UN MOT ....... et UN TITRE, UNE STROPHE de POESIE nous reviennent ...(JEU) 5/12/2013 rdb
rdbrdb - 5 décembre 2013 19:14

LILAS
SUR LA VRAIE VERTU.
Le nom de la vertu retentit sur la terre (1) ;
On l’entend au théâtre, au barreau, dans la chaire ;
Jusqu’au milieu des cours il parvient quelquefois,
Il s’est même glissé dans les traités des rois.
C’est un beau mot sans doute, et qu’on se plaît d’entendre,
Facile à prononcer, difficile à comprendre :
On trompe, on est trompé. Je crois voir des jetons
Donnés, reçus, rendus, troqués par des fripons ;
Ou bien ces faux billets, vains enfants du système
De ce fou d’Ecossais (2) qui se dupa lui-même.
Qu’est-ce que la vertu ? Le meilleur citoyen,
Brutus, se repentit d’être un homme de bien :
« La vertu, disait-il, est un nom sans substance. »
L’école de Zénon, dans sa fière ignorance,
Prit jadis pour vertu l’insensibilité.
Dans les champs levantins le derviche hébêté,
L’œil au ciel, les bras hauts, et l’esprit en prières,
Du Seigneur en dansant invoque les lumières,
Et, tournant dans un cercle au nom de Mahomet,
Croit de la vertu même atteindre le sommet.
Les reins ceints d’un cordon, l’œil armé d’impudence,
Un ermite à sandale, engraissé d’ignorance,
Parlant du nez à Dieu, chante au dos d’un lutrin
Cent cantiques hébreux mis en mauvais latin.
Le ciel puisse bénir sa piété profonde !
Mais quel en est le fruit ? Quel bien fait-il au monde ?
Malgré la sainteté de son auguste emploi,
C’est n’être bon à rien de n’être bon qu’à soi.
Quand l’ennemi divin des scribes et des prêtres
Chez Pilate autrefois fut traîné par des traîtres,
De cet air insolent qu’on nomme dignité,
Le Romain demanda : « Qu’est-ce que vérité ? »
L’Homme-Dieu, qui pouvait l’instruire ou le confondre,
A ce juge orgueilleux dédaigna de répondre :
Son silence éloquent disait assez à tous
Que ce vrai tant cherché ne fut point fait pour nous.
Mais lorsque, pénétré d’une ardeur ingénue,
Un simple citoyen l’aborda dans la rue,
Et que, disciple sage, il prétendit savoir
Quel est l’état de l’homme, et quel est son devoir,
Sur ce grand intérêt, sur ce point qui nous touche,
Celui qui savait tout ouvrit alors la bouche,
Et dictant d’un seul mot ses décrets solennels,
« Aimez Dieu, lui dit-il, mais aimez les mortels. »
Voilà l’homme et sa loi, c’est assez : le ciel même
A daigné tout nous dire en ordonnant qu’on aime.
Le monde est médisant, vain, léger, envieux ;
Le fuir est très bien fait, le servir encor mieux ;
A sa famille, aux siens, je veux qu’on soit utile.
Où vas-tu loin de moi, fanatique indocile ?
Pourquoi ce teint jauni, ces regards effarés,
Ces élans convulsifs (3), et ces pas égarés ?
Contre un siècle indévot plein d’une sainte rage,
Tu cours chez ta béate à son cinquième étage :
Quelques saints possédés dans cet honnête lieu
Jurent, tordent les mains, en l’honneur du bon Dieu :
Sur leurs tréteaux montés, ils rendent des oracles,
Prédisent le passé, font cent autres miracles ;
L’aveugle y vient pour voir, et des deux yeux privé,
Retourne aux Quinze-Vingts marmottant son Ave ;
Le boiteux saute et tombe, et sa sainte famille
Le ramène en chantant, porté sur sa béquille ;
Le sourd au front stupide écoute et n’entend rien ;
D’aise alors tout pâmés, de pauvres gens de bien,
Qu’un sot voisin bénit, et qu’un fourbe seconde,
Aux filles du quartier prêchent la fin du monde.
Je sais que ce mystère a de nobles appas ;
Les saints ont des plaisirs que je ne connais pas.
Les miracles sont bons ; mais soulager son frère,
Mais tirer son ami du seuil de la misère,
Mais à ses ennemis pardonner leurs vertus,
C’est un plus grand miracle, et qui ne se fait plus.
