Émeutes : la gauche, le banlieusard et le bon sauvage

- 4 juillet 2023 06:41

La civilisation serait-elle inaccessible à certains? C’est ce que semble penser la gauche radicale en faisant preuve de mansuétude à l’égard des émeutiers.

D'où vient la violence? La pensée occidentale disserte depuis longtemps sur cette question insoluble. La brutalité n'a pas de cause sociale: elle forme la condition originelle de l'humanité. Rousseau est mort. C'est Darwin qui l'a tué. L'homme n'est pas naturellement bon. Ce n'est qu'après ce long processus de «civilisation des mœurs», si bien décrit par Norbert Elias, que l'humanité apprend à domestiquer ses pulsions à travers les institutions.

Mais ce processus est-il à la portée de tous? Visiblement, la gauche en doute. Sa complaisance à l'égard de la sauvagerie en provenance des banlieues après la mort de Nahel provient de la conviction que les méthodes institutionnelles sont inaccessibles à certaines populations. Pour la gauche, le banlieusard est le rejeton de l'indigène des colonies: il ne sait pas parler le langage de la civilisation et de l'état de droit. C'est pourquoi la mansuétude s'impose à l'égard d'une barbarie conforme, selon elle, à la nature de ceux qui s'y vautrent.

Les ambivalences de la République

En ce sens, la gauche indigéniste est la digne héritière de Jules Ferry pour qui «la mission civilisatrice» et la politique coloniale ne seraient jamais en mesure de redresser les mœurs de l'Orient. Père de l'instruction publique en France métropolitaine, Jules Ferry estimait en revanche que les vices des gouvernements orientaux dérivaient de la «constitution sociale, intellectuelle et morale» des peuples qui les subissent: «Se flatter qu'on les transformera d'un coup de baguette en gouvernements à la mode d'Occident, c'est une folle chimère: y viser même, comme à un but lointain, c'est une conception fausse et dangereuse.»Et Ferry d'ajouter que le «le régime représentatif, la séparation des pouvoirs, la Déclaration des droits de l'homme et les constitutions sont là-bas des formules vides de sens». Ainsi se dévoile l'ambivalence de la République envers la conviction que chaque être humain a le pouvoir d'accéder à la modernité.

Cette entreprise est-elle d'ailleurs souhaitable? L'universalisation des mœurs bourgeoises ne risque-t-elle pas d'affadir le monde? Lors de son voyage au Maroc, l'écrivain Pierre Loti se réjouissait que le sultan ne veuille «ni Parlement, ni presse, ni chemins de fer, ni routes». C'est que l'Oriental a moins vocation à s'émanciper des pesanteurs de ses traditions qu'à divertir le bourgeois en manque d'exotisme et de sensations fortes. Son élévation aurait l'inconvénient de priver l'homme civilisé de l'occasion de se dépayser de temps à autre. «À Constantinople, la plupart des hommes sont habillés à l'européenne, on y joue l'opéra, il y a des cabinets de lecture, des modistes!»déplorait Flaubert pendant sa visite en Turquie.

Racisme systémique

Mue par cette vieille tradition orientaliste, la gauche radicale identifie les banlieues à ces contrées pittoresques dont il serait vain d'attendre qu'elles affrontent leurs défis par des moyens conventionnels, à l'image des nombreuses minorités juives, européennes et asiatiques qui, malgré les discriminations passées, ont fini par se fondre dans la maison France.

La gauche radicale est ainsi la première pourvoyeuse de ce racisme systémique qu'elle se plaît à traquer partout. L'exigence est la marque de l'égalité, et elle n'en a aucune pour le prolétariat de substitution qu'elle a passé tant de temps à courtiser. Toute la question est désormais de savoir à quel point les principaux intéressés veulent lui donner raison.

Source: Ferghane Azihari – Le Point, 04/07/2023

Émeutes : la gauche, le banlieusard et le bon sauvage

4 juillet 2023 06:41

La civilisation serait-elle inaccessible à certains? C’est ce que semble penser la gauche radicale en faisant preuve de mansuétude à l’égard des émeutiers.

