
martinemdh
voici donc les longs jours, lumière, amour, délire !
Voici le printemps ! mars, avril au doux sourire,
Mai fleuri, juin brûlant, tous les beaux mois amis !
Les peupliers, au bord des fleuves endormis,
Se courbent mollement comme de grandes palmes ;
L’oiseau palpite au fond des bois tièdes et calmes ;
Il semble que tout rit, et que les arbres verts
Sont joyeux d’être ensemble et se disent des vers.
Le jour naît couronné d’une aube fraîche et tendre ;
Le soir est plein d’amour ; la nuit, on croit entendre,
A travers l’ombre immense et sous le ciel béni,
Quelque chose d’heureux chanter dans l’infini.
Victor Hugo
martinemdh
au de vie, Au-delà
Louise de VILMORIN
Eau-de-vie ! Au-delà !
À l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.
Je choisis celui-là
Qui sait me faire rire,
D’un doigt de-ci, de-là,
Comme on fait pour écrire.
Comme on fait pour écrire,
Il va par-ci, par-là,
Sans que j’ose lui dire:
J’aime bien ce jeu-là.
J’aime bien ce jeu-là,
Qu’un souffle fait finir,
Jusqu’au dernier soupir
Je choisis ce jeu-là.
Eau-de-vie ! Au-delà !
À l’heure du plaisir,
Choisir n’est pas trahir,
Je choisis celui-là.
1937
martinemdh
La vie n’a pas d’âge
La vraie jeunesse ne s’use pas
On a beau l’appeler souvenir,
On a beau dire qu’elle disparaît,
On a beau dire et vouloir dire que tout s’en va,
Tout ce qui est vrai reste là.
Quand la vérité est laide,
C’est une bien fâcheuse histoire.
Quand la vérité est belle, rien ne ternit son miroir.
Les gens très âgés remontent en enfance
Et leur cœur bat là où il n’y a pas d’autrefois.
martinemdh
Vous ne saurez jamais que votre âme voyage
comme au fond de mon cœur un doux cœur adopté
et que, rien,du monde ni le temps ,d'autres amours ,ni l'age
n’empêcheront jamais que vous ayez été
que la beauté du monde a pris votre visage
vit de votre douceur ,luit de votre clarté
et que lac pensif au fond du paysage
me redit seulement votre sérénité
vous ne saurez jamais que j'emporte votre âme
comme une lampe d'or qui éclaire en marchant
qu'un peu de votre voix a passé dans mon chant
doux flambeau ,vos rayons ,doux brasier votre flemme
m'instruisent des sentiers que vous avez suivis
et vous vivez un peu puisque je vous survis
M Yourcenar
martinemdh
Bien placés bien choisis
quelques mots font une poésie
les mots il suffit qu’on les aime
pour écrire un poème
on ne sait pas toujours ce qu’on dit
lorsque naît la poésie
faut ensuite rechercher le thème
pour intituler le poème
mais d’autres fois on pleure on rit
en écrivant la poésie
ça a toujours kékchose d’extrème
un poème
Raymond Queneau (1903-1976 ) – L’instant fatal (éd. Gallimard – 1948)
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martinemdh
J'aime l'araignée
J'aime l'araignée et j'aime l'ortie,
Parce qu'on les hait ;
Et que rien n'exauce et que tout châtie
Leur morne souhait ;
Parce qu'elles sont maudites, chétives,
Noirs êtres rampants ;
Parce qu'elles sont les tristes captives
De leur guet-apens ;
Parce qu'elles sont prises dans leur œuvre ;
Ô sort ! fatals nœuds !
Parce que l'ortie est une couleuvre,
L'araignée un gueux;Parce qu'elles ont l'ombre des abîmes,
Parce qu'on les fuit,
Parce qu'elles sont toutes deux victimes
De la sombre nuit...Passants, faites grâce à la plante obscure,
Au pauvre animal.
Plaignez la laideur, plaignez la piqûre,
Oh ! plaignez le mal !
Il n'est rien qui n'ait sa mélancolie ;
Tout veut un baiser.
Dans leur fauve horreur, pour peu qu'on oublie
De les écraser,
Pour peu qu'on leur jette un œil moins superbe,
Tout bas, loin du jour,
La vilaine bête et la mauvaise herbe
Murmurent : Amour !
