
LILAS
La Panthère
(Jardin des Plantes, Paris)
Son regard du retour éternel des barreaux
s’est tellement lassé qu’il ne saisit plus rien.
Il ne lui semble voir que barreaux par milliers
et derrière mille barreaux, plus de monde.
La molle marche des pas flexibles et forts
qui tourne dans le cercle le plus exigu
paraît une danse de force autour d’un centre
où dort dans la torpeur un immense vouloir.
Quelquefois seulement le rideau des pupilles
sans bruit se lève. Alors une image y pénètre,
court à travers le silence tendu des membres -
et dans le cœur s’interrompt d’être.
(Traduction Claude Vigée.)
LILAS
Citation de Saint-Exupéry:
"Tâche d'être heureux."
******************
Ne sois pas triste,
Le monde est vaste
Je peux te raconter l'espace.
Là-bas, tu planes loin des peines
Libre, couronné d'étincelles...
Regarde mes cheveux dorés,
Tout saupoudrés de paille d'astre,
Là-bas, tu peux rire et rêver
C'est le royaume de beauté...
Ici, tout est petit, voilé
Je vois trop de malheurs cachés
De mots durs, de gestes violents
Trop de haine au coeur des enfants
Ecoute, envole-toi en songe,
Il y a mille galaxies
Baignant dans la splendeur cosmique
Je sais que lorsque l'on a faim
Que l'on est seul dans son chagrin
La vie perd ses parfums magiques
On n'a plus l'envie de lutter...
Moi, j'ai marché dans le désert
Je me sentais bien solitaire
Et j'ai rencontré des amis
Qui m'ont parlé, qui m'ont souri
Il y a toujours un espoir
Un puits d'eau claire où l'on peut boire
Un beau soleil au bord du soir
Qui chasse le mal et le noir
Quand tu reviendras de ta course
Au sein des forêts sidérales,
Ebloui de lumière astrale,
Ton âme sera plus confiante
Plus légère et plus innocente
Alors, écoute mon message
Retrouve vite ton courage
Crois en ta force et sois patient
Un jour tes rêves seront grands!
Marguerite32
La bienveillance – Colette Guinard
Sur la piste de la bienveillance,
Je suis apaisée, je me sens en confiance,
Rien de grave ne peut se produire,
Aucun drame pour nous faire défaillir.
La bienveillance nous accorde des faveurs,
Où sur une route libérée de toute peur,
Nous avançons sur un chemin coloré, abondant,
Ciel bleu lumineux témoin des Dieux vivants.
Nous cheminons parmi ces odeurs parfumées
Sur un jardin bordé de lilas et de rosiers
Où notre âme dans ces vœux de délivrance
Nous dirige vers une destinée d’abondance.
Quand nos rêves rejoignent cet horizon,
Exempt de toute chaîne dans cette libération,
Nous garderons toujours le goût de la vie,
Où l’amour nous transportera vers un paradis.
LILAS
Liberté
Paul Eluard
Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom
Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom
Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom
Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom
Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom
Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom
Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom
Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom
Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom
Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer
Liberté.
