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La mythique course Paris Vienne !

Dany - 5 janvier 2026 19:08

24 juin 1902, beaucoup de monde dans Paris, même des provinciaux. Les terrasses des cafés sont bondées. Puis, la nuit tombée, toute cette foule, utilisant les moyens de transport les plus divers, trains spéciaux, fiacres, bicyclettes ... converge en direction de Champigny-sur-Marne (banlieue est de Paris).
…......
Vous vous souvenez comment, à la suite du réveillon de Noël 1893 dans le 9ème arrondissement de Paris et à sa démonstration des capacités de sa voiturette à monter la rue Lepic, Louis Renault avait accepté de fabriquer ce véhicule pour plusieurs amis, qui lui avaient même versés des arrhes (voir le sujet "Un révillon qui sera determinant" - 19 décembre).
En février 1899, la Société Renault Frères est créée.
Louis persuade son frère, Marcel, d'engager leurs voiturettes dans des épreuves automobiles et ainsi se mesurer à des as de l'époque, comme Levassor, et donc défier les grosses cylindrées.
En août, ils participent à Paris-Trouville et arrivent en tête, ex aequo.
En septembre, au Paris-Ostende, ils se classent premier et deuxième.
En octobre, une nouvelle victoire dans le Paris-Rambouillet, toujours en se classant premier et deuxième.
Louis et Marcel Renault, ainsi que leurs voiturettes sont devenues célèbres.
1900 - le moteur De Dion monocylindre de 1 cv ¾ est amélioré et passe à 3 cv ½
Paris-Bordeaux, 4 voiturettes Renault se classent dans les 4 premières places dans leur catégorie.
Paris-Toulouse, Paris Berlin(1198 km, en trois étapes): Les Renault s'illustrent toujours!

Et nous en arrivons à la course des courses!
25 juin 1902, tard dans la nuit à Champigny-sur-Marne,une foule est rassemblée autour de 113 véhicules qui vont bientôt s'élancer pour une course de 1700 km jusqu'à Vienne. C'est une compétition d'hommes et de machines. Il y a les grosses cylindrées (Panhard, Mercedes, Mors, Napier), les cylindrées moyennes (dont les 2 voiturettes de Louis et Marcel Renault dotées d'un moteur 4 cylindres développant 8 CV) et les petites cylindrées, (tricycles et motocyclettes).

3h 30: le départ est donné! L'étalement est le suivant: les grosses cylindrées, les moyennes et les autres.
La 1ère étape est Paris-Belfort.
Au volant de sa Mors (60 CV) Fournier remonte et dépasse l'express qui emmène vers l'arrivée des centaines de fanatiques. Mais, en approche de Chaumont il doit abandonner, boîte de vitesse cassée.
Louis Renault se classe huitième du classement général, mais,1er de la catégorie voitures légères, suivi de Marcel Renault à la 3ème place.
La 2ème étape, Belfort-Bregenz, ne se déroule pas en mode course: la Suisse ayant toléré le passage des voitures, mais sans vitesse excessive.
La 3ème étape, Bregenz-Innsbruck-Salzbourg,va amener les candidats au massif de l'Arlberg, là où aucune automobile n'est montée. Les routes – si l'on peut appeler cela des routes – ne sont balisées que par des bornes au bord de l'abîme, visibles quand elles dépassent de la couche de neige en altitude. Les torrents sont franchis sur des passerelles en bois, le brouillard enveloppe très souvent les machines.
Quelques voitures calent dans la montée, trop lourdes pour grimper plus avant.
Louis Renault, au contrôle d'Innsbruck, entre en collision avec la voiture du baron de Caters. Louis, avec son mécanicien et pilote relais Szisz réparent comme ils peuvent, reprennent la course avec plusieurs heures de retard et, à la nuit tombante, voient trop tard un passage à niveau fermé et se jettent sur la barrière, l'enfoncent et percutent la seconde. Ils réveillent un forgeron, Szisz redresse l'essieu avant, Louis répare la roue en remplaçant 3 rayons cassés par des barreaux de chaise. Le radiateur qui fuit? Tant pis, Szisz allongé sur le capot versera de l'eau dans le radiateur! Ils se classeront soixante-et-unième. Marcel Renault est septième. C'est la Napier qui remporte l'étape.

