
Djidji
Coccyvette a écrit :
Rendez le bien pour le mal
En broutant l’herbe, un cheval est sorti
Du champ où l’avait mis son maître.
Le voisin en est averti,
Etant dans son droit, et peut-être
Par une inimitié poussé
De se rendre à la ville il se montre empressé.
Le cheval est mis en fourrière,
Et voila le propriétaire,
A qui l’on intente un procès,
Obligé de payer les frais.
Ce n’est pas tout : le voisin près du maître
Vite se rend, lui fait connaître
Que s’il trouve sur le chemin
Le cheval qui sort et va paître,
Il verbalisera soudain.
Le maître, un homme débonnaire,
Répond au voisin en colère :
Veuillez sans vous tant emporter,
Voisin, un moment m’écouter :
Un soir, je vis dans la prairie
Qui confine ma métairie,
Vos vaches, je les ramenai
Chez vous et je les enfermai
Soigneusement dans leur étable,
Sans vous faire un procès semblable.
Chaque fois que je les verrai,
Ce que j’ai fait, je le ferai.
Du maître entendant le langage,
Le voisin reconnut plus sage
D’agir de même, et du procès
Il voulut seul payer les frais.
Alfred de Montvailllant (1826-1906).
Très beau texte du XIX ième, qui aujourd'hui, mille fois hélas, confine à la science-fiction!
Mais l'idéal et les valeurs demeurent dans certains esprits, fort heureusement...
Coccyvette
Vous blâmez les défauts d’autrui, voyez les vôtres (1)
Avec un chat, un renard voyageait
Et comme la route ennuyait,
On se mit à parler morale,
Une chose, pour ces apôtres, capitale.
Sur ce sujet le renard devisait
Et sérieusement disait :
— Quoi de plus beau que la justice !
Qu’en tous lieux elle s’établisse.
Personne sur les droits d’autrui n’empiétera,
Et tout alors prospérera.
— Quelle vertu que la miséricorde !
Lui répondit le chat qui vantait la concorde.
Heureux qui la pratique, il vivra dans la paix
Et sera comblé de bienfaits.
Mais, soudain devant eux, voici qu’un loup s’apprète
À dévorer un agneau : pauvre bête,
Dirent-ils, se couvrir du sang
De cet animal innocent !
L’agneau se débattait et criait en vain : grâce ! –
— Nul scrupule ne m’embarrasse
Lui dit le loup et tu vas, à ma faim,
Servir un excellent festin.
— Le misérable, dit le chat en sa colère,
Quoi ! se nourrir de chair, être ainsi sanguinaire !
— Qu’il est barbare, ajouta le renard,
N’a-t-il pas pour manger des glands de toute part ?
Des bêtes, une bête être ainsi l’ennemie :
Ah ! quelle horreur ! quelle infâmie !
À peine se calmait leur indignation
Qu’un moulin, du renard, fixe l’attention,
Des arbres y jettent leur ombre,
Il y voit picorer des poules en grand nombre.
Et tout à coup maître renard,
Comme un trait, vers les poules part.
Il en prend une à manger occupée,
En fait une bonne lippée.
Cependant que grippe-minaud
Qui voit une souris, sur elle fait un saut.
Et sans crainte qu’on le dérange
Lui donne la mort et la mange.
Une araignée, en un recoin obscur
De sa toile tendue au mur,
Témoin de la scène odieuse,
S’écria presque furieuse :
Je n’ai jamais, chez les êtres mortels,
Vu des monstres aussi cruels.
Mais, en disant ces mots, elle trouvait exquise
Une mouche qui, dans ses filets, s’était prise.
—
Coccyvette
Rendez le bien pour le mal
En broutant l’herbe, un cheval est sorti
Du champ où l’avait mis son maître.
Le voisin en est averti,
Etant dans son droit, et peut-être
Par une inimitié poussé
De se rendre à la ville il se montre empressé.
Le cheval est mis en fourrière,
Et voila le propriétaire,
A qui l’on intente un procès,
Obligé de payer les frais.
Ce n’est pas tout : le voisin près du maître
Vite se rend, lui fait connaître
Que s’il trouve sur le chemin
Le cheval qui sort et va paître,
Il verbalisera soudain.
Le maître, un homme débonnaire,
Répond au voisin en colère :
Veuillez sans vous tant emporter,
Voisin, un moment m’écouter :
Un soir, je vis dans la prairie
Qui confine ma métairie,
Vos vaches, je les ramenai
Chez vous et je les enfermai
Soigneusement dans leur étable,
Sans vous faire un procès semblable.
Chaque fois que je les verrai,
Ce que j’ai fait, je le ferai.
Du maître entendant le langage,
Le voisin reconnut plus sage
D’agir de même, et du procès
Il voulut seul payer les frais.
Alfred de Montvailllant (1826-1906).
alyde
La paresse inspirée
Chloe Douglas
Une jeune fille nonchalante
rêve au bout d’un chemin.
