Les pieds dans l'eau

- 22 janvier 2022 20:00

Bonjour,
Vous n'avez jamais vu l'aube. La vraie. Pas celle du premier train de banlieue. Seul le pêcheur sait le goût exact du matin, le goût du pain et celui du café de l'aurore. Il a, seul, ces privilèges exorbitants. Né subtil, il n'en parle pas. Il garde tout cela pour lui. C'est un secret entre le poisson et lui, l'herbe et lui, l'eau et lui. Poisson, roseau pensant dans les roseaux, je te salue ! Tu mérites, plus que la guêpe, un coup de chapeau. Un soleil d'Austerlitz monte sur Jaligny ébloui par tant de gloire et de lumière. Je pêche dans une toile de Monet. Me voilà au Salon de l'Été, accroché à un mur de verdure. J'habite tous les châteaux d'eau. J'aime toutes les pêches. Toutes les rivières. Tous les canaux. Tous les étangs. Je peux même pêcher le poisson-chat, ce Frankenstein des eaux, dans une mare de ferme, lancer ma ligne entre deux canards. Je pourrais vous raconter mes très modestes histoires de pêche jusqu'à la nuit, niais c'est déjà la nuit. L'oiseau bleu file au ras de l'eau, sur coussin d'air. Ça, c'est une loutre et ça, c'est une bécassine. Il pleut à peine sur la rivière, si peu que l'on pourrait croire qu'il s'agit des ablettes qui moucheronnent. C'est le soir. Déjà le soir. Des gouttes d'angélus tombent d'un peuplier.
René Fallet

Les pieds dans l'eau

22 janvier 2022 20:00

Bonjour,
Vous n'avez jamais vu l'aube. La vraie. Pas celle du premier train de banlieue. Seul le pêcheur sait le goût exact du matin, le goût du pain et celui du café de l'aurore. Il a, seul, ces privilèges exorbitants. Né subtil, il n'en parle pas. Il garde tout cela pour lui. C'est un secret entre le poisson et lui, l'herbe et lui, l'eau et lui. Poisson, roseau pensant dans les roseaux, je te salue ! Tu mérites, plus que la guêpe, un coup de chapeau. Un soleil d'Austerlitz monte sur Jaligny ébloui par tant de gloire et de lumière. Je pêche dans une toile de Monet. Me voilà au Salon de l'Été, accroché à un mur de verdure. J'habite tous les châteaux d'eau. J'aime toutes les pêches. Toutes les rivières. Tous les canaux. Tous les étangs. Je peux même pêcher le poisson-chat, ce Frankenstein des eaux, dans une mare de ferme, lancer ma ligne entre deux canards. Je pourrais vous raconter mes très modestes histoires de pêche jusqu'à la nuit, niais c'est déjà la nuit. L'oiseau bleu file au ras de l'eau, sur coussin d'air. Ça, c'est une loutre et ça, c'est une bécassine. Il pleut à peine sur la rivière, si peu que l'on pourrait croire qu'il s'agit des ablettes qui moucheronnent. C'est le soir. Déjà le soir. Des gouttes d'angélus tombent d'un peuplier.
René Fallet

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Avatar SACADOS

SACADOS

26 janvier 2022 17:00

Un peu de poésie, parenthèse dans notre monde si technique .... 😏 . merci

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Avatar janine33

janine33

24 janvier 2022 07:43

Très beau 🙏 , merci

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Avatar joiedevivre15

joiedevivre15

23 janvier 2022 16:08

Beau texte poétique qui ressource. Cela fait du bien sur ce forum.

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Avatar Bibracte

Bibracte

23 janvier 2022 11:30

Joli texte champêtre de René Fallet....je suis sous le charme, une canne à la main et une autre traçant sillon sur le miroir....

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Avatar jeannelouise

jeannelouise

23 janvier 2022 11:24

Superbe ce texte, j'ai adoré ! Il fait du bien à nos neurones encalaminés ! !!

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Avatar zorbek

zorbek

23 janvier 2022 10:18
Bertille a écrit :
Mon père était un des meilleurs pêcheurs des départements de Lozere, Haute-Loire, Ardèche, Allier, puis ensuite Aveyron, Ariège. Il vendait ses prises aux restaurateurs Parfois dès mes 6 ans je livrais en regardant mes chaussures, nous étions pauvres.
Je l'accompagnais,dans sa quête de lieux secrets délaissés par la civilisation, sans que je ne partage sa traque contre les poissons.