D'où vient la violence? La pensée occidentale disserte depuis longtemps sur cette question insoluble. La brutalité n'a pas de cause sociale: elle forme la condition originelle de l'humanité. Rousseau est mort. C'est Darwin qui l'a tué. L'homme n'est pas naturellement bon. Ce n'est qu'après ce long processus de «civilisation des mœurs», si bien décrit par Norbert Elias, que l'humanité apprend à domestiquer ses pulsions à travers les institutions.

Mais ce processus est-il à la portée de tous? Visiblement, la gauche en doute. Sa complaisance à l'égard de la sauvagerie en provenance des banlieues après la mort de Nahel provient de la conviction que les méthodes institutionnelles sont inaccessibles à certaines populations. Pour la gauche, le banlieusard est le rejeton de l'indigène des colonies: il ne sait pas parler le langage de la civilisation et de l'état de droit. C'est pourquoi la mansuétude s'impose à l'égard d'une barbarie conforme, selon elle, à la nature de ceux qui s'y vautrent.

Les ambivalences de la République

En ce sens, la gauche indigéniste est la digne héritière de Jules Ferry pour qui «la mission civilisatrice» et la politique coloniale ne seraient jamais en mesure de redresser les mœurs de l'Orient. Père de l'instruction publique en France métropolitaine, Jules Ferry estimait en revanche que les vices des gouvernements orientaux dérivaient de la «constitution sociale, intellectuelle et morale» des peuples qui les subissent: «Se flatter qu'on les transformera d'un coup de baguette en gouvernements à la mode d'Occident, c'est une folle chimère: y viser même, comme à un but lointain, c'est une conception fausse et dangereuse.»Et Ferry d'ajouter que le «le régime représentatif, la séparation des pouvoirs, la Déclaration des droits de l'homme et les constitutions sont là-bas des formules vides de sens». Ainsi se dévoile l'ambivalence de la République envers la conviction que chaque être humain a le pouvoir d'accéder à la modernité.

Cette entreprise est-elle d'ailleurs souhaitable? L'universalisation des mœurs bourgeoises ne risque-t-elle pas d'affadir le monde? Lors de son voyage au Maroc, l'écrivain Pierre Loti se réjouissait que le sultan ne veuille «ni Parlement, ni presse, ni chemins de fer, ni routes». C'est que l'Oriental a moins vocation à s'émanciper des pesanteurs de ses traditions qu'à divertir le bourgeois en manque d'exotisme et de sensations fortes. Son élévation aurait l'inconvénient de priver l'homme civilisé de l'occasion de se dépayser de temps à autre. «À Constantinople, la plupart des hommes sont habillés à l'européenne, on y joue l'opéra, il y a des cabinets de lecture, des modistes!»déplorait Flaubert pendant sa visite en Turquie.

Racisme systémique

Mue par cette vieille tradition orientaliste, la gauche radicale identifie les banlieues à ces contrées pittoresques dont il serait vain d'attendre qu'elles affrontent leurs défis par des moyens conventionnels, à l'image des nombreuses minorités juives, européennes et asiatiques qui, malgré les discriminations passées, ont fini par se fondre dans la maison France.

La gauche radicale est ainsi la première pourvoyeuse de ce racisme systémique qu'elle se plaît à traquer partout. L'exigence est la marque de l'égalité, et elle n'en a aucune pour le prolétariat de substitution qu'elle a passé tant de temps à courtiser. Toute la question est désormais de savoir à quel point les principaux intéressés veulent lui donner raison.

Source: Ferghane Azihari – Le Point, 04/07/2023

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Avatar aranjuez

aranjuez

5 juillet 2023 08:24
alain a écrit :
La guerre civile à peine commencée est déjà finie , plus d'un milliard de dégâts , la décivilisation est en marche , rien ne peut l'arrêter .
Au mieux le retour au calme sera un retour à la came .

L'année dernière lors de la finale de la ligue des champions Liverpool/ Real de Madrid, les loubards de banlieue avaient déjà créé le chaos au stade de France.
Darmanin avait mis tout cela sur le dos des supporters anglais contre toute évidence. Il ne fallait pas montrer du doigt les banlieues.
Après la démonstration des émeutiers ces derniers jours, le mensonge ne marche plus. Ce ne sont pas les supporters de Liverpool qui sont revenus dans nos centres ville..

