Avatar Dany

Juin 1902 - Paris-Vienne, la course des courses !

Dany - 26 mars 2023 22:26

24 juin 1902, beaucoup de monde dans Paris, même des provinciaux. Les terrasses des cafés sont bondées. Puis, la nuit tombée, toute cette foule, utilisant les moyens de transport les plus divers, trains spéciaux, fiacres, bicyclettes ... converge en direction de Champigny-sur-Marne (banlieue est de Paris).
…......
Vous vous souvenez comment, à la suite du réveillon de Noël 1998 dans le 9ème arrondissement de Paris et à sa démonstration des capacités de sa voiturette à monter la rue Lepic, Louis Renault avait accepté de fabriquer ce véhicule pour plusieurs amis, qui lui avaient même versés des arrhes (voir le sujet "La naissance d'un Empire" 13 – 14 mars).
En février 1899, la Société Renault Frères est créée.
Louis persuade son frère, Marcel, d'engager leurs voiturettes dans des épreuves automobiles et ainsi se mesurer à des as de l'époque, comme Levassor, et donc défier les grosses cylindrées.
En août, ils participent à Paris-Trouville et arrivent en tête, ex aequo.
En septembre, au Paris-Ostende, ils se classent premier et deuxième.
En octobre, une nouvelle victoire dans le Paris-Rambouillet, toujours en se classant premier et deuxième.
Louis et Marcel Renault, ainsi que leurs voiturettes sont devenues célèbres.
1900 - le moteur De Dion monocylindre de 1 cv ¾ est amélioré et passe à 3 cv ½
Paris-Bordeaux, 4 voiturettes Renault se classent dans les 4 premières places dans leur catégorie.
Paris-Toulouse, Paris Berlin(1198 km, en trois étapes): Les Renault s'illustrent toujours!

Et nous en arrivons à la course des courses!
25 juin 1902, tard dans la nuit à Champigny-sur-Marne,une foule est rassemblée autour de 113 véhicules qui vont bientôt s'élancer pour une course de 1700 km jusqu'à Vienne. C'est une compétition d'hommes et de machines. Il y a les grosses cylindrées (Panhard, Mercedes, Mors, Napier), les cylindrées moyennes, dont les 2 voiturettes de Louis et Marcel Renault dotées d'un moteur 4 cylindres développant 8 CV, et les petites cylindrées, (tricycles et motocyclettes).

3h 30: le départ est donné! L'étalement est le suivant: les grosses cylindrées, les moyennes et les autres.
La 1ère étape est Paris-Belfort.
Au volant de sa Mors (60 CV) Fournier remonte et dépasse l'express qui emmène vers l'arrivée des centaines de fanatiques. Mais, en approche de Chaumont il doit abandonner, boîte de vitesse cassée.
Louis Renault se classe huitième du classement général, mais,1er de la catégorie voitures légères, suivi de Marcel Renault à la 3ème place.
La 2ème étape, Belfort-Bregenz, ne se déroule pas en mode course: la Suisse ayant toléré le passage des voitures, mais sans vitesse excessive.
La 3ème étape, Bregenz-Innsbruck-Salzbourg,va amener les candidats au massif de l'Arlberg, là où aucune automobile n'est montée. Les routes – si l'on peut appeler cela des routes – ne sont balisées que par des bornes au bord de l'abîme quand elles dépassent de la couche de neige en altitude. Les torrents sont franchis sur des passerelles en bois, le brouillard enveloppe très souvent les machines.
Quelques voitures calent dans la montée, trop lourdes pour grimper plus avant.
Louis Renault, au contrôle d'Innsbruck, entre en collision avec la voiture du baron de Caters. Louis, avec son mécanicien et pilote relais Szisz réparent comme ils peuvent, reprennent la course avec plusieurs heures de retard et, à la nuit tombante, voient trop tard un passage à niveau fermé et se jettent sur la barrière, l'enfoncent et percutent la seconde. Ils réveillent un forgeron, Szisz redresse l'essieu avant, Louis répare la roue en remplaçant 3 rayons cassés par des barreaux de chaise. Le radiateur qui fuit? Tant pis, Szisz allongé sur le capot versera de l'eau dans le radiateur! Ils se classeront soixante-et-unième. Marcel Renault est septième. C'est la Napier (anglaise) qui remporte l'étape.

