UN MOT ....... et UN TITRE, UNE STROPHE de POESIE nous reviennent ...(JEU) 5/12/2013 rdb
rdbrdb - 5 décembre 2013 19:14

Naturelle33
Assise sur une chaise longue
une dame à la langue fanée
une dame longue
plus longue que sa chaise longue
et très âgée
prend ses aises
on lui a dit sans doute que la mer est là
alors elle la regarde
mais elle ne la voit pas
et les présidents passent et la saluent très bas
c’est la baronne Crin
la reine de la carie dentaire
son mari c’est le baron Crin
le roi du fumier de lapin
et tous à ses grands pieds sont dans leurs petits souliers
et ils passent devant elle et la saluent très bas
de temps en temps
elle leur jette un vieux cure-dents
ils le sucent avec ravissement
en continuant leur promenade
leurs souliers neufs craquent et leurs vieux os aussi.................
(Riviera - Prévert)
PROMENADE - PROMENER
coccinelle
COMPLAINTE DU PROGRÈS
Autrefois pour faire sa cour
On parlait d'amour
Pour mieux prouver son ardeur
On offrait son coeur
Aujourd'hui, c'est plus pareil
Ça change, ça change
Pour séduire le cher ange
On lui glisse à l'oreille
Ah? Gudule!
Viens m'embrasser
Et je te donnerai
Un frigidaire
Un joli scooter
Un atomixer
Et du Dunlopillo
Une cuisinière
Avec un four en verre
Des tas de couverts
Et des pell' à gâteaux
Une tourniquette
Pour fair' la vinaigrette
Un bel aérateur
Pour bouffer les odeurs
Des draps qui chauffent
Un pistolet à gaufres
Un avion pour deux
Et nous serons heureux
Autrefois s'il arrivait
Que l'on se querelle
L'air lugubre on s'en allait
En laissant la vaisselle
Aujourd'hui, que voulez-vous
La vie est si chère
On dit: rentre chez ta mère
Et l'on se garde tout
(Ah! Gudule)
Excuse-toi
Ou je reprends tout ça
Mon frigidaire
Mon armoire à cuillères
Mon évier en fer
Et mon poêl' à mazout
Mon cire-godasses
Mon repasse-limaces
Mon tabouret à glace
Et mon chasse-filous
La tourniquette
A faire la vinaigrette
Le ratatine-ordures
Et le coupe-FRITURE
Et si la belle
Se montre encore rebelles
On la fiche dehors
Pour confier son sort
Au frigidaire
À l'efface-poussière
À la cuisinière
Au lit qu'est toujours fait
Au chauffe-savates
Au canon à patates
À l'éventre-tomates
À l'écorche-poulet
Mais très très vite
On reçoit la visite
D'une tendre petite
Qui vous offre son coeur
Alors on cède
Car il faut bien qu'on s'entraide
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois
Et l'on vit comme ça
Jusqu'à la prochaine fois
Boris Vian
SOULIERS
Naturelle33
Le Garumne a bâti sa rustique maison
Sous un grand hêtre au tronc musculeux comme un torse
Dont la sève d'un Dieu gonfle la blanche écorce.
La forêt maternelle est tout son horizon.
Car l'homme libre y trouve, au gré de la saison,
Les faînes, le bois, l'ombre et les bêtes qu'il force
Avec l'arc ou l'épieu, le filet ou l'amorce,
Pour en manger la chair et vêtir leur toison.
Longtemps il a vécu riche, heureux et sans maître,
Et le soir, lorsqu'il rentre au LOGIS, le vieux Hêtre
De ses bras familiers semble lui faire accueil ;
Et quand la Mort viendra courber sa tête franche,
Ses petits-fils auront pour tailler son cercueil
L'incorruptible coeur de la maîtresse branche.
José-Maria de HEREDIA
ARBRE
Naturelle33
La chanson de Brassens "Les copains d'abord"
.... Au rendez-vous des bons copains, Y'avait pas souvent de lapins, Quand l'un d'entre eux manquait a bord, C'est qu'il était mort. Oui, mais jamais, au grand jamais, Son trou dans l'eau n'se refermait, Cent ans après, COQUIN de sort ! Il manquait encor......