4ème étape: Salzbourg-Vienne.
Remontée spectaculaire de Marcel Renault.
Le départ s'effectue dans l'ordre d'arrivée à l'étape précédente, Marcel part donc en septième position. Il est décidé à en retrousser un sacré coup! Pied au plancher il fonce sur Vienne à 120 kmh, risquant le tout pour le tout, misant sur son coup d'oeil pour apprécier les courbes qu'il prend presque sur 2 roues. L'avance des autres concurrents commence à fondre. Devant lui, une Darracq refuse le dépassement et roule au milieu de la route. Marcel lance sa voiture dans le nuage de poussière, mord le bas côté gauche, engueule le conducteur, arrache l'aile gauche de la Darracq et passe! A-t-il fait exprès d'emporter son aile? A mon avis non car c'était risquer l'accident. Il dépasse une autre voiture et se retrouve derrière Farman; il a déjà rattrapé presque 2 h sur la première voiture partie de Salzbourg.
C'est maintenant un roue dans roue entre Renault et Farman; celui-ci creuse un peu l'écart dans les lignes droites mais il est rattrapé dans les courbes.
A 53 km de Vienne, Marcel passe Farman dans une courbe et reste au maximum de la vitesse de la voiturette jusqu'à l'arrivée à Vienne. Il arrive à midi, les officiels sont encore à table, Marcel ne trouve pas l'entrée du Prater … enfin on lui montre le chemin. Les musiciens interrompent leur repas, les officiels se placent, la Marseillaise est jouée … et rejouée un quart d'heure plus tard à l'arrivée de Farman.
Marcel Renault avait 2 heures d'avance sur les prévisions, il venait de triompher sur des voitures plus puissantes (certaines quatre fois plus), avec une moyenne de 62,5 kmh, arrêts compris ! (71, d'après René Bellu dans son ouvrage "Toutes le Renault")


Sources: ouvrage de Yves Richard "1898 Renault 1965"

La mythique course Paris Vienne !

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Dany5 janvier 2026 19:08

24 juin 1902, beaucoup de monde dans Paris, même des provinciaux. Les terrasses des cafés sont bondées. Puis, la nuit tombée, toute cette foule, utilisant les moyens de transport les plus divers, trains spéciaux, fiacres, bicyclettes ... converge en direction de Champigny-sur-Marne (banlieue est de Paris).
…......
Vous vous souvenez comment, à la suite du réveillon de Noël 1893 dans le 9ème arrondissement de Paris et à sa démonstration des capacités de sa voiturette à monter la rue Lepic, Louis Renault avait accepté de fabriquer ce véhicule pour plusieurs amis, qui lui avaient même versés des arrhes (voir le sujet "Un révillon qui sera determinant" - 19 décembre).
En février 1899, la Société Renault Frères est créée.
Louis persuade son frère, Marcel, d'engager leurs voiturettes dans des épreuves automobiles et ainsi se mesurer à des as de l'époque, comme Levassor, et donc défier les grosses cylindrées.
En août, ils participent à Paris-Trouville et arrivent en tête, ex aequo.
En septembre, au Paris-Ostende, ils se classent premier et deuxième.
En octobre, une nouvelle victoire dans le Paris-Rambouillet, toujours en se classant premier et deuxième.
Louis et Marcel Renault, ainsi que leurs voiturettes sont devenues célèbres.
1900 - le moteur De Dion monocylindre de 1 cv ¾ est amélioré et passe à 3 cv ½
Paris-Bordeaux, 4 voiturettes Renault se classent dans les 4 premières places dans leur catégorie.
Paris-Toulouse, Paris Berlin(1198 km, en trois étapes): Les Renault s'illustrent toujours!

