
Capusa
Le Corbeau et le Renard
Maître Corbeau, sur un arbre perché,
Tenait en son bec un fromage.
Maître Renard, par l’odeur alléché,
Lui tint à peu près ce langage :
« Hé ! bonjour, Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli ! que vous me semblez beau !
Sans mentir, si votre ramage
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. »
A ces mots le Corbeau ne se sent pas de joie ;
Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie.
Le Renard s’en saisit, et dit : « Mon bon Monsieur,
Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l’écoute :
Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. »
Le Corbeau, honteux et confus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.
Jean de la Fontaine (1621-1695)
Capusa
A une chatte
Chatte blanche, chatte sans tache,
Je te demande, dans ces vers,
Quel secret dort dans tes yeux verts,
Quel sarcasme sous ta moustache.
Tu nous lorgnes, pensant tout bas
Que nos fronts pâles, que nos lèvres
Déteintes en de folles fièvres,
Que nos yeux creux ne valent pas
Ton museau que ton nez termine,
Rose comme un bouton de sein,
Tes oreilles dont le dessin
Couronne fièrement ta mine.
Pourquoi cette sérénité ?
Aurais-tu la clé des problèmes
Qui nous font, frissonnants et blêmes,
Passer le printemps et l’été ?
Devant la mort qui nous menace,
Chats et gens, ton flair, plus subtil
Que notre savoir, te dit-il
Où va la beauté qui s’efface,
Où va la pensée, où s’en vont
Les défuntes splendeurs charnelles ?
Chatte, détourne tes prunelles ;
J’y trouve trop de noir au fond.
Charles Cros (1842-1888)
Le coffret de santal
FAE
Bonjour et bonne semaine à tous !
Le chien
" À mes oiseaux piaillant debout
Chinés sous les becs de la nuit
Avec leur crêpe de coutil
Et leur fourreau fleuri de trous
À mes compains du pain rassis
À mes frangins de l'entre bise
À ceux qui gerçaient leur chemise
Au givre des pernods-minuit.
À l'araignée la toile au vent
À Biftec baron du homard
Et sa technique du caviar […]"
Léo Ferré
Capusa
Mon âne
Mon âne, mon âne
A bien mal à la tête.
Madame lui fit faire
Un bonnet pour sa fête
Et des souliers lilas, la, la,
Et des souliers lilas.
Mon âne, mon âne
A bien mal aux oreilles.
Madame lui fit faire
Une paire de boucles d'oreilles,
Un bonnet pour sa fête
Et des souliers lilas, la, la,
Et des souliers lilas.
Mon âne, mon âne
A bien mal aux yeux.
Madame lui fit faire
Une paire de lunettes bleues,
Une paire de boucles d'oreilles,
Un bonnet pour sa fête
Et des souliers lilas, la, la,
Et des souliers lilas.
Mon âne, mon âne
A bien mal à ses dents.
Madame lui fit faire
Un râtelier d'argent,
Une paire de lunettes bleues,
Une paire de boucles d'oreilles,
Un bonnet pour sa fête
Et des souliers lilas, la, la,
Et des souliers lilas.
Mon âne, mon âne
A bien mal à l'estomac.
Madame lui fit faire
une tasse de chocolat,
Un râtelier d'argent,
Une paire de lunettes bleues,
Une paire de boucles d'oreilles,
Un bonnet pour sa fête
Et des souliers lilas, la, la,
Et des souliers lilas.
FAE
"Un crocodile, s'en allant à la guerre,
Disait, au r'voir, à ses petits enfants,
Traînant les pieds dans la poussière
Il s'en allait combattr' les éléphants.
{Refrain:}
Ah ! les cro, cro, cro, les cro, cro, cro, les crocodiles
Sur les bords du Nil, ils sont partis, n'en parlons plus {x2}
Il fredonnait une marche militaire,
Dont il mâchait les mots à grosses dents,
Quand il ouvrait la gueule tout entière,
On croyait voir ses ennemis dedans.
Il agitait sa grande queue à l'arrière,
Comm' s'il était d'avance triomphant,
Les animaux devant sa mine altière,
Dans les forêts, s'enfuyaient tout tremblants.
Un éléphant parut : et sur la terre
Se prépara ce combat de géants.
Mais près de là, courait une rivière :
Le crocodile s'y jeta subitement.
Et tout rempli d'un' crainte salutaire
S'en retourna vers ses petits enfants
Notre éléphant, d'une trompe plus fière,
Voulut alors accompagner ce chant. "