LAPIN(S)
coccinelle
FAIBLES YEUX DURS D'OREILLES
Faibles yeux et durs d'oreilles
C'est mon vieux et c'est ma vieille
Qui déjà, main dans la main
Boitent la fin du chemin
Faibles yeux et durs d'oreilles
De bonne heure, ils se réveillent
Pour ne plus perdre un instant
De ce qu'il reste de temps
Ils n'ont plus besoin de grand-chose
Au printemps, le parfum des roses
Quand le vent pleure le ciel bleu
Deux bons fauteuils au coin du feu
Faibles yeux et durs d'oreilles
Dans la maison qui sommeille
L'amour devenu tendresse
Se fait dans une caresse
Faibles yeux et durs d'oreilles
C'est mon vieux et c'est ma vieille
Je voudrais tant faire pour eux
Mais c'est moi qui ai besoin d'eux
Ils n' sont pas encore inutiles
Ils s'aident à vieillir à deux
Quand les enfants viennent de la ville
La grande table revit pour eux
Faibles yeux et durs d'oreilles
Mon bon vieux, ma bonne vieille
Déjà la main dans la main
Boitent la fin du chemin
Philippe Clay
RUBAN
alyde
Fernán Silva Valdés
Le Nid
Les arbres qui ne donnent point de fleurs
Donnent des nids ;
Et un nid est une fleur aux pétales de plume ;
Un nid est une fleur couleur d’oiseau
Dont le parfum
Rentre par les oreilles.
Les arbres qui ne donnent point de fleurs
Donnent des nids…
OREILLES
LILAS
Petite Princesse
Cette nuit j'ai fait un songe.
J'ai rêvé d'une petite princesse,
D'un doux petit teint rosé
Si agréable et si belle à regarder.
De ses yeux clairs couleur de vert
Me transportait dans un monde d'univers,
Au chaleureux royaume de son coeur
Pour me faire partager son bonheur.
Si calme et si douce à mes côtés,
Mon coeur ne fait que chanter
Une douce mélodie d'amour
Pour conquérir son coeur de VELOURS
Avec son sourire d'angélique
Mon rêve devient magnifique.
De ses douces lèvres j'ai rêvé,
D'un geste tendre elle ma guidé
Pour me donner un doux baiser.
À mon réveil je m'émerveille
En découvrant près de moi
Sa peau douce comme de la soie.
Je réalise mon bonheur et ma joie
Car cette petite princesse c'est toi.
- Macha -
NID
coccinelle
AU SOMMEIL
Sommeil, fils de la nuit et frère de la mort ;
Écoute-moi, Sommeil : lasse de sa veillée,
La lune, au fond du ciel, ferme l'œil et s'endort
Et son dernier rayon, à travers la feuillée,
Comme un baiser d'adieu, glisse amoureusement,
Sur le front endormi de son bleuâtre amant,
Par la porte d'ivoire et la porte de corne.
Les songes vrais ou faux de l'Grèbe envolés,
Peuplent seuls l'univers silencieux et morne ;
Les cheveux de la nuit, d'étoiles d'or mêlés,
Au long de son dos brun pendent tout débouclés ;
Le vent même retient son haleine, et les mondes,
Fatigués de tourner sur leurs muets pivots,
S'arrêtent assoupis et suspendent leurs rondes.
Ô jeune homme charmant ! couronné de pavots,
Qui tenant sur la main une patère noire,
Pleine d'eau du Léthé, chaque nuit nous fais boire,
Mieux que le doux Bacchus, l'oubli de nos travaux ;
Enfant mystérieux, hermaphrodite étrange,
Où la vie, au trépas, s'unit et se mélange,
Et qui n'as de tous deux que ce qu'ils ont de beau ;
Sous les épais rideaux de ton alcôve sombre,
Du fond de ta caverne inconnue au soleil ;
Je t'implore à genoux, écoute-moi, sommeil !
Je t'aime, ô doux sommeil ! Et je veux à ta gloire,
Avec l'archet d'argent, sur la lyre d'ivoire,
Chanter des vers plus doux que le miel de l'Hybla ;
Pour t'apaiser je veux tuer le chien obscène,
Dont le rauque aboiement si souvent te troubla,
Et verser l'opium sur ton autel d'ébène.
Je te donne le pas sur Phébus-Apollon,
Et pourtant c'est un dieu jeune, sans barbe et blond,
Un dieu tout rayonnant, aussi beau qu'une fille ;
Je te préfère même à la blanche Vénus,
Lorsque, sortant des eaux, le pied sur sa coquille,
Elle fait au grand air baiser ses beaux seins nus,
Et laisse aux blonds anneaux de ses cheveux de soie
Se suspendre l'essaim des zéphirs ingénus ;
Même au jeune Iacchus, le doux père de joie,
A l'ivresse, à l'amour, à tout divin sommeil.
Tu seras bienvenu, soit que l'aurore blonde
Lève du doigt le pan de son rideau vermeil,
Soit, que les chevaux blancs qui traînent le soleil
Enfoncent leurs naseaux et leur poitrail dans l'onde,
Soit que la nuit dans l'air peigne ses noirs cheveux.
Sous les arceaux muets de la grotte profonde,
Où les songes légers mènent sans bruit leur ronde,
Reçois bénignement mon encens et mes vœux,
Sommeil, dieu triste et doux, consolateur du monde !
Théophile GAUTIER
DOUCEMENT
LILAS
À un lilas.
