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La confiance "enfants/parents" ...

gebest - 6 février 2022 09:52

Quand j’étais enfant, ma mère faisait des crêpes à la chandeleur et le jour du mardi gras. Il s’agissait, chaque fois d’un repas de crêpes, c'est-à-dire qu’on ne mangeait rien d’autre lors de ces repas.
Je me souviens encore de la fois où, avec un sourire entendu, elle m’a dit « ce soir tu vas manger des crêpes ! ». Ce sourire signifiait implicitement que j’allais avoir de la chance puisque j’allais forcément me régaler. Malheureusement, je n’aimais pas ces crêpes et l’idée qu’elles allaient remplacer un « vrai » dîner me déplaisait. Mon sens de la diplomatie n’étant pas encore vraiment développé, je lui ai fait part, sans retenue, de ma réprobation. J’ai alors dû essuyer une mini tempête … je ne savais pas ce qui était bon … il y avait plein de petits enfants qui mouraient de faim et qui auraient été bien contents de manger des crêpes etc …
Le respect des traditions étant plus fort que moi, la scène se répétait chaque année.

Quelques années plus tard, je m’étais rendu à, je ne sais plus quelle kermesse, accompagné par un copain et sa mère. On y vendait des pâtisseries confectionnées par des bonnes âmes et la mère du copain nous en a offert une. Je m’étais tellement régalé en la mangeant que j’ai demandé à la dame ce que c’était comme gâteau, et celle-ci très étonnée me dit « bah, ta mère ne t’a jamais fait de crêpes ? » J’ai d’abord été vexé que l’on doute de la bienveillance de ma mère, puis je me suis dit que la pauvre dame déraisonnait … ce n’était pas cela, une crêpe !

Quelques mois plus tard alors que je passais le jeudi chez un copain (eh oui, à l’époque c’était le jeudi !) sa mère nous dit que pour le goûter, elle nous avait fait des crêpes. A ma grande surprise, elles avaient exactement le même goût que celles de la kermesse !!

Comme je ne pouvais pas imaginer un seul instant que ma mère ne sache pas faire les crêpes, j’étais persuadé qu’il existait 2 recettes et que, je ne sais pour quelle raison, elle avait choisi la mauvaise.
Donc, lors du mardi gras suivant, je lui ai demandé avec toute la naïveté de mon âge, si elle ne pouvait pas utiliser « l’autre » recette, celle avec laquelle les crêpes étaient moelleuses et parfumées.
Ma mère a compris immédiatement que je préférais les crêpes faites par une « autre » … et là, ça été un ouragan de colère … si c’était meilleur chez les autres, je n’avais qu’à aller manger chez les copains !! Sur le coup, je n’ai pas compris les raisons ce cette violente colère, et pourquoi elle était dirigée contre moi !

J’ai culpabilisé, sans trop savoir pourquoi, jusqu’au jour où, après m’être renseigné sur la « vraie » recette des crêpes, j’ai vu faire ma mère : 1 seul œuf dans le saladier, de l’eau et de la farine.

Il m’a encore fallu quelques années pour réaliser qu’à l’époque où sa propre mère lui avait transmis la recette, c’était la guerre et les matières premières étaient rares. J’ai compris également qu’elle avait dû se sentir très humiliée par ma réaction et que sa douleur s’était commuée en agressivité.
Néanmoins, j’ai relativisé la confiance que j’avais vis-à-vis de mes parents et en regardant dans le rétroviseur, j’ai pris du recul par rapport à pas mal de certitudes.

La confiance "enfants/parents" ...

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gebest6 février 2022 09:52

Quand j’étais enfant, ma mère faisait des crêpes à la chandeleur et le jour du mardi gras. Il s’agissait, chaque fois d’un repas de crêpes, c'est-à-dire qu’on ne mangeait rien d’autre lors de ces repas.
Je me souviens encore de la fois où, avec un sourire entendu, elle m’a dit « ce soir tu vas manger des crêpes ! ». Ce sourire signifiait implicitement que j’allais avoir de la chance puisque j’allais forcément me régaler. Malheureusement, je n’aimais pas ces crêpes et l’idée qu’elles allaient remplacer un « vrai » dîner me déplaisait. Mon sens de la diplomatie n’étant pas encore vraiment développé, je lui ai fait part, sans retenue, de ma réprobation. J’ai alors dû essuyer une mini tempête … je ne savais pas ce qui était bon … il y avait plein de petits enfants qui mouraient de faim et qui auraient été bien contents de manger des crêpes etc …
Le respect des traditions étant plus fort que moi, la scène se répétait chaque année.