4ème étape: Salzbourg-Vienne.
Remontée spectaculaire de Marcel Renault.
Le départ s'effectue dans l'ordre d'arrivée à l'étape précédente, Marcel part donc en septième position. Il est décidé à en retrousser un sacré coup! Pied au plancher il fonce sur Vienne à 120 kmh, risquant le tout pour le tout, misant sur son coup d'oeil pour apprécier les courbes qu'il prend presque sur 2 roues. L'avance des autres concurrents commence à fondre. Devant lui, une Darracq refuse le dépassement et roule au milieu de la route. Marcel lance sa voiture dans le nuage de poussière, mord le bas côté gauche, engueule le conducteur, arrache l'aile gauche de la Darracq et passe! A-t-il fait exprès d'emporter son aile? A mon avis non car c'était risquer l'accident. Il dépasse une autre voiture et se retrouve derrière Farman; il a déjà rattrapé presque 2 h sur la première voiture partie de Salzbourg.
C'est maintenant un roue dans roue entre Renault et Farman; celui-ci creuse un peu l'écart dans les lignes droites mais il est rattrapé dans les courbes.
A 53 km de Vienne, Marcel passe Farman dans un virage et reste au maximum de la vitesse de la voiturette jusqu'à l'arrivée à Vienne. Il arrive à midi, les officiels sont encore à table, Marcel ne trouve pas l'entrée du Prater … enfin on lui montre le chemin. Les musiciens interrompent leur repas, les officiels se placent, la Marseillaise est jouée … et rejouée un quart d'heure plus tard à l'arrivée de Farman.
Marcel Renault avait 2 heures d'avance sur les prévisions, il venait de triompher sur des voitures plus puissantes (certaines quatre fois plus), avec une moyenne de 62,5 kmh tous les arrêts compris!

Sources: ouvrage de Yves Richard "1898 Renault 1965"

Juin 1902 - Paris-Vienne, la course des courses !

Avatar Dany

Dany26 mars 2023 22:26

24 juin 1902, beaucoup de monde dans Paris, même des provinciaux. Les terrasses des cafés sont bondées. Puis, la nuit tombée, toute cette foule, utilisant les moyens de transport les plus divers, trains spéciaux, fiacres, bicyclettes ... converge en direction de Champigny-sur-Marne (banlieue est de Paris).
…......
Vous vous souvenez comment, à la suite du réveillon de Noël 1998 dans le 9ème arrondissement de Paris et à sa démonstration des capacités de sa voiturette à monter la rue Lepic, Louis Renault avait accepté de fabriquer ce véhicule pour plusieurs amis, qui lui avaient même versés des arrhes (voir le sujet "La naissance d'un Empire" 13 – 14 mars).
En février 1899, la Société Renault Frères est créée.
Louis persuade son frère, Marcel, d'engager leurs voiturettes dans des épreuves automobiles et ainsi se mesurer à des as de l'époque, comme Levassor, et donc défier les grosses cylindrées.
En août, ils participent à Paris-Trouville et arrivent en tête, ex aequo.
En septembre, au Paris-Ostende, ils se classent premier et deuxième.
En octobre, une nouvelle victoire dans le Paris-Rambouillet, toujours en se classant premier et deuxième.
Louis et Marcel Renault, ainsi que leurs voiturettes sont devenues célèbres.
1900 - le moteur De Dion monocylindre de 1 cv ¾ est amélioré et passe à 3 cv ½
Paris-Bordeaux, 4 voiturettes Renault se classent dans les 4 premières places dans leur catégorie.
Paris-Toulouse, Paris Berlin(1198 km, en trois étapes): Les Renault s'illustrent toujours!

