
fae
Création
Dans Le Canard enchaîné de l'époque, la censure est souvent personnifiée par Anatasie, une vieille dame imaginaire tenant une paire de ciseaux (ici, une version antérieure dessinée par André Gill en 1874).
Le Canard enchaîné a été fondé deux fois : une première le 10 septembre 1915, par H.-P. Gassier et Maurice Maréchal. Probablement en raison de problèmes financiers, Le Canard cesse de paraître après le cinquième numéro1. Il renaît finalement le 5 juillet 1916 en riposte à la censure de la presse, à la propagande officielle et au bourrage de crâne des bellicistes de l'Union sacrée2 imposés par la guerre et ses difficultés3. Il est, en pleine guerre mondiale, un des exemples les plus significatifs de l'exercice de la libre-pensée.
Contrairement à une légende tenace, il n'est pas un journal composé par des poilus, un journal des tranchées, comme Le Crapouillot de Jean Galtier-Boissière : en effet, ses deux cofondateurs, Maurice Maréchal, le rédacteur, et H.-P. Gassier, le dessinateur, étaient dispensés du service militaire pendant la Première Guerre mondiale pour raisons médicales4. Il ne démarrera vraiment que le 5 juillet 1916, après l'échec d'un lancement prématuré, et s'annonce comme « vivant, propre et libre ». Il paraît alors le mercredi de chaque semaine jusqu'à la fin de la guerre5. D'autres journaux satiriques parurent en France au commencement du conflit : par exemple, Le Mot et La Baïonnette : l'apparition du Canard enchaîné s'inscrit donc dans un mouvement d'ensemble.
Il va s'attaquer « à la guerre, à la censure, aux politiciens, aux affairistes, aux curés, au pouvoir, à la guillotine » ainsi qu'au bellicisme outrageant des héros de l'arrière (académiciens, éditorialistes de la grande presse) qui se battent avec le sang des autres. L'arme choisie par le journal est le « rire ». L'esprit Canard est fait de non-conformisme, d'antiparisianisme, de pacifisme, d'anticléricalisme et d'antimilitarisme, et donc d'un anarchisme ou plus généralement du courant libertaire6.
(A suivre...)