Je partageais les petits matins nimbés de brumes roses, les frisottis discrets des feuilles qui frolaient la rivière, l'acre odeur des fougères froissées. Les rives encaissées périlleuses à atteindre, les moussus rochers qui faisaient trébucher dans l'eau glaçante.
Une approche silencieuse, implacable et mystique à laquelle parfois une averse de lourdes gouttes nous faisait renoncer avant que la nuit ne nous atteigne.

"Je partageais les petits matins nimbés de brumes roses, les frisottis discrets des feuilles qui frôlaient la rivière, l'acre odeur des fougères froissées. Les rives encaissées périlleuses à atteindre, les moussus rochers qui faisaient trébucher dans l'eau glaçante.
Une approche silencieuse, implacable et mystique à laquelle parfois une averse de lourdes gouttes nous faisait renoncer avant que la nuit ne nous atteigne."

Houah Bertille! c'est vraiment ciselé et beau. J'aimais vos textes quand vous nous les distilliez. Ce que vous ne faites plus trop , dommage!

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Avatar Dan

Dan

23 janvier 2022 09:09

tiens, du français correct où le signifiant correspond au signifié; il doit être pour l'élite. Merci

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Avatar jacob89

jacob89

23 janvier 2022 08:50

C'est l'essence même du goût pour la pêche! Noyeur d'asticots depuis plus de soixante ans, j'ai découvert le texte de R. Fallet ("Les pieds dans l'eau")voici déjà bien longtemps et j'ai compris pourquoi j'aimais la pêche.

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Avatar Bertille

Bertille

23 janvier 2022 07:19

Biba78 ,miss casse-pieds, on met entre guillemets lorsque l'on cite un extrait d'un écrit, d'une conversation.
Allez vous en écrivaine aboutie nous relater : "lorsque j'allais en classe, oui en CM2 à 14 ans il m'arrivait de me tremper les pieds dans l'eau, mais quand il faisait trop froid je regardais seulement passer la rivière sous le pont" Biba 78 (17 mai 1965, "Mes pensées, mes secrets, ma carrière"
Extrait fascinant qui attirerait les éditeurs de tous bords !!
L'esprit critique est une bonne chose et autorise le dialogue.
La critique comme horizon unique est une façon de se conforter en dénigrant : capacité fâcheusement répandue. Il faut bien faire avec ce que l'on a !!

On peut aussi se taire ... mais cela demande une analyse pertinente.
Ce qui de même ne semble pas évident pour celles et ceux qui n'ont rien à dire...
Décidément devant le vide sidéral ici évoqué, j'opte pour le silence et la fuite vers de plus passionnants rivages.
La bonne journée !

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Avatar Bertille

Bertille

23 janvier 2022 01:39

Mon père était un des meilleurs pêcheurs des départements de Lozere, Haute-Loire, Ardèche, Allier, puis ensuite Aveyron, Ariège. Il vendait ses prises aux restaurateurs Parfois dès mes 6 ans je livrais en regardant mes chaussures, nous étions pauvres.
Je l'accompagnais,dans sa quête de lieux secrets délaissés par la civilisation, sans que je ne partage sa traque contre les poissons.

Je partageais les petits matins nimbés de brumes roses, les frisottis discrets des feuilles qui frolaient la rivière, l'acre odeur des fougères froissées. Les rives encaissées périlleuses à atteindre, les moussus rochers qui faisaient trébucher dans l'eau glaçante.
Une approche silencieuse, implacable et mystique à laquelle parfois une averse de lourdes gouttes nous faisait renoncer avant que la nuit ne nous atteigne.

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Avatar DOMINIQUE

DOMINIQUE

22 janvier 2022 22:48

vous pratiquez la pêche, ... , je sais à quel point (pour en connaitre), ceux-là peuvent être mordus ....
mais je sais aussi que ceux-là, sont des amoureux fous de la Nature, je sais que ceux-là ne s'intoxiquent pas de cigarettes, je sais qu'ils savent jeter "leurs ordures", là où il se doit, je sais leur amour pour ce qu'ils attrapent, et je sais qu'ils font ce qu'il faut pour leur éviter la moindre souffrance, et s'il le faut les remettre à l'eau, de la manière la plus douce qui soit .....
je ne pêche pas, mais je suis soeur et mère de ce genre d'énergumènes.

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