Ce magistrat, dit-on, est sévère, inflexible ;
Rien n’amollit jamais sa grande âme insensible ;
J’entends : il fait haïr sa place et son pouvoir :
Il fait des malheureux par zèle et par devoir.
Mais l’a-t-on jamais vu, sans qu’on le sollicite,
Courir d’un air affable au-devant du mérite,
Le choisir dans la foule et donner son appui
A l’honnête homme obscur qui se fait devant lui ?
De quelques criminels il aura fait justice !
C’est peu d’être équitable, il faut rendre service :
Le juste est bienfaisant. On conte qu’autrefois
Le ministre odieux d’un de nos meilleurs rois
Lui disait en ces mots son avis despotique :
« Timante est en secret bien mauvais catholique,
On a trouvé chez lui la Bible de Calvin ;
A ce funeste excès vous devez mettre un frein :
Il faut qu’on l’emprisonne, ou du moins qu’on l’exile. »
« Comme vous, dit le roi, Timante m’est utile.
Vous m’apprenez assez quels sont ses attentats ;
Il m’a donné son sang, et vous n’en parlez pas ! »
De ce roi bienfaisant la prudence équitable
Peint mieux que vingt sermons la vertu véritable.
Du nom de vertueux seriez-vous honoré,
Doux et discret Cyrus, en vous seul concentré,
Prêchant le sentiment, vous bornant à séduire,
Trop faible pour servir, trop paresseux pour nuire,
Honnête homme indolent, qui, dans un doux loisir,
Loin du mal et du bien, vivez pour le plaisir (4) ?
Non, je donne ce titre au cœur tendre et sublime
Qui soutient hardiment son ami qu’on opprime.
Il t’était dû, sans doute, éloquent Pellisson,
Qui défendis Fouquet du fond de la prison.
Je te rends grâce, ô ciel, dont la bonté propice
M’accorda des amis dans les temps d’injustice,
Des amis courageux, dont la mâle vigueur
Repoussa les assauts du calomniateur,
Du fanatisme ardent, du ténébreux Zoïle,
Du ministre abusé par leur troupe imbécile,
Et des petits tyrans, bouffis de vanité,
Dont mon indépendance irritait la fierté.
Oui, pendant quarante ans poursuivi par l’envie,
Des amis vertueux ont consolé ma vie.
J’ai mérité leur zèle et leur fidélité ;
J’ai fait quelques ingrats, et ne l’ai point été.
Certain législateur (5), dont la plume féconde
Fit tant de vains projets pour le bien de ce monde,
Et qui depuis trente ans écrit pour des ingrats,
Vient de créer un mot qui manque à Vaugelas :
Ce mot est bienfaisance : il me plaît ; il rassemble,
Si le cœur en est cru, bien des vertus ensemble.
Petits grammairiens, grands précepteurs des sots,
Qui pesez la parole et mesurez les mots,
Pareille expression vous semble hasardée ;
Mais l’univers entier doit en chérir l’idée.
Voltaire
EXPRESSION
LILAS
Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;
Une île paresseuse où la nature donne
Des ARBRES singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont œil par sa franchise étonne.
Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,
Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Charles Baudelaire
MARIN(S)
Naturelle33
En argot les hommes appellent les oreilles des feuilles
c’est dire comme ils sentent que les arbres connaissent la musique
mais la languie verte des arbres est un argot bien plus ancien
Qui peut savoir ce qu’ils disent lorsqu’ils parlent des humains
Les arbres parlent arbre comme les enfants parlent enfant
Quand un enfant de femme et d’homme adresse la parole à un arbre
l’arbre répond
l’enfant l’entend
Plus tard l’enfant
parle arboriculture
avec ses maîtres et ses parents
Il n’entend plus la voix des arbres
il n’entend plus leur chanson dans le vent…
(Arbres - Jacques Prévert)
ARBRE(S)
LILAS
Le Berger et la mer
Du rapport d'un troupeau, dont il vivait sans soins,
Se contenta longtemps un voisin d'Amphitrie :
Si sa fortune était petite,
Elle était sûre tout au moins.
A la fin, les trésors déchargés sur la plage
Le tentèrent si bien qu'il vendit son troupeau,
Trafiqua de l'argent, le mit entier sur l'eau.
Cet argent périt par naufrage.