Et nous en arrivons à la course des courses!
25 juin 1902, tard dans la nuit à Champigny-sur-Marne,une foule est rassemblée autour de 113 véhicules qui vont bientôt s'élancer pour une course de 1700 km jusqu'à Vienne. C'est une compétition d'hommes et de machines. Il y a les grosses cylindrées (Panhard, Mercedes, Mors, Napier), les cylindrées moyennes (dont les 2 voiturettes de Louis et Marcel Renault dotées d'un moteur 4 cylindres développant 8 CV) et les petites cylindrées, (tricycles et motocyclettes).

3h 30: le départ est donné! L'étalement est le suivant: les grosses cylindrées, les moyennes et les autres.
La 1ère étape est Paris-Belfort.
Au volant de sa Mors (60 CV) Fournier remonte et dépasse l'express qui emmène vers l'arrivée des centaines de fanatiques. Mais, en approche de Chaumont il doit abandonner, boîte de vitesse cassée.
Louis Renault se classe huitième du classement général, mais,1er de la catégorie voitures légères, suivi de Marcel Renault à la 3ème place.
La 2ème étape, Belfort-Bregenz, ne se déroule pas en mode course: la Suisse ayant toléré le passage des voitures, mais sans vitesse excessive.
La 3ème étape, Bregenz-Innsbruck-Salzbourg,va amener les candidats au massif de l'Arlberg, là où aucune automobile n'est montée. Les routes – si l'on peut appeler cela des routes – ne sont balisées que par des bornes au bord de l'abîme, visibles quand elles dépassent de la couche de neige en altitude. Les torrents sont franchis sur des passerelles en bois, le brouillard enveloppe très souvent les machines.
Quelques voitures calent dans la montée, trop lourdes pour grimper plus avant.
Louis Renault, au contrôle d'Innsbruck, entre en collision avec la voiture du baron de Caters. Louis, avec son mécanicien et pilote relais Szisz réparent comme ils peuvent, reprennent la course avec plusieurs heures de retard et, à la nuit tombante, voient trop tard un passage à niveau fermé et se jettent sur la barrière, l'enfoncent et percutent la seconde. Ils réveillent un forgeron, Szisz redresse l'essieu avant, Louis répare la roue en remplaçant 3 rayons cassés par des barreaux de chaise. Le radiateur qui fuit? Tant pis, Szisz allongé sur le capot versera de l'eau dans le radiateur! Ils se classeront soixante-et-unième. Marcel Renault est septième. C'est la Napier qui remporte l'étape.

4ème étape: Salzbourg-Vienne.
Remontée spectaculaire de Marcel Renault.
Le départ s'effectue dans l'ordre d'arrivée à l'étape précédente, Marcel part donc en septième position. Il est décidé à en retrousser un sacré coup! Pied au plancher il fonce sur Vienne à 120 kmh, risquant le tout pour le tout, misant sur son coup d'oeil pour apprécier les courbes qu'il prend presque sur 2 roues. L'avance des autres concurrents commence à fondre. Devant lui, une Darracq refuse le dépassement et roule au milieu de la route. Marcel lance sa voiture dans le nuage de poussière, mord le bas côté gauche, engueule le conducteur, arrache l'aile gauche de la Darracq et passe! A-t-il fait exprès d'emporter son aile? A mon avis non car c'était risquer l'accident. Il dépasse une autre voiture et se retrouve derrière Farman; il a déjà rattrapé presque 2 h sur la première voiture partie de Salzbourg.
C'est maintenant un roue dans roue entre Renault et Farman; celui-ci creuse un peu l'écart dans les lignes droites mais il est rattrapé dans les courbes.
A 53 km de Vienne, Marcel passe Farman dans une courbe et reste au maximum de la vitesse de la voiturette jusqu'à l'arrivée à Vienne. Il arrive à midi, les officiels sont encore à table, Marcel ne trouve pas l'entrée du Prater … enfin on lui montre le chemin. Les musiciens interrompent leur repas, les officiels se placent, la Marseillaise est jouée … et rejouée un quart d'heure plus tard à l'arrivée de Farman.
Marcel Renault avait 2 heures d'avance sur les prévisions, il venait de triompher sur des voitures plus puissantes (certaines quatre fois plus), avec une moyenne de 62,5 kmh, arrêts compris ! (71, d'après René Bellu dans son ouvrage "Toutes le Renault")


Sources: ouvrage de Yves Richard "1898 Renault 1965"

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Dany

6 janvier 2026 09:10
catherine- a écrit :
Super récit ! Merci pour ce moment de sport et d'histoire de l'automobile!