Paul Eluard
LILAS
J’ai du savon qui lave
Les péchés capitaux
Un stylo-bille qui grave
Le goût d’un apéro
Un soutien-gorge à piles
Qui ne s’allume qu’aux beaux yeux
Un dentifrice habile
A blanchir les aveux
Un buvard facétieux
Qui sèche les chagrins
Un oeil pour lire à deux
Quand le jour s’est éteint
Un violon capital
Voilé de Chambertin
A faire sonner le mal
Plus fort que le tocsin
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t’ouvrira
Même si elle n’est pas là
D’ailleurs elle n’est pas là
Mais dans la tête d’un fou
Ou bien chez des voyous
Habillés de chagrin
Qui vont par les chemins
Chercher leur bonne amie
La Poésie
J’ai des bas pour boiteuse
A faire boiter l’ennui
Et des parfums de gueuse
A remplir tout Paris
Des pendules à marquer
Le temps d’un beau silence
Des lassos à lacer
Les garces de la chance
Des machines à souffler
Le vert de l’espérance
Et des vignes à chanter
Les messes de la démence
Des oiseaux-transistors
Qui chantent sur la neige
Garantis plaqués-or
Plaqués par le solfège
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t’ouvrira
Même si elle n’est pas là
D’ailleurs elle n’est pas là
Mais dans la tête d’un fou
Qui se prend pour un hibou
A regarder la nuit
Habillée de souris
Comme sa bonne amie
La Poésie
J’ai du cirage blond
Quand les blés vont blêmir
De la glace à façon
Pour glacer les soupirs
Des lèvres pour baiser
Les aubes dévêtues
Quand le givre est passé
Avec ses doigts pointus
J’ai tant d’azur dans l'âme
Qu’on n’y voit que du bleu
Quand le rouge m’enflamme
C’est moi qui suis le feu
J’ai la blancheur du cygne
A blanchir tout Saint-Cyr
Et sur un de mes signes
On meurt pour le plaisir
Si ça ne va pas
Tu peux toujours aller la voir
Tu demanderas
La Poésie
On t’ouvrira
Des fois qu’elle serait là
Elle te recevrait même pas
Elle n’est là pour personne
Elle n’aime pas qu’on la sonne
C’est pas une domestique
Elle sait bouffer des briques
Mais quand elle veut, Elle crie
LA POÉSIE!
Léo Ferré
chocolatte
L’automne est bien arrivé, ses feuilles mortes jonchent le chemin.
Certaines tapissent le sol, d’autres feuilles volent un beau matin.
Certaines embrasent leur sort et rougissent sous le ciel.
L’automne est arrivé, ses fruits mûrs sont à déguster.
Ils nous offrent leurs saveurs, même les oiseaux se régalent, ils sont tentés.
Les cueilleurs sont prêts, les goûteurs ont dans la bouche un goût de miel sucré.
L’automne est arrivé, ses brumes grises ont commencé.
Les nuages voilent l’horizon, le brouillard brouille la vision.
Le froid bien installé, crée la confusion, il éveille le frisson.
L’automne est arrivé, les nuits sont longues, le jour est court.
Les gelées ouvrent les toiles, elles sont de retour.
© Rana ALAM, 12/11/2023.
LILAS
L’automne
Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil,
Embrase le coteau vermeil
Que la vigne pare et festonne.
Père, tu rempliras la tonne
Qui nous verse le doux sommeil ;
Sois le bienvenu, rouge Automne,
Accours dans ton riche appareil.
Déjà la Nymphe qui s’étonne,
Blanche de la nuque à l’orteil,
Rit aux chants ivres de soleil
Que le gai vendangeur entonne.
Sois le bienvenu, rouge Automne.
Théodore de Banville (1823-1891)
LILAS
Les caresses, ailes de l'âme
Les caresses, ailes de l'âme,
Par le chemin du souvenir,
S'en vont, tremblantes, vers la femme
Que l'on n'a pas su retenir.
Ô caresses ! choses légères,
Au vol fidèle, au rythme sûr,
Suivant les chères passagères
Près de la fangie ou dans l'azur ;
Il se peut que je la revoie
Ou que vienne l'oubli vainqueur,
Mais vers elle je vous envoie,
Lourdes des chaînes de mon cœur.
Albert Mérat
LILAS
La vie n'est pas toujours facile.
Recueil : Libre de penser (2001)
Libre de penser, de rire et d'aimer,
Profiter des secondes de bonheur,
De paix, de joie et savoir décider,
Sans aucune crainte et sans peur :
Savoir dire non, oser et choisir,
Construire, entreprendre et bâtir.
Il suffit de si peu de chose,
Un peu de courage si j'ose.
La vie n'est pas toujours facile,
Mais il suffit de redresser la tête,
D'affronter certaines adversités,
Avec beaucoup de sincérité.
Suivre son cœur, ses pensées,
Ses choix et ses propres idées.
C'est alors et seulement ainsi,
Que l'on devient acteur de sa vie.
Il faut dans la vie savoir aussi,
Tendre la main à qui en a besoin,
Sans espérer un retour... ni rien,
Juste se dire que c'était bien.
Alors s'installe l'harmonie avec soi-même,
Et ainsi le monde parait presque parfait !
