
suzon
Vieillir et développer la tolérance, la patience, le courage, la compréhension, se concentrer sur l'essentiel, gagner en confiance et ressentir un appel ou une responsabilité morale à s'exprimer pour les générations futures. « Vieillir » peut être une belle expérience.
Coccyvette
Le sage parle des idées, l'intelligent des faits, le vulgaire de ce qu'il mange. Celui qui s'imagine avoir seul la sagesse, l'éloquence, la force, s'expose au ridicule. L'intelligence permet de se contredire. L'intelligence ne se mesure pas des pieds à la tête, mais de la tête au ciel.
suzon
Chez les fous
c'est encore la prison
les yeux cadenassés
on ne voit plus les arbres
la lune effervescente du printemps
Les hommes se croisent
mains aveugles
mots lestés dans la gorge
cellules évadées dans le désert des hallucinations Voilà que les autorités blanches déambulent
manipulent, infantilisent jaugent et jugent prescrivent les paradis artificiels et puis s'en vont Asile-prison en état de siège couvre-feu les arbres meurent la lune
dégringole
comme un fruit gâté le sommeil visqueux prend à la gorge une horde de chats investit
les lieux forme une ronde L'un d'eux raconte la vieille histoire du Crucifié
Abdellatif Laâbi
suzon
En Afrique, au pays des Egyptians, proche la seconde cataracte du Nil, habitent, parmi les roseaux, d’énormes lézards de trois toises et plus de longueur, de figures difformes et de mœurs sanguinaires, dont le seul métier est, quand ils ne dorment pas étendus au soleil sur la vase chaude, de guetter les hommes et les animaux qui se hasardent sur les bords du fleuve, pour s’en saisir et les dévorer.[…] Nonobstant leur aspect farouche, leur voracité insatiable, et la dureté telle de leurs écailles que point ne sauroit la percer un robuste archer de son vireton le plus aigu, ces animaux féroces sont pourvus d’une sensibilité exquise ; à ce point que souventes fois les ai moi-même ouys geignants ou se lamentants es rozeaux, poussants des sanglots qui semblent mugissement de bœufs, et versants, ainsi qu’il m’a été assuré, larmes qui jaillissent du pertuis de leurs yeux, comme de pommes d’arrosoirs. […] Maintes foys, au dire de mes guides, gens réputés pour leur prud’homie et leur grande honnêteté, aucuns voyageurs, trompés par l’effusion de ces larmes, et s’assurant que tant de gémissements ne pouvoient provenir que de coeurs vrayment marris de tant de crimes et assassinats, s’estant voulu approchier des pélunques èsquelles se tiennent ces grands lézards, furent eux-mêmes saysis et méchamment dévorés par ces traîtres et hypocrites qui pleurent non par douleur vraye de leurs péchiés, mais par feintise pour engaigner les trop crédules, et bien et commodément se remplir le ventre en les dévorant.
Jean de Mandeville
Coccyvette
La plus belle manière d’honorer ceux que nous avons perdus,
c’est de continuer à vivre avec sens, avec joie, avec courage,
car au fond de nous, nous savons que c’est ce qu’ils auraient voulu.
Même s’ils ne marchent plus à nos côtés,
leur amour demeure en nous — silencieux, constant, inébranlable —
nous poussant vers l’avant, nous rappelant d’embrasser chaque jour
non pas dans la tristesse, mais comme un hommage à la vie qu’ils ont menée
et à la lumière qu’ils ont laissée derrière eux.
Dans nos rires, ils résonnent.
Dans notre force, ils perdurent.
Dans nos rêves, ils continuent de vivre.
Alors, nous continuons à tendre la main —
vers le soleil à travers les nuages,
vers le sens dans le silence,
vers l’espoir quand il vacille,
et vers le courage de devenir
les êtres qu’ils croyaient que nous pouvions être.
Et lorsque nous levons les yeux vers le ciel nocturne,
nous nous souvenons :
ils sont les étoiles au-dessus de nous,
veillant sur nos pas, nous guidant avec douceur,
nous rappelant que l’amour ne meurt pas — il change simplement de forme.
En les portant en notre cœur,
nous devenons l’héritage vivant de leur amour.
~ « Leur lumière vit encore » –
~ Illustration de Jungsuk Lee