Et nous en arrivons à la course des courses!
25 juin 1902, tard dans la nuit à Champigny-sur-Marne,une foule est rassemblée autour de 113 véhicules qui vont bientôt s'élancer pour une course de 1700 km jusqu'à Vienne. C'est une compétition d'hommes et de machines. Il y a les grosses cylindrées (Panhard, Mercedes, Mors, Napier), les cylindrées moyennes, dont les 2 voiturettes de Louis et Marcel Renault dotées d'un moteur 4 cylindres développant 8 CV, et les petites cylindrées, (tricycles et motocyclettes).

3h 30: le départ est donné! L'étalement est le suivant: les grosses cylindrées, les moyennes et les autres.
La 1ère étape est Paris-Belfort.
Au volant de sa Mors (60 CV) Fournier remonte et dépasse l'express qui emmène vers l'arrivée des centaines de fanatiques. Mais, en approche de Chaumont il doit abandonner, boîte de vitesse cassée.
Louis Renault se classe huitième du classement général, mais,1er de la catégorie voitures légères, suivi de Marcel Renault à la 3ème place.
La 2ème étape, Belfort-Bregenz, ne se déroule pas en mode course: la Suisse ayant toléré le passage des voitures, mais sans vitesse excessive.
La 3ème étape, Bregenz-Innsbruck-Salzbourg,va amener les candidats au massif de l'Arlberg, là où aucune automobile n'est montée. Les routes – si l'on peut appeler cela des routes – ne sont balisées que par des bornes au bord de l'abîme quand elles dépassent de la couche de neige en altitude. Les torrents sont franchis sur des passerelles en bois, le brouillard enveloppe très souvent les machines.
Quelques voitures calent dans la montée, trop lourdes pour grimper plus avant.
Louis Renault, au contrôle d'Innsbruck, entre en collision avec la voiture du baron de Caters. Louis, avec son mécanicien et pilote relais Szisz réparent comme ils peuvent, reprennent la course avec plusieurs heures de retard et, à la nuit tombante, voient trop tard un passage à niveau fermé et se jettent sur la barrière, l'enfoncent et percutent la seconde. Ils réveillent un forgeron, Szisz redresse l'essieu avant, Louis répare la roue en remplaçant 3 rayons cassés par des barreaux de chaise. Le radiateur qui fuit? Tant pis, Szisz allongé sur le capot versera de l'eau dans le radiateur! Ils se classeront soixante-et-unième. Marcel Renault est septième. C'est la Napier (anglaise) qui remporte l'étape.

4ème étape: Salzbourg-Vienne.
Remontée spectaculaire de Marcel Renault.
Le départ s'effectue dans l'ordre d'arrivée à l'étape précédente, Marcel part donc en septième position. Il est décidé à en retrousser un sacré coup! Pied au plancher il fonce sur Vienne à 120 kmh, risquant le tout pour le tout, misant sur son coup d'oeil pour apprécier les courbes qu'il prend presque sur 2 roues. L'avance des autres concurrents commence à fondre. Devant lui, une Darracq refuse le dépassement et roule au milieu de la route. Marcel lance sa voiture dans le nuage de poussière, mord le bas côté gauche, engueule le conducteur, arrache l'aile gauche de la Darracq et passe! A-t-il fait exprès d'emporter son aile? A mon avis non car c'était risquer l'accident. Il dépasse une autre voiture et se retrouve derrière Farman; il a déjà rattrapé presque 2 h sur la première voiture partie de Salzbourg.
C'est maintenant un roue dans roue entre Renault et Farman; celui-ci creuse un peu l'écart dans les lignes droites mais il est rattrapé dans les courbes.
A 53 km de Vienne, Marcel passe Farman dans un virage et reste au maximum de la vitesse de la voiturette jusqu'à l'arrivée à Vienne. Il arrive à midi, les officiels sont encore à table, Marcel ne trouve pas l'entrée du Prater … enfin on lui montre le chemin. Les musiciens interrompent leur repas, les officiels se placent, la Marseillaise est jouée … et rejouée un quart d'heure plus tard à l'arrivée de Farman.
Marcel Renault avait 2 heures d'avance sur les prévisions, il venait de triompher sur des voitures plus puissantes (certaines quatre fois plus), avec une moyenne de 62,5 kmh tous les arrêts compris!

