
suzon
Il a dévalé la colline.
Ses pieds faisaient rouler des pierres.
Là-haut, entre les quatre murs,
La sirène chantait sans joie.
Il respirait l'odeur des arbres,
Il respirait de tout son corps.
La lumière l'accompagnait et lui faisait danser son ombre.
Pourvu qu'il me laisse le temps...
Il sautait à travers les herbes.
Il a cueilli deux feuilles jaunes gorgées de sève et de soleil.
Les canons d'acier bleu crachaient de courtes flammes de feu sec.
Pourvu qu'il me laisse le temps...
Il est arrivé près de l'eau, il y a plongé son visage.
Il riait de joie! Il a bu.
Pourvu qu'il me laisse le temps...
Il s'est relevé pour sauter
Pourvu qu'il me laisse le temps...
Une abeille de cuivre chaud l'a foudroyé sur l'autre rive.
Le sang et l'eau se sont mêlés
Il avait eu le temps de voir
Le temps de boire à ce ruisseau
Le temps de porter à sa bouche,
Deux feuilles gorgées de soleil.
Le temps de rire aux assassins,
Le temps d'atteindre l'autre rive,
Le temps de courir vers la femme.
Juste, le temps de vivre...
Boris Vian " Juste Le Temps De Vivre "
suzon
Tout est calme
Pendant l'hiver
Au soir quand la lampe s'allume
A travers la fenêtre où on la voit courir
Sur le tapis des mains qui dansent
Une ombre au plafond se balance
On parle plus bas pour finir
Au jardin les arbres sont morts
Le feu brille
Et quelqu'un s'endort
Des lumières contre le mur
Sur la terre une feuille glisse
La nuit c'est le nouveau décor
Des drames sans témoin qui se passent dehors
PIERRE REVERDY
suzon
J’aime la solitude
Quand les mots se voilent
Quand le silence chérit le murmure des étoiles
J’aime la solitude
Quand elle m’enveloppe de sa tendresse
L’esprit libéré des dictatures de la sagesse
J’aime la solitude
Elle seule connaît la vérité
Aux haillons de fortune, je préfère la nudité
J’aime la solitude
Mère de renaissance
Cousine de l’abandon néanmoins soeur de résilience
J’aime la solitude
Quand elle m’absout de l’oeil humain
Et m’épargne le supplice des molles poignées de main
J’aime la solitude
Elle renforce mon armure
Quand l’amour haineux use de fers souillés
J’aime la solitude
Celle du voyageur
Seul…
Mais dont le sourire inonde le monde entier
Jérôme Matin
nandocinqsix
suzon a écrit :
L'étranger
Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique, dis ? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère ?
Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
Tes amis ?
Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
Ta patrie ?
J’ignore sous quelle latitude elle est située.
La beauté ?
Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
L’or ?
Je le hais comme vous haïssez Dieu.
Eh ! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger ?
J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages !
Charles Baudelaire
"Je hais comme la mort, un jeune casanier,
qui ne sort jamais hors, sinon aux jours de fête,
et craignant plus le jour, qu'une sauvage bête,
se fait en sa maison lui-même prisonnier !"
Johachin du Bellay , que j'approuve complètement .
A part son voyage forcé sur un méchant rafiot qui lui a permis d'écrire "L'albatros", Charles Baudelaire n'a jamais quitté Paris. Mais il a fréquenté assidument une fille des îles, à la peau noire .. Ainsi a-t-il connu l'étrange, faute de beaucoup d'étrangers ...Il a écrit :
"Mais les vrais voyageurs sont ceux-là seuls qui partent pour partir ,
cœurs légers, semblables aux ballons,
de leur fatalité jamais ils ne s'écartent ,
et sans savoir pourquoi, disent toujours ! allons !"
nandocinqsix
suzon a écrit :
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire
Quelqu'une qui aime Baudelaire autant que moi, ne peut pas rester muette à mon invitation à correspondre par dessus la petite montagne du Roc Trevezel .. Au plaisir de vous lire.
suzon
Mon enfant, ma sœur,
Songe à la douceur
D’aller là-bas vivre ensemble !
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble !
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre ;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l’ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
À l’âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l’humeur est vagabonde ;
C’est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu’ils viennent du bout du monde.
– Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D’hyacinthe et d’or ;
Le monde s’endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n’est qu’ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Charles Baudelaire
