« Lynchage » de Macron : l’incroyable silence des politiques et des intellectuels
- 15 juillet 2023 09:32
Peut-on impunément, en public, laisser libre cours à ses fantasmes les plus sanguinaires à l’encontre de quelqu’un, comme l’a fait la chanteuse Izïa ? Il faut croire que oui.
Entre deux chansons, dans la chaleur d'un concert de soir d'été, la chanteuse Izïa improvise : rien moins que le lynchage fantasmé d'Emmanuel Macron. C'est nouveau sur le marché de la provocation. Mais, dit-elle, c'est le peuple qui veut ça, c'est ce dont il a envie : « Qu'on le suspende donc à vingt mètres du sol et qu'on l'attende tous munis d'énormes battes avec des clous au bout. Dans un feu de Bengale de joie, de chair vive et de sang, on le foutrait à terre. »
Enflammer une foule avec la vision mise en scène de la torture d'un homme, qui se trouve être président de la République, attiser la haine, exciter les passions les plus bestiales, ne vaut pas beaucoup mieux que de mettre le feu à une mairie ou piller un commerce, des faits qui valent à leurs jeunes auteurs de passer ces jours-ci en comparution immédiate. Il est des attentats contre l'esprit aussi graves que des atteintes aux biens. Il paraît qu'une enquête a été ouverte sur la prestation de la chanteuse, dont on ne sait encore rien.
On n'est pas là, du reste, pour vouloir la mort de cette pécheresse. Encore moins quand l'on prend connaissance de son commentaire, accablant de bêtise et, pour le coup, de lâcheté. On l'aurait mal comprise, on aurait mal interprété ses propos, cette pauvre excuse du malentendu que le premier politique en difficulté invoque à sa première bévue médiatique.
À aucun moment, elle n'aurait voulu inciter à la violence ni à la haine. Peut-être même voulait-elle appeler à l'amour de son prochain, ou même du genre humain, à coups de battes cloutées, c'est dire la méprise ! Y a-t-il façon plus pitoyable de se renier : il ne faut rien croire de ce que j'ai dit, d'ailleurs je ne sais pas ce que j'ai dit, d'ailleurs je ne l'ai pas dit ?
Tout le monde n'est pas Boris Vian
Mais passons ! Là n'est pas le plus étonnant ni le plus grave. L'étonnant est que la prestation d'Izïa n'a provoqué aucune réaction d'aucun politique, d'aucun intellectuel, d'aucun diseur patenté du Bien, d'aucun penseur du « vivre-ensemble » et du « faire-nation », pourtant tous avides de tweets et de tribunes. Rien à dire, rien à redire, hormis le commentaire minimaliste d'Olivier Véran. Seul le maire de Marcq-en-Barœul a jugé bon d'annuler le concert dans sa commune. Pourquoi ?
Première hypothèse : de tels propos, franchissant la frontière de la décence, seraient du coup insignifiants. Ce serait faire trop de cas d'une chanteuse volontiers déjantée que de la prendre au sérieux. Il faudrait laisser à une saltimbanque la licence de dire n'importe quoi.
Ce n'était certes pas tout à fait à la hauteur de « Monsieur le président, je vous fais une lettre », tout le monde n'est pas Boris Vian, ni déserteur. Mais bon ! S'en prendre à la liberté d'expression serait mal vu des milieux culturels, d'autant que la gamine se prévaut « d'un moment partagé d'esprit artistique ».
On n'ose évoquer l'hypothèse selon laquelle nos responsables politiques ou intellectuels auraient trouvé quelque bienfait cathartique au scénario fantasmé de la mort d'Emmanuel Macron. Il y a tant de haine à son endroit, qui sait si une échappatoire chimérique ne ferait pas avantageusement baisser la tension ?
Et puis, troisième hypothèse, la fatigue, la paresse. Il y a tellement de motifs à réaction, de sujets d'indignation, de combats à mener qu'on ne peut pas tous les épouser, n'est-ce pas ? Certains passent à l'as. On passe son tour. Macron s'en remettra. Pouce !
Et tant pis pour les mots dont on s'accommode, comme si, insensés, ils n'avaient pas de sens. Tant pis pour ce consentement tacite général à n'en rien dire. Une mithridatisation des esprits à leur barbarie, une démission à faire frémir.
Source : Michel Richard – Le Point, 15/07/2023
« Lynchage » de Macron : l’incroyable silence des politiques et des intellectuels
15 juillet 2023 09:32
Peut-on impunément, en public, laisser libre cours à ses fantasmes les plus sanguinaires à l’encontre de quelqu’un, comme l’a fait la chanteuse Izïa ? Il faut croire que oui.