Quelques années plus tard, je m’étais rendu à, je ne sais plus quelle kermesse, accompagné par un copain et sa mère. On y vendait des pâtisseries confectionnées par des bonnes âmes et la mère du copain nous en a offert une. Je m’étais tellement régalé en la mangeant que j’ai demandé à la dame ce que c’était comme gâteau, et celle-ci très étonnée me dit « bah, ta mère ne t’a jamais fait de crêpes ? » J’ai d’abord été vexé que l’on doute de la bienveillance de ma mère, puis je me suis dit que la pauvre dame déraisonnait … ce n’était pas cela, une crêpe !

Quelques mois plus tard alors que je passais le jeudi chez un copain (eh oui, à l’époque c’était le jeudi !) sa mère nous dit que pour le goûter, elle nous avait fait des crêpes. A ma grande surprise, elles avaient exactement le même goût que celles de la kermesse !!

Comme je ne pouvais pas imaginer un seul instant que ma mère ne sache pas faire les crêpes, j’étais persuadé qu’il existait 2 recettes et que, je ne sais pour quelle raison, elle avait choisi la mauvaise.
Donc, lors du mardi gras suivant, je lui ai demandé avec toute la naïveté de mon âge, si elle ne pouvait pas utiliser « l’autre » recette, celle avec laquelle les crêpes étaient moelleuses et parfumées.
Ma mère a compris immédiatement que je préférais les crêpes faites par une « autre » … et là, ça été un ouragan de colère … si c’était meilleur chez les autres, je n’avais qu’à aller manger chez les copains !! Sur le coup, je n’ai pas compris les raisons ce cette violente colère, et pourquoi elle était dirigée contre moi !

J’ai culpabilisé, sans trop savoir pourquoi, jusqu’au jour où, après m’être renseigné sur la « vraie » recette des crêpes, j’ai vu faire ma mère : 1 seul œuf dans le saladier, de l’eau et de la farine.

Il m’a encore fallu quelques années pour réaliser qu’à l’époque où sa propre mère lui avait transmis la recette, c’était la guerre et les matières premières étaient rares. J’ai compris également qu’elle avait dû se sentir très humiliée par ma réaction et que sa douleur s’était commuée en agressivité.
Néanmoins, j’ai relativisé la confiance que j’avais vis-à-vis de mes parents et en regardant dans le rétroviseur, j’ai pris du recul par rapport à pas mal de certitudes.

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Avatar gebest

gebest

8 février 2022 17:27
DominiqueW88 a écrit :
Bravo pour ce merveilleux texte. Merci.

😄

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Avatar DominiqueW88

DominiqueW88

8 février 2022 16:50

Bravo pour ce merveilleux texte. Merci.

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Avatar Vamycrons

Vamycrons

7 février 2022 18:11

Je me souviens avoir perdu ''un jour...'' la confiance en mes parents.
A l'école primaire de campagne d'où mes parents m'ont retiré lors de mes 12 ans pour que j'aie une chance de faire quelque chose de ma vie... je fus interrogé par la femme de l'instit absent. Elle était mauvaise la garce, bien plus que son homme...trop gentil lui.
J'étais debout-assis entre le siège et le bureau de ma table dont le couvercle à l'origine ouvrant, avait été cloué puis avait été forcé par les genoux des grands... Je le faisait manœuvrer. Une longue pointe dépassait et comme je m'y était légèrement frotté le bras dénudé, je m'étais gratté... ,,,. Certainement je n'avais pas assez appris ma leçon et... Dans le carnet journalier de liaison elle avait noté que ; '' j'avais eu un geste d'impolitesse en me grattant le bras pour lui signifier qu'elle m'en ennuyait... ''. J'avais eu beau expliquer... une volée de plus j'avais ramassé... et de ce jour le confiance dans les adultes... jusqu'à ce que j'aie leur âge je l'avais perdue... et les volées je n'en avais plus rien à faire... La vieille instit je ne l'aime toujours pas... 😬

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Avatar Vamycrons

Vamycrons

7 février 2022 17:47
Marie France a écrit :
Oui, tout est relatif ! Ma grand- mère, qui a pourtant vecu la guerre, a toujours fait des crêpes délicieuses, elle ajoutait à la pâte une cuillère de cointreau, spécialité angevine. Il est vrai qu'à la campagne, les gens ne manquaient pas trop de lait ou d'oeufs, tout le monde possédait quelques poules, et il y avait toujours une ferme pas loin où l'on pouvait se procurer un peu de lait.