V.Hugo
martinemdh
Ce matin, j’ai mangé de la colère
à la petite cuillère.
J’ai mis plein de mauvaise humeur
sur ma tartine au beurre.
Toute la journée, je l’ai passée à grogner,
à donner des coups de pieds,
et à dire. « C’est bien fait ! ».
Mais maintenant, ça suffit,
J’ai envie que ce soit fini.
Et avant d’aller me coucher,
Et je voudrais vous apporter
une salade de baisers
bien frais, bien doux, bien sucrés.
C’est très facile à préparer.
Qui veut la goûter ?
Moniqu
martinemdh
L'amour, panique
De la raison,
Se communique
Par le frisson.
Laissez-moi dire,
N'accordez rien.
Si je soupire,
Chantez, c'est bien.
Si je demeure,
Triste, à vos pieds,
Et si je pleure,
C'est bien, riez.
Un homme semble
Souvent trompeur.
Mais si je tremble,
Belle, ayez peur.
— Victor Hugo,
martinemdh
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment,
Chagrin d'amour dure toute la vie.
J'ai tout quitté pour l'ingrate Sylvie,
Elle me quitte et prend un autre amant.
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment,
Chagrin d'amour dure toute la vie.
Tant que cette eau coulera doucement
Vers ce ruisseau qui borde la prairie,
Je t'aimerai, me répétait Sylvie ;
L'eau coule encor, elle a changé pourtant !
Plaisir d'amour ne dure qu'un moment,
Chagrin d'amour dure toute la vie.
martinemdh
Derrière la saleté s'étalant devant nous
Derrière les yeux plissés et les visages mous
Au delà de ces mains ouvertes ou fermées
Qui se tendent en vain ou qui sont poing levé
Plus loin que les frontières qui sont de barbelés
Plus loin que la misère il nous faut regarder
Il nous faut regarder ce qu'il y a de beau
Le ciel gris ou bleuté, les filles au bord de l'eau
L'ami qu'on sait fidèle, le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle, le bateau qui revient
L'ami qu'on sait fidèle, le soleil de demain
Le vol d'une hirondelle, le bateau qui revient
Par delà le concert des sanglots et des pleurs
Et des cris de colère des hommes qui ont peur
Par delà le vacarme des rues et des chantiers
Des sirènes d'alarme, des jurons de charretier
Plus fort que les enfants qui racontent les guerres
Et plus fort que les grands qui nous les ont fait faire
Il nous faut écouter l'oiseau au fond des bois
Le murmure de l'été le sang qui monte en soi
Les berceuses des mères, les prières des enfants
Et le bruit de la terre qui s'endort doucement
Les berceuses des mères, les prières des enfants
Et le bruit de la terre qui s'endort doucement
Source
delphinium29
Solstice d’hiver
Jean-Pierre Villebramar
« l’espoir, ce perce-neige… »
Villebramar
je me souviens
c’était le solstice d’hiver, et la mer était haute,
et sombre la lumière
je me souviens des vagues s’enroulant sur la jetée,
et des oiseaux de nuit
de longs cheveux de varechs noirs, d’écumes grises
et de l’horizon rouge
je me souviens des couleurs de la nuit.
Dans une brasserie de front de mer, au plus intime
de la grande salle,
ayant trouvé refuge, et heureux,
je me souviens, et c’est le solstice d’hiver.
Viennent alors sur nous de grands nuages, depuis les golfes cantabriques,
la mer se met à crépiter
je prends dans mes mains ton visage, et je te dis :
« tu es heureuse »
tu souris.
Villebramar, décembre 2018
delphinium29
Noël
Théophile Gautier
Le ciel est noir, la terre est blanche ;
– Cloches, carillonnez gaîment ! –
Jésus est né ; – la Vierge penche
Sur lui son visage charmant.
Pas de courtines festonnées
Pour préserver l’enfant du froid ;
Rien que les toiles d’araignées
Qui pendent des poutres du toit.
Il tremble sur la paille fraîche,
Ce cher petit enfant Jésus,
Et pour l’échauffer dans sa crèche
L’âne et le boeuf soufflent dessus.
La neige au chaume coud ses franges,
Mais sur le toit s’ouvre le ciel
Et, tout en blanc, le choeur des anges
Chante aux bergers : » Noël ! Noël ! »