Merci, Catherine, ce fut avec plaisir !

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Avatar catherine-

catherine-

6 janvier 2026 09:02

Super récit ! Merci pour ce moment de sport et d'histoire de l'automobile!

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Avatar francis

francis

6 janvier 2026 08:38

trés intéressant ! Merci !

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Dany

6 janvier 2026 08:06
Rosa a écrit :
Quelle aventure.. que ces fous du volant lancés sur des routes improbables .. défiant tous les dangers.. une véritable course de bâtons de chaises.. anecdotes cocasses.. .. très bien relatée , on retient son souffle jusqu’à l’arrivée !
Chauffe Marcel c’est le cas de le dire… l’aile arrachée .. lui en a donné une troisième .. la rage de vaincre est là.. il est arrivé premier. cocorico Renault a gagné!
Belle page d’Histoire dé L’Automobile que tu nous fais partager en fin connaisseur que tu es Dany🙏

Merci Rosa. Ton post est talentueux, avec jeux de mots et images coulant des termes mêmes de cette page de l'Histoire européenne !

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Dany

6 janvier 2026 07:58
janine33 a écrit :
Beau récit , Dany , on s’y croirait ! Merci

Merci, Janine, bonne journée ... enneigée !

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Dany

6 janvier 2026 07:55
Bibracte a écrit :
"...monocylindre de 1 cv ¾.."

Un rendement qui laisse rêveur..le temps où l'on prenait son temps.
Tu aurais la cylindrée du ..monstre ? 😁

Celle de la voiturette ? Je vais chercher, mais pas très grosse puisque le moteur ne developpait que 6 cv.
Mais non, on ne prenait pas sin temps a l'époque, du moins en compétition : on fonçait, crispé sur le volant, 120 kmh sur des routes qui n'en avaient que le nom et a bord de voitures qui avaient une tenue de route déplorable et à peine plus de frein que sur une machine a coudre ! 😁
Cette voiture fut longtemps exposée au pub Renault sur les Champs Elysées.

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Avatar Rosa

Rosa

6 janvier 2026 06:47

Quelle aventure.. que ces fous du volant lancés sur des routes improbables .. défiant tous les dangers.. une véritable course de bâtons de chaises.. anecdotes cocasses.. .. très bien relatée , on retient son souffle jusqu’à l’arrivée !
Chauffe Marcel c’est le cas de le dire… l’aile arrachée .. lui en a donné une troisième .. la rage de vaincre est là.. il est arrivé premier. cocorico Renault a gagné!
Belle page d’Histoire dé L’Automobile que tu nous fais partager en fin connaisseur que tu es Dany🙏

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Avatar janine33

janine33

6 janvier 2026 04:23

Beau récit , Dany , on s’y croirait ! Merci

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Avatar Bibracte

Bibracte

5 janvier 2026 22:14

"...monocylindre de 1 cv ¾.."

Un rendement qui laisse rêveur..le temps où l'on prenait son temps.
Tu aurais la cylindrée du ..monstre ? 😁

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Avatar Dany

Dany

5 janvier 2026 21:38

Ils étaient prudents ! 😁

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Avatar yalow

yalow

5 janvier 2026 20:27

Les Suissssses faut pas aller trop viiiiite.faut pas les bouscullller... 62 km / h c est trop..... chez nous, il faut s'moderrrrer..et Monsieur Renault..faites pas votre maaaalin.. jcherai étonné que vous reussisssiezzz..(. a lire avec l " accent suisse)

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