Son maître fut réduit à garder les brebis,
Non plus berger en chef comme il était jadis,
Quand les propres moutons paissaient sur le rivage :
Celui qui s'était vu Coridon ou Tircis
Fut Pierrot, et rien davantage.
Au bout de quelque temps il fit quelques profits,
Racheta des bêtes à laine ;
Et comme un jour les vents, retenant leur haleine,
Laissaient paisiblement aborder les vaisseaux :
" Vous voulez de l'argent, ô Mesdames les Eaux,
Dit-il ; adressez-vous, je vous prie, à quelque autre :
Ma foi ! vous n'aurez pas le nôtre. "
Ceci n'est pas un conte à plaisir inventé.
Je me sers de la vérité
Pour montrer, par expérience,
Qu'un sou, quand il est assuré,
Vaut mieux que cinq en espérance ;
Qu'il se faut contenter de sa condition ;
Qu'aux CONSEILS de la mer et de l'ambition
Nous devons fermer les oreilles.
Pour un qui s'en louera, dix mille s'en plaindront.
La mer promet monts et merveilles :
Fiez-vous-y ; les vents et les voleurs viendront.
Jean de La Fontaine
OREILLES
Naturelle33
Le soleil brûlait l'ombre, et la terre altérée
Au crépuscule errant demandait un peu d'eau ;
Chaque fleur de sa tête inclinait le fardeau
Sur la montagne encor dorée.
Tandis que l'astre en feu descend et va s'asseoir
Au fond de sa rouge lumière,
Dans les arbres mouvants frissonne la prière,
Et dans les nids : " Bonsoir ! Bonsoir ! "
Pas une aile à l'azur ne demande à s'étendre,
Pas un enfant ne rôde aux vergers obscurcis,
Et dans tout ce grand calme et ces tons adoucis
Le moucheron pourrait s'entendre.
(Marceline Desbordes-Valmore)
CREPUSCULE
Naturelle33
Venise c'est un songe posé sur le bord de la mer. Maxence Fermine
Il est des jours heureux ; il n'est point de vie heureuse : ce serait un songe enchanteur sans réveil. Sénac de Meilhan
Les songes sont des papillons nocturnes qui voltigent autour de notre sommeil et l'irisent à notre fantaisie. Anne Barratin
La promenade est un art amoureux, un art du tissage. Le mouvement des corps et celui des pensées, le fou rire d'un ruisseau et l'effarouchement des bêtes sous les buissons, tout va ensemble, tout fait une seule étoffe, entrelaçant l'air et le songe, le visible et l'invisible. Christian Bobin
BUISSON(S)
Naturelle33
Devant les livres, la nature ou l'amour, vous êtes comme à vingt ans: au tout début du monde et de vous. Christian Bobin
Le temps que nous observons dans la nature n'a pas d'existence propre. Il est seulement une façon d'être des choses. Alexis Carrel
Celui qui copie la nature est impuissant, celui qui l'interprète est ridicule, celui qui l'ignore n'est rien du tout. René Barjavel
La férocité humaine dépasse celle de la nature. Jules Verne
FÉROCE - FÉROCITÉ
LILAS
Je crois en la magie, je suis née et j'ai grandi à un moment magique, dans une ville magique, parmi des magiciens. La plupart des gens ne se rendaient pas compte de la magie qui nous entoure. Nous sommes reliés par les filaments argentés du hasard et des situations. Mais moi je le savais. C'est mon opinion... Au début nous connaissions tous la magie. Nous sommes nés avec des tornades, des feux de forêts, et des comètes en nous. Tout en sachant chanter aux oiseaux, voir dans les nuages, et voir notre futur dans des grains de sable. Mais ensuite, l'éducation retire la magie de nos âmes. Les fessées, les bains et les coups de brosse font ça. On nous met sur le droit chemin et on nous dit d'être responsable, d'être mature. Et vous savez pourquoi on nous dit ça ? Parc'que ceux qui nous le disent ont peur de la folie de la jeunesse. Et parce que la magie qu'on connaissait, les rendait tristes et honteux d'avoir laissé ça disparaître en eux. Après s'en être éloigné, on ne peut pas vraiment y revenir... juste quelques secondes, quelques secondes pour en prendre conscience et s'en souvenir. Quand les gens sont tristes au CINÉMA, c'est parce que dans la salle sombre, on touche du doigt la magie... brièvement. Puis ils ressortent à la lumière de la raison et de la logique et la magie s'évanouit. Et ils ressortent un peu tristes, sans même savoir pourquoi. Quand une chanson nous rappelle quelque chose, quand la poussière miroitant dans un rayon de lumière détourne votre attention du monde autour. La nuit quand vous écoutez au loin, un train sur les rails, en vous demandant où il va... Vous dépassez votre personne et votre monde. Pendant un instant bref, vous entrez dans un royaume magique. C'est ce en quoi je crois.
