un camion en traversant le boulevard Saint-Germain. Mort sur le coup.
-Merde alors. C’est arrivé quand ?
-Je crois que c’était fin septembre dernier. On m’a dit qu’il avait voulu traverser entre deux voitures quand le camion de livraison l’a tapé. D’après Fred, il aurait vu Sylvia, son ancienne copine, de l’autre côté du boulevard et ça lui a été fatal.
Je me souvins que Michel avait été très amoureux de Sylvia mais qu’après lui avoir accordé ses faveurs elle avait préféré partir avec cette grande gueule de Franck, un vrai connard, imbu de lui-même et assez agressif, souvent entouré d’une cour de donzelles énamourées. J’avais d’ailleurs eu une prise de bec avec lui qui avait failli dégénérer. L’annonce de la mort de Michel me glaça les sangs. Je l’aimais bien Michel, il avait toujours des trucs sympas à raconter. Il était assez cool comme mec. Je demandai à Henri s’il avait des nouvelles de Béatrice, devenue la copine de Michel après son infortune avec Sylvia.
-Ouais, Béa. va bien. Elle reste seule avec leur fille, Solange mais je crois qu’elle veut refaire sa vie, sans doute avec Maxence qui était leur meilleur copain à tous deux. Non pas qu’il se soit jeté sur elle après le décès de Michel mais il y avait entre eux trois une réelle affection et je pense que c’est une bonne chose qu’ils se mettent ensemble. Je suis sûr que,« là-haut », ça fait plaisir à Michel.
J’approuvai cette sage décision et l’avis pertinent d’Henri. En effet, si l’au-delà existait, Michel serait heureux de savoir Béa et la petite à l’abri d’un tordu du genre de Franck. J’interrogeai ensuite Henri sur les nouvelles du quartier. Il m’apprit que bien des commerces avaient fermé, dont deux troquets que l’on fréquentait volontiers le midi, tous fermés faute de clientèle. Il me dit aussi qu’on envisageait d’abattre trois maisons pour les remplacer par des bureaux, la nouvelle folie de la capitale. Puis je lui demandai s’il voulait aller casser une graine à Maubert avec moi mais il refusa car il avait la garde de Stéphane, leur dernier enfant. Il m’apprit également les décès de Jade et Charly, tous deux emportés par cette sale maladie appelée la vieillesse. Ils étaient les doyens de notre petite bande de copains et j’eus là encore de la peine de savoir qu’on ne les verrait plus dans le coin. Beaucoup de couples s’étaient séparés, d’autres formés mais selon Henri le quartier avait perdu de sa bonne humeur et pas mal de nos vieux potes avaient déménagé. Ses neveux étaient partis vers le sud, à la recherche du soleil et de la chaleur qui manquaient ici sous nos cinquante perpétuelles nuances de gris… Moi-même j’avais souvent songé à partir plein sud sans comprendre vraiment ce qui me retenait encore ici, les souvenirs peut-être, la nostalgie d’un temps qui n’était plus. Allez savoir…
Je pris congé d’Henri qui me dit encore avant de me quitter :
-Je ne suis pas sûr mais je crois que Léa, Walter et Julie squattent encore régulièrement vers Maubert. Ce serait cool que tu les croises.
La perspective de retrouver d’autres connaissances de mon enfance me stimula et c’est presque à tire d’ailes que je cinglai vers la place Maubert. Heureux hasard, j’aperçus bientôt Walter en train de manger près des tables à la terrasse du traiteur asiatique dont un serveur installait les couverts. J’allai aussitôt vers lui mais n’eus même pas le temps de m’approcher qu’un énergumène en tablier noir et armé d’un balai de crin m’arriva dessus en gueulant :
« Saleté de pigeon ; barre-toi de là ! » et me força à m’envoler. Cependant, avant de m’éloigner je pris soin de lui envoyer une jolie fiente sur son crâne chauve.