Et c'est comme ça que moi aussi j'suis devenu alcoooolo.... à cause du cointreau... Hic 😜

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Avatar Mickala

Mickala

7 février 2022 10:08

Eh oui, j'ai connu cela aussi, ma mère ne savait pas cuisiner faute d'ingrédients et de culture culinaire, mais avec les échanges d'autres nationalités, les mamans apprenaient entres elles , donc , parler du manger était essentiel, mais il y avait le respect et la discrétion, lorsque nous étions invitées pour un goûter dinatoire , j'attendais le feu vert du regard de ma mère pour pouvoir déguster toutes les nouveautés culinaires , et quand l hôte me proposait de me resservir , c'était avec un sourire jusqu'aux oreilles que j'acceptais , ce qui rendait ma mère furieuse avec des yeux plein de jalousie en me voyant me régaler, sentant le malaise, l'hôte s'empressa de donner la recette à ma mère ce qui l'a calma un peu, mais rentrées à la maison je fus sermonner parce qu 'il aurait fallut ne pas se resservir ! je n'ai pas retenu la leçon !

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Avatar catherine-

catherine-

7 février 2022 09:18

Merci pour ce souvenir d'enfance ! 👍 😋

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Avatar Marie

Marie

7 février 2022 08:38

Et nos parents ont connu la guerre, certains la faim. On peut donc comprendre ...

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Avatar Marie

Marie

7 février 2022 08:38
supernanette a écrit :
Merci pour ce beau récit.
Il est vrai qu'en étant enfant, nous avons pu avoir certaines réactions avec notre père ou surtout avec notre mère.
Mais à certaines périodes, de notre vie, en effet on ne pouvait pas comprendre.
C'était pourtant pas en période de guerre, mais j'avais des voisins ou la maman faisait toujours des crêpes à l'eau, c'est comme ça qu'elle avait appris et les enfants ne posaient pas de questions pensant que c'était ainsi que c'était fait.
Puis automatiquement si l'on remplace un bon produit de qualité (comme le lait) par de l'eau, ça n'a pas du tout le même goût. Il en sera de même dans d'autres plats.
Bon dimanche.

Et nos parents ont connu la guerre, certains la faim. On peut donc comprendre ...

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Avatar Marie France

Marie France

7 février 2022 08:34

Oui, tout est relatif ! Ma grand- mère, qui a pourtant vecu la guerre, a toujours fait des crêpes délicieuses, elle ajoutait à la pâte une cuillère de cointreau, spécialité angevine. Il est vrai qu'à la campagne, les gens ne manquaient pas trop de lait ou d'oeufs, tout le monde possédait quelques poules, et il y avait toujours une ferme pas loin où l'on pouvait se procurer un peu de lait.

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Avatar philippine

philippine

7 février 2022 07:59
gebest a écrit :
C'est vrai que ce n'est pas très clair : ma mère affirmait que ses crêpes étaient "normales" et que c'était moi qui "ne savait pas ce qui était bon" ... et j'ai cru cela très longtemps, car on a confiance en ses parents.

😄

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Avatar GÉO

GÉO

6 février 2022 20:17
gebest a écrit :
C'est vrai que ce n'est pas très clair : ma mère affirmait que ses crêpes étaient "normales" et que c'était moi qui "ne savait pas ce qui était bon" ... et j'ai cru cela très longtemps, car on a confiance en ses parents.

Effectivement quand on s'aperçoit qu'on n'est pas du même avis que ses parents, on se dit que si ils sont capables se tromper une fois, alors peut-être qu'ils sont capables de se tromper pour beaucoup de choses. Mais ça c'est peut-être plus vers l'adolescence.

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Avatar gebest

gebest

6 février 2022 20:07
GÉO a écrit :
Je n'ai pas compris le rapport entre "la confiance vis à vis de vos parents" et votre histoire.

C'est vrai que ce n'est pas très clair : ma mère affirmait que ses crêpes étaient "normales" et que c'était moi qui "ne savait pas ce qui était bon" ... et j'ai cru cela très longtemps, car on a confiance en ses parents.

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Avatar GÉO

GÉO

6 février 2022 19:57

Je n'ai pas compris le rapport entre "la confiance vis à vis de vos parents" et votre histoire.

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Avatar janine33

janine33

6 février 2022 19:56

Belle histoire Gebest ! Elle vous a appris à relativiser et à évoluer .
Amusante . Ma mère également faisait les crêpes à l’eau et peu d’œufs . Plus d’un ménage devait avoir la même .

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Avatar Guenievre

Guenievre

6 février 2022 19:09

votre récit montre surtout la capacité d'adaptation... On a tout eu des parents qui fonctionnaient en fonction de leur éducation et de ce qu'ils avaient vécu, et puis on a évolué...

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