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LES ANIMAUX MALADES DE LA DETTE d'apres La Fontaine°

yalow - 21 septembre 2026 14:38

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La dette (puisqu’il faut l’appeler ainsi ),
Capable d’enrichir en un jour, les nantis
Faisait aux contribuables la guerre.
Ils ne payaient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
À chercher le soutien de la magie ;
Nul effort n'excitait leur envie ;
Ni retraites , ni emplois ne furent épargnés
On cherchait partout de l’argent frais
Les deputés se fuyaient :
les ministres pas plus affairés
Le President tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dépensé plus que de raison.
qu’avaient fait les français ?Nulle offense[;
Même il m'est arrivé quelquefois de voler l’assemblée
.et c’est moi qui est inventé le quoi qu’il en coute
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- President ,disent les ministres vous avez fait une bonne loi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien, dépenser , jeter , donner et nous dépouiller de nos espèces .
Est-ce un péché ? Non non. Vous nous fîtes, President en nous payant un grand honneur
Et quant au Philippe , l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les gogos
Se font un chimérique empire. »
Ainsi dit ; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
ni Melenchon , ni Le Pen , ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
un retraité prit son tour et dit : « J’ai souvenance
Qu’en un jour soit dit en passant
La faim, l’occasion, le froid , et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
J’oubliai de rembourser un prêt de banque .
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. »
À ces mots, on cria haro[sur le retraité
Un député quelque peu clerc[ prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Vouloir voler une banque ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour[vous rendront blanc ou noir.
— Jean de La Fontaine

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yalow21 septembre 2026 14:38

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La dette (puisqu’il faut l’appeler ainsi ),
Capable d’enrichir en un jour, les nantis
Faisait aux contribuables la guerre.
Ils ne payaient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
À chercher le soutien de la magie ;
Nul effort n'excitait leur envie ;
Ni retraites , ni emplois ne furent épargnés
On cherchait partout de l’argent frais
Les deputés se fuyaient :
les ministres pas plus affairés
Le President tint conseil, et dit : « Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux ;
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons,
J'ai dépensé plus que de raison.
qu’avaient fait les français ?Nulle offense[;
Même il m'est arrivé quelquefois de voler l’assemblée
.et c’est moi qui est inventé le quoi qu’il en coute
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
- President ,disent les ministres vous avez fait une bonne loi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse.
Eh bien, dépenser , jeter , donner et nous dépouiller de nos espèces .
Est-ce un péché ? Non non. Vous nous fîtes, President en nous payant un grand honneur
Et quant au Philippe , l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les gogos
Se font un chimérique empire. »
Ainsi dit ; et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
ni Melenchon , ni Le Pen , ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu’aux simples mâtins
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
un retraité prit son tour et dit : « J’ai souvenance
Qu’en un jour soit dit en passant
La faim, l’occasion, le froid , et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
J’oubliai de rembourser un prêt de banque .
Je n’en avais nul droit, puisqu’il faut parler net. »
À ces mots, on cria haro[sur le retraité
Un député quelque peu clerc[ prouva par sa harangue
Qu’il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d’où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Vouloir voler une banque ! quel crime abominable !
Rien que la mort n’était capable
D’expier son forfait : on le lui fit bien voir.
Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour[vous rendront blanc ou noir.
— Jean de La Fontaine

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