J’ai écrit ce petit texte car voilà quelques jours un malheureux pigeon est venu se poser sur notre terrasse. Il était blessé et ma femme et moi nous sommes improvisés vétérinaires pour biset en détresse. Il ne paraissait pas vraiment effrayé quand nous l’avons pris, sans doute avait-il compris que nous n’étions pas des « méchants ». Juste un bref battement d’ailes et nous avons pu lancer notre petit plan Orsec. Il avait une sorte de coupure à la gorge, sans doute faite par un animal, un chat peut-être . Il n’y avait heureusement rien de bien méchant : un nettoyage au savon, un peu d’antiseptique et tout fut rapidement réglé. Cependant l’état de ses pattes était lamentable, une avait perdu ses doigts, laissant un simple moignon épaissi, l’autre était entourée d’un fil noir tellement serré que l’on aurait pu croire que quelqu’un l’avait ligotée à dessein… Nous avions déjà remarqué en ville que nombre de pigeons étaient ainsi en piteux état au niveau de leurs pattes avec souvent la présence de fils emmêlés dans leurs doigts comme si existaient des concours de lasso à pigeons. Je sais que l’on va me dire que les pigeons sont sales, des fois que je ne l’ai jamais remarqué, qu’ils sont vecteurs potentiels de maladie, etc. Rassurez-vous, je suis au courant. Je ne les apprécie pas plus que cela, entendons nous bien. Ils ne sont en général guère séduisants au niveau de leur plumage, leur roucoulement n’est pas des plus harmonieux et ils ne semblent guère futés… Est-ce une raison pour les détester et leur renier tout droit à la moindre pitié ? Eux, comme nous, sont soumis à la souffrance et leur vie ne doit pas être marrante tous les jours. Voilà qui nous a motivés pour soigner cette autre pauvre créature de Dieu… Nous avons dû batailler ferme pour parvenir à libérer sa patte de sa prison de fil. Il nous a fallu près d’une heure pour réussir à soulever un peu ce maudit fil, à y glisser un ciseau de couturière pour couper au fur et à mesure ce carcan sans risquer de le blesser davantage. Je ne sais pas combien mesurait cette saleté de fil mais il emprisonnait totalement son pied. Nous avons été à vrai dire assez contents d’avoir réussi à délivrer ce volatile, surtout de voir combien il semblait nous faire confiance, ne se débattant pas du tout. Il s'est reposé un moment et puis d'un coup, il s'est envolé. Je n'ai même pas pu lui demander sa carte vitale... J’ai pensé à ce que devait être sa vie de paria des villes et c’est cela qui l’a en quelque sorte humanisé et m’a sans doute porté à improviser les lignes ci-dessus.
Je vous remercie de m’avoir accompagné jusqu’ici et vous souhaite une excellente fin de journée.

Dany
Chronique d'un passé simple, si j'ose dire. Passé composé, également, de ses propres souvenirs et de ceux des autres.
C'est plaisant et on entre dans un petit épisode surréaliste... onirique, plus exactement
Et ca se termine par un hommage à la vie, à la vie animale tro souvent oubliée !
Roselyne
Quand j'étais gamine avec ma sœur et mon frère, nous avons trouvé une mouette épuisée, dans notre cours. Cette année là, il faisait très froid, il y avait beaucoup de neige, ça gelait à pierre fendre. Beaucoup de mouettes, s'étaient réfugiées dans les terres et la mardi, jour de marché, les bouchers et les poissonniers leurs laissaient leurs abats pour qu'elles puissent se nourrir. Nous, nous avons mis cette mouette dans une boîte à chaussures avec une vieille écharpe au fond, pour qu'elle soit confortable. Et nous avons posé la boîte sur le radiateur. Nous l'avons nourrie avec des croquettes pour chien coupées en tout petit morceaux et humidifié. Au bout de 3 jours, elle allait bien, nous l'avons relâché. Elle s'est envolée, à fait 2 cercles au dessus de nous. Certainement pour nous dire merci et elle est partie. Adulte, il y a 5 ans, j'ai sauvé un hérisson, je lui ai donné les premiers soins et je l'ai emmené au service de la faune sauvage car les vétérinaires n'ont pas le droit de les soigner