Entre deux chansons, dans la chaleur d'un concert de soir d'été, la chanteuse Izïa improvise : rien moins que le lynchage fantasmé d'Emmanuel Macron. C'est nouveau sur le marché de la provocation. Mais, dit-elle, c'est le peuple qui veut ça, c'est ce dont il a envie : « Qu'on le suspende donc à vingt mètres du sol et qu'on l'attende tous munis d'énormes battes avec des clous au bout. Dans un feu de Bengale de joie, de chair vive et de sang, on le foutrait à terre. »
Enflammer une foule avec la vision mise en scène de la torture d'un homme, qui se trouve être président de la République, attiser la haine, exciter les passions les plus bestiales, ne vaut pas beaucoup mieux que de mettre le feu à une mairie ou piller un commerce, des faits qui valent à leurs jeunes auteurs de passer ces jours-ci en comparution immédiate. Il est des attentats contre l'esprit aussi graves que des atteintes aux biens. Il paraît qu'une enquête a été ouverte sur la prestation de la chanteuse, dont on ne sait encore rien.
On n'est pas là, du reste, pour vouloir la mort de cette pécheresse. Encore moins quand l'on prend connaissance de son commentaire, accablant de bêtise et, pour le coup, de lâcheté. On l'aurait mal comprise, on aurait mal interprété ses propos, cette pauvre excuse du malentendu que le premier politique en difficulté invoque à sa première bévue médiatique.
À aucun moment, elle n'aurait voulu inciter à la violence ni à la haine. Peut-être même voulait-elle appeler à l'amour de son prochain, ou même du genre humain, à coups de battes cloutées, c'est dire la méprise ! Y a-t-il façon plus pitoyable de se renier : il ne faut rien croire de ce que j'ai dit, d'ailleurs je ne sais pas ce que j'ai dit, d'ailleurs je ne l'ai pas dit ?
Tout le monde n'est pas Boris Vian
Mais passons ! Là n'est pas le plus étonnant ni le plus grave. L'étonnant est que la prestation d'Izïa n'a provoqué aucune réaction d'aucun politique, d'aucun intellectuel, d'aucun diseur patenté du Bien, d'aucun penseur du « vivre-ensemble » et du « faire-nation », pourtant tous avides de tweets et de tribunes. Rien à dire, rien à redire, hormis le commentaire minimaliste d'Olivier Véran. Seul le maire de Marcq-en-Barœul a jugé bon d'annuler le concert dans sa commune. Pourquoi ?
Première hypothèse : de tels propos, franchissant la frontière de la décence, seraient du coup insignifiants. Ce serait faire trop de cas d'une chanteuse volontiers déjantée que de la prendre au sérieux. Il faudrait laisser à une saltimbanque la licence de dire n'importe quoi.
Ce n'était certes pas tout à fait à la hauteur de « Monsieur le président, je vous fais une lettre », tout le monde n'est pas Boris Vian, ni déserteur. Mais bon ! S'en prendre à la liberté d'expression serait mal vu des milieux culturels, d'autant que la gamine se prévaut « d'un moment partagé d'esprit artistique ».
On n'ose évoquer l'hypothèse selon laquelle nos responsables politiques ou intellectuels auraient trouvé quelque bienfait cathartique au scénario fantasmé de la mort d'Emmanuel Macron. Il y a tant de haine à son endroit, qui sait si une échappatoire chimérique ne ferait pas avantageusement baisser la tension ?
Et puis, troisième hypothèse, la fatigue, la paresse. Il y a tellement de motifs à réaction, de sujets d'indignation, de combats à mener qu'on ne peut pas tous les épouser, n'est-ce pas ? Certains passent à l'as. On passe son tour. Macron s'en remettra. Pouce !
Et tant pis pour les mots dont on s'accommode, comme si, insensés, ils n'avaient pas de sens. Tant pis pour ce consentement tacite général à n'en rien dire. Une mithridatisation des esprits à leur barbarie, une démission à faire frémir.
Source : Michel Richard – Le Point, 15/07/2023


Monique-
Tout à fait d’accord avec cet article. C’est une honte et cette pseudo artiste ( car fille à papa ) devrait être lourdement sanctionnée.Même si l’on ne partage pas les idées politiques de quelqu’un, on n’appelle pas au meurtre.
Imaginez que l’on parle ainsi de Mélenchon !! Là, toute la presse aurait réagi…
Pauvre France…