Maxalexis
LILAS
Comprendre
Je t'apprendrai l'eau, la lumière, l'arbre, la source, le torrent
Le secret des vignes des pierres, le bruit du vent
Toi tu m'apprendras la panthère, le chat, le renard et l'oiseau
Le cri blessé du solitaire loin du troupeau
Nous apprendrons à voir les choses et leur pourquoi et leur comment
J'aurai l'innocence des roses, toi des enfants
Comprendre la fleur et le fruit
Comprendre le monde aujourd'hui
Tu m'apprendras tes yeux de fleur
Tes bras colliers, tes hanches flammes
Ton rêve abeille et crève-cœur, ton rire femme
Je serai l'ombre qui te suit, cette part toujours en nous-mêmes
Qui se dérobe à l'autre et fuit ce que l'on aime
Nous apprendrons à nous connaître en jetant bas les interdits
Je serai la fenêtre ouverte et toi la nuit
Comprendre la fleur et le fruit
Comprendre ce qui nous unit
Nous conjuguerons l'avenir à chaque instant présent dans toi
En partageant le vin, le rire avec ceux-là
Qui vivent plus haut que leurs songes, qui haïssent la solitude
Qui chassent l'ombre et le mensonge des habitudes
Nous apprendrons à voir le monde avec ces hommes d'aujourd'hui
Dont les rêves aux nôtres se fondent à l'infini
Comprendre la fleur et le fruit
Comprendre l'homme d'aujourd'hui.
Jean Ferrat
Coccyvette
"On parle souvent des roses, du muguet, des bleuets
Mais une petite fleur dont on ne parle jamais
Dans les prés, chaque année, pousse et pousse encore
C’est une renoncule qu’on appelle bouton-d’or.
Une petite fleur aux cinq pétales d’or
Qui avec ses amies, brillent comme un trésor
Mettent de la gaieté dans les fossés, les champs
Pour le bonheur des yeux des Petits et des Grands
Allons nous promener ce beau matin d’été
Et cueillons pour Maman un beau et gros bouquet
De ces jolies fleurs jaunes comme le beurre ou le miel
Qui remplira son cœur de rayons
de soleil.
Et pour vous amuser, comme tous les enfants,
Sous le menton d’une sœur, d’un ami, d’un parent
Approchez cette fleur et s’il change de couleur
Dites-lui , simplement "Toi, tu aimes le beurre !"
Sauvageonne si belle que tant de personnes aiment !
Il fallait un Poème pour cette fleur suprême"
Maurice CARÊME
chocolatte
La vie est une chance, saisis-la.
La vie est une beauté, admire-la.
La vie est une béatitude, savoure-la.
La vie est un rêve, réalise-le.
La vie est un défi, relève-le.
La vie est un devoir, accomplis-le.
La vie est un jeu, joue-le.
La vie est richesse, conserve-la.
La vie est amour, partage-le.
La vie est mystère, perce-le.
La vie est promesse, remplis-la.
La vie est tristesse, surmonte-la.
La vie est un hymne, chante-le.
La vie est un combat, accepte-le.
La vie est aventure, ose-la.
La vie est bonheur, mérite-le.
La vie est la vie, défends-la.
Mère térésa
chocolatte
Impression de printemps
Il est des jours - avez-vous remarqué ? -
Où l'on se sent plus léger qu'un oiseau,
Plus jeune qu'un enfant, et, vrai ! plus gai
Que la même gaieté d'un damoiseau.
L'on se souvient sans bien se rappeler ...
Évidemment l'on rêve, et non, pourtant.
L'on semble nager et l'on croirait voler.
L'on aime ardemment sans amour cependant
Tant est léger le cœur sous le ciel clair
Et tant l'on va, sûr de soi, plein de foi
Dans les autres, que l'on trompe avec l'air
D'être plutôt trompé gentiment, soi.
La vie est bonne et l'on voudrait mourir,
Bien que n'ayant pas peur du lendemain,
Un désir indécis s'en vient fleurir,
Dirait-on, au cœur plus et moins qu'humain.
Hélas ! faut-il que meure ce bonheur ?
Meurent plutôt la vie et son tourment !
Ô dieux cléments, gardez-moi du malheur
D'à jamais perdre un moment si charmant.
Paul Verlaine