Son visage de soie caresse le vent.
Sans raison, ni idée
elle frôle l’impitoyable haie.
Son doigt piqué d’un profond rouge,
elle reste immobile sans alarme, ni amertume.
Elle est hypnotisée par l’incroyable lumière,
qui pénètre les érables avec toute sa vitalité.
Comme une héroïne d’un conte lointain,
elle commune avec la nature,
elle chante sans fin.
Capturée dans la chaleur
rien ne va briser ce songe d’été.
Et voilà qu’arrive un changement,
un chevalier sur son étalon blanc
emporte sa muse à l’idée suivante.
Marguerite32
Djidji a écrit :
Texte très juste, qui me fait hélas penser qu'un des problèmes de notre époque est justement que la gentillesse soit toujours "suspecte", d'emblée.
Il semblerait qu'être gentil soit une anomalie, parmi des gens qui n' ont souvent à la bouche que des mots comme "bienveillance" ou "empathie", par exemple, sans avoir la moindre idée de ce que cela peut bien être en réalité!
Regrettable signe des temps, entre autres!
Tout à fait , c'est désolant et attristant , les vraies valeurs se perdent
Djidji
Marguerite32 a écrit :
Éloge de la gentillesse
Au panthéon des qualités humaines, la gentillesse devrait figurer en haut des marches. Le gentil est bienveillant, affable, sympathique. Mieux que le chic type où perce l’élégance désinvolte et charmeuse du « bon chic bon genre », le gentil est ouvert, attentif à l’autre et rien moins que méchant ce qui va sans dire. Au moindre coup d’œil, on aperçoit sa bonhomie souriante. Mais il ne faudrait pas prendre le gentil pour le ravi de service, le fada, en un mot l’idiot du village qui, parce qu’il est aimable camperait le niais dans on ne sait quel conte. Que non ! On côtoie à foison des gentils performants, des gentils habiles, d’autres de grande intelligence, et même des gentils géniaux. Les gentils ne manquent pas d’ambition ni de chance à pouvoir l’assouvir, car une fois que les féroces, les tueurs, les voraces du monde de l’activisme économique se sont entre-tués pour le pouvoir, il advient qu’on leur laisse le champ libre, arriver au sommet et réussir. Rien n’empêche à ce stade le gentil de se montrer fin stratège, d’anticiper avant les autres, d’être hardi capitaine, ni d’avoir la fibre sociale qui emporte l’adhésion des hommes. Et si quelques mécontents professionnels, des frustrés, des jaloux, le taxent d’hypocrisie, veulent le présenter en dirigeant odieux, ce médiocre dénigrement, loin de le desservir, lui fournira l’onction de ses pairs qui par moment lui manque, sans ternir son image auprès de ses troupes. Car le gentil, quoiqu’on en fasse accroire a au total bon fond, à l’intérieur comme en surface !
Daniel Confland
Texte très juste, qui me fait hélas penser qu'un des problèmes de notre époque est justement que la gentillesse soit toujours "suspecte", d'emblée.
Il semblerait qu'être gentil soit une anomalie, parmi des gens qui n' ont souvent à la bouche que des mots comme "bienveillance" ou "empathie", par exemple, sans avoir la moindre idée de ce que cela peut bien être en réalité!
Regrettable signe des temps, entre autres!
Marguerite32
Éloge de la gentillesse
Au panthéon des qualités humaines, la gentillesse devrait figurer en haut des marches. Le gentil est bienveillant, affable, sympathique. Mieux que le chic type où perce l’élégance désinvolte et charmeuse du « bon chic bon genre », le gentil est ouvert, attentif à l’autre et rien moins que méchant ce qui va sans dire. Au moindre coup d’œil, on aperçoit sa bonhomie souriante. Mais il ne faudrait pas prendre le gentil pour le ravi de service, le fada, en un mot l’idiot du village qui, parce qu’il est aimable camperait le niais dans on ne sait quel conte. Que non ! On côtoie à foison des gentils performants, des gentils habiles, d’autres de grande intelligence, et même des gentils géniaux. Les gentils ne manquent pas d’ambition ni de chance à pouvoir l’assouvir, car une fois que les féroces, les tueurs, les voraces du monde de l’activisme économique se sont entre-tués pour le pouvoir, il advient qu’on leur laisse le champ libre, arriver au sommet et réussir. Rien n’empêche à ce stade le gentil de se montrer fin stratège, d’anticiper avant les autres, d’être hardi capitaine, ni d’avoir la fibre sociale qui emporte l’adhésion des hommes. Et si quelques mécontents professionnels, des frustrés, des jaloux, le taxent d’hypocrisie, veulent le présenter en dirigeant odieux, ce médiocre dénigrement, loin de le desservir, lui fournira l’onction de ses pairs qui par moment lui manque, sans ternir son image auprès de ses troupes. Car le gentil, quoiqu’on en fasse accroire a au total bon fond, à l’intérieur comme en surface !
Daniel Confland