
andree
Des fleurs ! oh ! si j'avais des fleurs ! si Je pouvais
Aller semer des lys sur ces deux froids chevets !
Si je pouvais couvrir de fleurs mon ange pâle !
Les fleurs sont l'or, l'azur, l'émeraude, l'opale !
Le cercueil au milieu des fleurs veut se coucher ;
Les fleurs aiment la mort, et Dieu les fait toucher
Par leur racine aux os, par leur parfum aux âmes !...
Extrait d'un poème de Victor Hugo - Guenersey, 2 novembre 1855
A celle qui est restée en France
Capusa
Le soir verse les demi-teintes .
Le soir verse les demi-teintes
Et favorise les hymens
Des véroniques, des jacinthes,
Des iris et des cyclamens.
Charmant mes gravités meurtries
De tes baisers légers et froids,
Tu mêles à mes rêveries
L’effleurement blanc de tes doigts.
Renée Vivien, Études et Préludes
FAE
Merci Capusa. Je viens de lire une biographie de l'auteur et ne peux résister au plaisir de vous laisser partager cet extrait :
" […] À 22 ans elle épouse le général François d'Arbouville, qu'elle suit dans ses campagnes. Sa santé s'en ressentira. Ne pouvant suivre le général en mission en Afrique elle retourne à Paris et y tient salon. Sa conversation, son amabilité et sa bienveillance sont reconnus de tous. Elle ne tient pas au succès et ses poésies paraissent en petit nombre, pour ses proches, et son couvert d'anonymat. Ses nouvelles publiées dans « La Revue des deux Mondes » le sont sans son consentement, Prendre l'ouvrage d'une femme pour le publier sans lui en demander la permission, c'est un manque de délicatesse. Ce n'est pas la peine de donner mille francs pour échapper à une complète publicité, si le lendemain les revues agissent de cette façon. J'ai écrit moi-même à M. Bulos (sic) une lettre très nette et très ferme qui l'aura un peu surpris, et je l'oblige, pour le prochain n°, à dire qu'il a agi sans mon consentement (Lettre à Sainte-Beuve). La revue ne publiera pas cette protestation, ayant l'assentiment du mari. Elle acceptera plus tard leur édition, mais au profit d'une œuvre caritative. Elle habitait au 10 place Vendôme et y tenait un salon où l'on parlait plus de poésie que de politique. Lamartine était un de ses poètes favoris. [...]"
Capusa
Pauvre fleur, qu'un rayon du soleil fit éclore,
Pauvre fleur, dont les jours n'ont qu'une courte aurore,
Il me faut, au printemps, le soleil du bon Dieu,
Et quand l'hiver arrive, un asile et du feu.
On m'a dit — j'en frémis ! — qu'au foyer de la serre
Je n'aurai plus ma place, et mourrai sur la terre
Au jour où l'hirondelle, en fuyant les frimas,
Vole vers les pays où l'hiver ne vient pas.
Et moi, qui de l'oiseau n'ai pas l'aile légère,
Sur toi, contre le froid, j'avais compté, ma mère !
Pourquoi m'abandonner ? Pauvre petite fleur,
Ne t'ai-je pas offert l'éclat de ma couleur,
Mon suave parfum, jusqu'aux jours de l'automne ?
Ne t'ai-je pas donné ce que le ciel me donne ?
Si tu savais, ma mère, il est dans ce vallon,
Non loin de ton domaine, un jeune papillon
Qui versera des pleurs, et mourra de sa peine,
En ne me voyant plus à la saison prochaine.
Des sucs des autres fleurs ne voulant se nourrir,
Fidèle à son amie, il lui faudra mourir !...
Puis une abeille aussi, sur mon destin, s'alarme :
Sur ses ailes j'ai vu briller plus d'une larme ;
Elle m'aime, et m'a dit que jamais, sous le ciel,
Jeune fleur dans son sein n'avait eu plus doux miel.
Souvent une fourmi, contre le vent d'orage,
Vient chercher vers le soir l'abri de mon feuillage.
Te parlerai-je aussi de l'insecte filant,
Qui, sur mes verts rameaux s'avançant d'un pas lent,
De son réseau léger appuyé sur ma tige,
À tout ce qui dans l'air ou bourdonne ou voltige,
Tend un piège adroit, laborieux labeur
Que ta main va détruire en détruisant ma fleur ?
Et puis, quand vient la nuit, un petit ver qui brille
Me choisit chaque soir, et son feu qui scintille,
Lorsque mes sœurs n'ont plus pour elles que l'odeur,
Me permet de montrer l'éclat de ma couleur.