Non la guerre n'est pas finie. Ca n'a été qu'un entrainement .
Il reste à ces émeutiers deux grands rendez-vous :
En septembre 2023 il y aura en France la coupe du monde de rugby.
En juillet 2024 les jeux olympiques.
On va les revoir.

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Avatar alain

alain

5 juillet 2023 07:15

La guerre civile à peine commencée est déjà finie , plus d'un milliard de dégâts , la décivilisation est en marche , rien ne peut l'arrêter .
Au mieux le retour au calme sera un retour à la came .

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Avatar Eleni

Eleni

5 juillet 2023 06:24

Ben voyons! tout est bon pour gagner des voix aux élections, se moquent pas mal des gens honnêtes, je pense qu'il vaut mieux être délinquant, criminel dans ce pays, on voit le résultat depuis début année avec les enfants, aucune impunité, même pas renvoyés ni jugés !

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Avatar aranjuez

aranjuez

5 juillet 2023 06:22
alain a écrit :
Je suis AL2 aussi pour moi "Libération" estun journal qui parle del'avenir et de son futur.
Est ce exact ?

L'avenir de qui? Celui de la France ou celui du journal lui-même?
Celui de la France? tous les médias le prévoit ou le rêve.
La plupart se trompent. Surtout à gauche qui est davantage dans le déni.

L'avenir du journal? Il est avant tout dans les subventions.

J'ai fouiné à la recherche de ces subventions et j'ai trouvé un lien sur les subventions accordées à la presse par le ministère de la Culture.

https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Presse-ecrite/Tableaux-des-titres-et-groupes-de-presse-aides-par-le-ministere-de-la-Culture/Tableau-des-titres-de-presse-aides-en-2021
Arrivé là, il suffit de télécharger un tableau .

On y trouve que le journal Libération a touché une subvention à hauteur de 0,241€ par exemplaire.
En comparaison, Le Figaro a perçu 0,073€ par exemplaire soit 3,5 fois moins.

Mais cela s'explique : Libération touche une prime pour "pluralisme" de 2,9 millions d'euros. Alors que le Figaro beaucoup moins pluraliste que Libé, chacun le reconnaîtra, ne touche rien.
L'Humanité, la plus pluraliste de toutes les publications, touche 3,1 millions de prime. Ce qui met la subvention globale à 0,501€ par exemplaire. Encore un effort du ministère de la Culture et on pourra distribuer ce journal gratuitement à la sortie du métro.

Comme quoi, la République, bonne fille, sait reconnaître la vertu, le pluralisme en l'occurrence, là où elle est et la récompenser.

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Avatar Dan

Dan

5 juillet 2023 06:01

toute civilisation est une forme de superstition. Et si Cromagon était témoin de la nôtre, il n'aurait peut être pas tord de nous prendre tous pour des fols

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Avatar janine33

janine33

4 juillet 2023 19:16

La république indigéniste … pour des banlieues identifiées a des contrées pittoresques … ?
Ces expressions me semblent dater d’un autre siècle et à des années lumières de nos préoccupations.
Montrons nous exigeants et réalistes .

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Avatar alain

alain

4 juillet 2023 16:42
aranjuez a écrit :
Je n'ai jamais entendu dire que lire Libération, rafraîchissait l'haleine.

Je suis AL2 aussi pour moi "Libération" estun journal qui parle del'avenir et de son futur.
Est ce exact ?

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Avatar aranjuez

aranjuez

4 juillet 2023 13:30
alain a écrit :
On disait naguère plus je lis Le Point plus je sens mauvais de la bouche

Je n'ai jamais entendu dire que lire Libération, rafraîchissait l'haleine.

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Avatar alain

alain

4 juillet 2023 08:22

On disait naguère plus je lis Le Point plus je sens mauvais de la bouche

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Avatar hervé Nono

hervé Nono

4 juillet 2023 07:30

Bonjour
cela rejoint la problématique du phénomène de créolisation
Utilisé a l’occasion par mr Mélenchon,,,
la créolisation existe depuis longtemps,,,toujours même ...
C’est un vaste débat
À plus ,,,

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