Je vois fleurir, assis à ma fenêtre,
L'humble lilas de mon petit jardin,
Et son subtil arôme qui pénètre
Vient jusqu'à moi dans le vent du matin.
Mais je suis plein d'une colère injuste,
Car ma maîtresse a cessé de m'aimer,
Et je reproche à l'innocent arbuste
D'épanouir ses fleurs et d'embaumer.
Tout enivré de soleil et de brise,
Ce favori radieux du printemps,
Pourquoi fait-il à mon cœur qui se brise
Monter ainsi ses parfums insultants ?
Ne sait-il pas que j'ai cueilli pour elle
Les seuls rameaux dont il soit éclairci ?
Est-ce pour lui chose si naturelle
Qu'en plein avril elle me laisse ainsi ?
– Mais non, j'ai tort, car j'aime ma souffrance.
A nos amours jadis tu te mêlas ;
Au jardin vert, couleur de l'espérance,
Fleuris longtemps, frêle et charmant lilas !
Les doux matins qu'embaume ton haleine,
Les clairs matins du printemps sont si courts !
Laisse-moi croire, encore une semaine,
Qu'on ne m'a pas délaissé pour toujours.
Et si, malgré mes espoirs pleins d'alarmes,
Je ne dois plus avoir la volupté
De reposer mes yeux brûlés de LARMES
Sur la fraîcheur de sa robe d'été ;
Si je ne dois plus revoir l'infidèle,
J'y penserai, tant que tu voudras bien,
Devant ces fleurs qui me virent près d'elle,
Dans ce parfum qui rappelle le sien.
François Coppée.
SOMMEIL
LILAS
Victor HUGO (1802-1885)
Le matin
Moriturus moriturae !
Le voile du MATIN sur les monts se déploie.
Vois, un rayon naissant blanchit la vieille tour ;
Et déjà dans les cieux s'unit avec amour,
Ainsi que la gloire à la joie,
Le premier chant des bois aux premiers feux du jour.
Oui, souris à l'éclat dont le ciel se décore ! -
Tu verras, si demain le cercueil me dévore,
Un soleil aussi beau luire à ton désespoir,
Et les mêmes oiseaux chanter la même aurore,
Sur mon tombeau muet et noir !
Mais dans l'autre horizon l'âme alors est ravie.
L'avenir sans fin s'ouvre à l'être illimité.
Au matin de l'éternité
On se réveille de la vie,
Comme d'une nuit sombre ou d'un rêve agité.
CHANT
Naturelle33
L'amour est le miracle d'être un jour entendu jusque dans nos silences, et d'entendre en retour avec la même délicatesse : la vie à l'état pur, aussi fine que l'air qui soutient les ailes des libellules et se réjouit de leur danse. Christian Bobin
La vraie nouveauté naît toujours dans le retour aux sources. Edgar Morin
Tous les matins du monde sont sans retour. Pascal Quignard
MATIN
LILAS
Ô toison, moutonnant jusque sur l'encolure !
Ô boucles ! Ô parfum chargé de nonchaloir !
Extase ! Pour peupler ce soir l'alcôve obscure
Des souvenirs dormants dans cette chevelure,
Je la veux agiter dans l'air comme un mouchoir !
La langoureuse Asie et la brûlante Afrique,
Tout un monde lointain, absent, presque défunt,
Vit dans tes profondeurs, forêt aromatique !
Comme d'autres esprits voguent sur la MUSIQUE,
Le mien, ô mon amour ! Nage sur ton parfum.
J'irai là-bas où l'arbre et l'homme, pleins de sève,
Se pâment longuement sous l'ardeur des climats ;
Fortes tresses, soyez la houle qui m'enlève !
Tu contiens, mer d'ébène, un éblouissant rêve
De voiles, de rameurs, de flammes et de mâts :
Un port retentissant où mon âme peut boire
À grands flots le parfum, le son et la couleur ;
Où les vaisseaux, glissant dans l'or et dans la moire,
Ouvrent leurs vastes bras pour embrasser la gloire
D'un ciel pur où frémit l'éternelle chaleur.
Je plongerai ma tête amoureuse d'ivresse
Dans ce noir océan où l'autre est enfermé ;
Et mon esprit subtil que le roulis caresse
Saura vous retrouver, ô féconde paresse !
Infinis bercements du loisir embaumé !
Cheveux bleus, pavillon de ténèbres tendues,
Vous me rendez l'azur du ciel immense et rond ;
Sur les bords duvetés de vos mèches tordues
Je m'enivre ardemment des senteurs confondues
De l'huile de coco, du musc et du goudron.
Longtemps ! Toujours ! Ma main dans ta crinière lourde
Sèmera le rubis, la perle et le saphir,
Afin qu'à mon désir tu ne sois jamais sourde !
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde
Où je hume à longs traits le vin du souvenir ?
La chevelure
Charles Baudelaire
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