Les Frères Scott
NATURE
Naturelle33
La brume se déride, l'air joue avec la plante, la corolle ouvre son corsage, l'espérance s'habille à neuf, les caresses sortent de leur sommeil, les rêves voltigent dans l'air, la nature se réveille et le printemps naît. Anne Barratin
Moi, j'aime voir le soleil se lever, les brumes partir. Je regarderais jusqu'à la fin des temps, c'est mieux que du cinéma. C'est en vrai. Il faut savoir regarder. Je regarde le temps qui bouge. Henri Cueco
CINÉMA
LILAS
Si je vous dis : j'ai tout abandonné
C'est qu'elle n'est pas celle de mon corps,
Je ne m'en suis jamais vanté,
Ce n'est pas vrai
Et la brume de fond où je me meus
Ne sait jamais si j'ai passé.
L'ÉVENTAIL de sa bouche, le reflet de ses yeux,
Je suis le seul à en parler,
je suis le seul qui soit concerné
Par ce miroir si nul où l'air circule à travers moi
Et l'air a un visage aimant, ton visage,
A toi qui n'as pas de nom et que les autres ignorent,
La mer te dit : sur moi, le ciel te dit : sur moi,
Les astres te devinent, les nuages t'imaginent
Et le sang de la générosité
Te porte avec délices.
Je chante la grande joie de te chanter,
La grande joie de t'avoir ou de ne pas t'avoir,
La candeur de t'attendre, l'innocence de te connaitre,
O toi qui supprimes l'oubli, l'espoir et l'ignorance,
Qui supprimes l'absence et qui me mets au monde,
Je chante pour chanter, je t'aime pour chanter
Le mystère où l'amour me crée et se délivre.
Tu es pure, tu es encore plus pure que moi-même.
Celle de toujours, toute
Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard
BRUME
Naturelle33
Les ajoncs éclatants, parure du granit,
Dorent l'âpre sommet que le couchant allume ;
Au loin, brillante encor par sa barre d'écume,
La mer sans fin commence où la terre finit.
A mes pieds c'est la nuit, le silence. Le nid
Se tait, l'homme est rentré sous le chaume qui fume.
Seul, l'Angélus du soir, ébranlé dans la brume,
A la vaste rumeur de l'Océan s'unit.
Alors, comme du fond d'un abîme, des traînes,
Des landes, des ravins, montent des voix lointaines
De pâtres attardés ramenant le bétail.
L'horizon tout entier s'enveloppe dans l'ombre,
Et le soleil mourant, sur un ciel riche et sombre,
Ferme les branches d'or de son rouge éventail.
JM de HEREDIA
ÉVENTAIL
LILAS
Le jour ou le soleil est né, en même temps que la lune leurs mères moururent. Alors le soleil offrit le corps de sa mère à la terre pour que puisse jaillir la vie, de sa POITRINE il fit sortir des étoiles et les lança très haut dans le ciel pour consoler la lune.
Le Dernier Des Mohicans - Personnage inconnu
HORIZON
Naturelle33
Si le battement d'aile d'un papillon peut déclencher un ouragan à l'autre bout de la planète, il vaudrait mieux se retenir et ne plus jamais éternuer. Bernard Arcand
« La vie! Qu'est-ce que vivre? Quand l'ouragan porté sur ses ailes puissantes et libres traverse l'espace, ses chants rencontrent de l'écho dans mon âme. Quand le tonnerre gronde, quand les éclairs brillent, je pressens la vie, la grandeur, la force. Mais cette vie domestique de tous les jours, qui se compose de petites vertus, de petits défauts, de petits chagrins, de petites joies, de petits efforts, - elle comprime, elle étouffe mon esprit. Fredrika Bremer
Seuls peut-être des gens absolument étrangers à la passion connaissent, en des moments tout à fait exceptionnels, ces explosions soudaines d'une passion semblable à une avalanche ou à un ouragan: alors, des années entières de forces non utilisées se précipitent et roulent dans les profondeurs d'une poitrine humaine. Stefan Zweig
POITRINE