Tu vois, je suis aimée ! et cette heureuse vie,
Me serait, à l'hiver, par tes ordres ravie ?...
C'est ton or qui m'a fait quitter mon beau pays,
Où, des froids ouragans je n'avais nuls soucis ;
Aussi je pleurais bien au moment du voyage...
— L'exil est un malheur qu'on comprend à tout âge !
Mais une vieille fleur, estimée en tous lieux,
M'a dit qu'auprès de toi mon sort serait heureux ;
Qu'elle avait souvenir, jusques en sa vieillesse,
D'avoir fleuri pour toi du temps de sa jeunesse ;
Qu'aussitôt qu'on te voit, t'aimer est un devoir,
Qu'aimer paraît bien doux quand on vient de te voir ;
Que tu n'as pas un cœur qui trompe l'espérance,
Que les amis te sont plus chers dans la souffrance,
Et que petite fleur, flétrie et sans odeur,
Trouverait à l'hiver pitié pour son malheur ;
Que tout ce qui gémit, s'incline, souffre et pleure,
Cherche, sans se tromper, secours dans ta demeure ;
Que, tes soins maternels éloignant les autans,
Auprès de toi toujours on se croit au printemps !
Allons, construis pour nous une heureuse retraite,
Et Dieu te bénira... car c'est lui qui m'a faite,
Et simple fleur des champs, quoique bien loin des cieux,
Comme le chêne altier, trouve place à ses yeux.
Sophie d'Arbouville.
FAE
"C’est le Printemps !!
Y a la nature qu'est toute en sueur
Dans les hectares y a du bonheur
C'est le printemps
Y a des lilas qu'ont même plus le temps
De se faire tout mauves ou bien tout blancs
C'est le printemps
Y a du blé qui se fait du mouron
Les oiseaux eux ils disent pas non
C'est le printemps
Y a nos chagrins qu'ont des couleurs
Y a même du printemps chez l'malheur
Y a la mer qui se prend pour Monet
Ou pour Gauguin ou pour Manet
C'est le printemps
Y a des nuages qui n'ont plus de quoi
On dirait de la barbe à papa
C'est le printemps
Y a le vent du nord qu'a pris l'accent
Avec Mistral il passe son temps
C'est le printemps
Y a la pluie qu'est passée chez Dior
Pour se payer le modèle Soleil d'Or
Y a la route qui se fait nationale
Et des fourmis qui se font la malle
C'est le printemps
Y a de la luzerne au fond des lits
Et puis le faucheur qui lui sourit
C'est le printemps
Y a des souris qui se font les dents
Sur les matous par conséquent
C'est le printemps
Y a des voix d'or dans un seul cri
C'est la Sixtine qui sort la nuit
Y a la nature qui se tape un bol
À la santé du rossignol
C'est le printemps
Y a le Beaujolais qui la ramène
Et Mimi qui se prend pour Carmen
C'est le printemps
Y a l'île Saint-Louis qui rentre en Seine
Et puis Paris qui s'y promène
C'est le printemps
Y a l'été qui se pointe dans la rue
Et des ballots qui n'ont pas vu
Que c'était le printemps"
Léo Ferré
Capusa
Les fleurs de mon jardin...
Soyez mes fleurs belles, encore cette année,
Montrez à mon jardin que vous êtes les reines
Poussez et fleurissez, puis ranger votre peine
Pour quand l'été passé, vous tomberez -fanées-.
Vous ! Lys merveilleux, corolles flamboyantes
Des plantes du jardin, vous êtes les géantes,
Du petit Primevère au superbe Dahlia
Passant de la Jonquille au bouquet de Lilas.
Pousser mes fleurs ! Pousser ! Profiter du soleil
Aujourd'hui mieux qu'hier, mais encore plus demain.
Epanouissez-vous sous ses rayons brûlants
Vous ! Les grands Géraniums qui -monter- à merveille
Apporter les couleurs plus vives que le temps.
Je prendrai soin de vous, fleurs de mon jardin.
Jacques Malandrini
FAE
Bonjour à tous !
L’anémone qui régnait sur la mer
Robert DESNOS
"L’anémone qui régnait sur la mer
règne encore c’est entendu
Mais si peu elle est perdue
Elle est perdue au fond des mers
Elle se souvient de ses diamants
suspendus à l’arc-en-ciel
suspendus dans la rosée
et les huîtres bâillent alentour
pour lui offrir des perles
Mais l’anémone qui régnait sur la mer
ne règne presque plus et l’ancre de fer
l’a mordue cruellement et elle mourra tantôt."