Sources: ouvrage de Yves Richard "1898 Renault 1965"

avatar
Avatar Dany

Dany

29 mars 2023 05:33
janine33 a écrit :
Bonjour Dany , lors de mon tout premier post , qui ne s’est pas affiché car il y a eu un bug sur Quintonic , je te demandais ceci : à quelles vitesses maximales roulaient donc ces voitures ? Tu parles de 120 km / heure . Ma R25, était à l’aise à 160 km/h . Aujourd’hui , je me traîne et ne sais plus conduire vite .

Bonjojr Janine,
Les grosses cylindrées pouvaient tenir le 120 kmh, en principe sans fatiguer trop le moteur, mais elles étaient très lourdes et ne prenaient un peu d'avance qu'en lignes droites. Les deux voiturettes Renault ne pesaient que 640 kg, avaient une boîte de vitesse bien échelonnée et un moteur suffisamment puissant par rapport au poids.
Par ailleurs, le 120 kmh ne pouvait pas être réalisé très souvent et très longtemps, vu l'état des routes, non goudronnées et bosselées. Mais, au final la moyenne s'était établie à 62 kmh pour Marcel Renault et un peu moins pour Farman.
...
La Renault 25 était une bonne voiture, avec une ligne particulièrement réussie 🙂

Répondre·

Avatar janine33

janine33

29 mars 2023 03:23

Bonjour Dany , lors de mon tout premier post , qui ne s’est pas affiché car il y a eu un bug sur Quintonic , je te demandais ceci : à quelles vitesses maximales roulaient donc ces voitures ? Tu parles de 120 km / heure . Ma R25, était à l’aise à 160 km/h . Aujourd’hui , je me traîne et ne sais plus conduire vite .

Répondre·

Avatar Dany

Dany

27 mars 2023 11:44
catherine- a écrit :
Tout à fait !

Il manque les vroum vroum, paf pif, teu teu ! 😁

Répondre·

Avatar catherine-

catherine-

27 mars 2023 07:05
rosefrydland a écrit :
mon cher Dany, comme d'habitude, ce que vous prenez le temps d'écrire est palpitant, amusant, et....instructif....on a l'impression d'y être.bravo.jo

Tout à fait !

Répondre·

Avatar Dany

Dany

27 mars 2023 06:58
rosefrydland a écrit :
mon cher Dany, comme d'habitude, ce que vous prenez le temps d'écrire est palpitant, amusant, et....instructif....on a l'impression d'y être.bravo.jo

J'ai eu également plaisir à rédiger tout cela 🙂🙂

Répondre·

Avatar rosefrydland

rosefrydland

27 mars 2023 06:57

mon cher Dany, comme d'habitude, ce que vous prenez le temps d'écrire est palpitant, amusant, et....instructif....on a l'impression d'y être.bravo.jo

Répondre·

Avatar Dany

Dany

27 mars 2023 06:26
Vamycrons a écrit :
Superbe description, l'ambiance d'une compétition, j'ai cru retrouver bien que d'auto je n'ai jamais fait mais sur un vélo ! combien de fois n'ai-je pas eu le plaisir d'en baver... 😳 😀

Une course à vélo est tout aussi honorable ! 🙂🙂

Répondre·

Avatar Vamycrons

Vamycrons

27 mars 2023 06:11

Superbe description, l'ambiance d'une compétition, j'ai cru retrouver bien que d'auto je n'ai jamais fait mais sur un vélo ! combien de fois n'ai-je pas eu le plaisir d'en baver... 😳 😀

Répondre·