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Lettre d'Annie Ernaux à M. Macron

emma bond - 31 janvier 2022 22:25

Annie Ernaux est écrivain. Elle vit à Cergy, en région parisienne. Son oeuvre oscille entre l'autobiographie et la sociologie, l'intime et le collectif. Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge la rhétorique martiale du Président
Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,


« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et ce qu’on pouvait lire sur la banderole d’une manif en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux, tout ce jargon technocratique dépourvu de chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays : les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de livrer des pizzas, de garantir cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle, la vie matérielle.

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent déjà sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie, nous n’avons qu’elle, et « rien ne vaut la vie » - chanson, encore, d’Alain Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux

Lettre d'Annie Ernaux à M. Macron

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emma bond31 janvier 2022 22:25

Annie Ernaux est écrivain. Elle vit à Cergy, en région parisienne. Son oeuvre oscille entre l'autobiographie et la sociologie, l'intime et le collectif. Dans cette lettre adressée à Emmanuel Macron, elle interroge la rhétorique martiale du Président
Cergy, le 30 mars 2020

Monsieur le Président,


« Je vous fais une lettre/ Que vous lirez peut-être/ Si vous avez le temps ». À vous qui êtes féru de littérature, cette entrée en matière évoque sans doute quelque chose. C’est le début de la chanson de Boris Vian Le déserteur, écrite en 1954, entre la guerre d’Indochine et celle d’Algérie. Aujourd’hui, quoique vous le proclamiez, nous ne sommes pas en guerre, l’ennemi ici n’est pas humain, pas notre semblable, il n’a ni pensée ni volonté de nuire, ignore les frontières et les différences sociales, se reproduit à l’aveugle en sautant d’un individu à un autre. Les armes, puisque vous tenez à ce lexique guerrier, ce sont les lits d’hôpital, les respirateurs, les masques et les tests, c’est le nombre de médecins, de scientifiques, de soignants. Or, depuis que vous dirigez la France, vous êtes resté sourd aux cris d’alarme du monde de la santé et ce qu’on pouvait lire sur la banderole d’une manif en novembre dernier -L’état compte ses sous, on comptera les morts - résonne tragiquement aujourd’hui. Mais vous avez préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’Etat, préconisant l’optimisation des ressources, la régulation des flux, tout ce jargon technocratique dépourvu de chair qui noie le poisson de la réalité. Mais regardez, ce sont les services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays : les hôpitaux, l’Education nationale et ses milliers de professeurs, d’instituteurs si mal payés, EDF, la Poste, le métro et la SNCF. Et ceux dont, naguère, vous avez dit qu’ils n’étaient rien, sont maintenant tout, eux qui continuent de vider les poubelles, de taper les produits aux caisses, de livrer des pizzas, de garantir cette vie aussi indispensable que l’intellectuelle, la vie matérielle.

Choix étrange que le mot « résilience », signifiant reconstruction après un traumatisme. Nous n’en sommes pas là. Prenez garde, Monsieur le Président, aux effets de ce temps de confinement, de bouleversement du cours des choses. C’est un temps propice aux remises en cause. Un temps pour désirer un nouveau monde. Pas le vôtre ! Pas celui où les décideurs et financiers reprennent déjà sans pudeur l’antienne du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine. Nous sommes nombreux à ne plus vouloir d’un monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, se cultiver, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité. Sachez, Monsieur le Président, que nous ne laisserons plus nous voler notre vie, nous n’avons qu’elle, et « rien ne vaut la vie » - chanson, encore, d’Alain Souchon. Ni bâillonner durablement nos libertés démocratiques, aujourd’hui restreintes, liberté qui permet à ma lettre – contrairement à celle de Boris Vian, interdite de radio – d’être lue ce matin sur les ondes d’une radio nationale.

Annie Ernaux

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emma bond

1 février 2022 13:32
odilonredon a écrit :
Merci de nous avoir retransmis cette lettre franche, juste de Annie Ernaux. Il serait intéressant de connaître la réponse du Président ?

Mais a t'il répondu ?!.....

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Avatar caligai

caligai

1 février 2022 13:28

Biographie de Annie Ernaux.
On comprends mieux ces paroles..
Extraits de Wikipédia.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Annie_Ernaux

Engagement politique

À l'élection présidentielle de 2012, elle soutient le candidat du Front de gauche, Jean-Luc Mélenchon, car « il reprend une parole, communiste mais pas seulement, qu’on n’entendait plus »13.

Le 30 novembre 2015, elle est parmi les signataires de l’Appel des 58 : « Nous manifesterons pendant l'état d'urgence »14,15.

Le 26 mai 2016, elle fait partie des signataires d'une tribune contre la tentative du gouvernement de discréditer le mouvement contre la réforme du Code du travail par des poursuites judiciaires16.

Le 19 juin 2017, à la suite de la publication d'une analyse de Jean Birnbaum dans laquelle il « rapporte des propos tenus ici ou là sur les Indigènes de la République et, au-delà, sur l’antiracisme décolonial et politique », elle cosigne, dans Le Monde, une tribune de soutien à Houria Bouteldja — porte-parole du mouvement et auteure de Les Blancs, les juifs et nous (2016) —, affirmant notamment qu'elle est « la cible privilégiée des accusations les plus insensées, qui sont autant de calomnies : racisme, antisémitisme, homophobie… »17. La pétition déclenche à son tour quelques réactions indignées18,19, Jack Dion de Marianne décrivant le texte comme étant « ahurissant d’allégeance à une dame qui a exposé son racisme au vu et au su de tous20 ».

En mai 2018, Annie Ernaux est signataire d'une pétition en collaboration avec des personnalités issues du monde de la culture pour boycotter la saison culturelle croisée France-Israël, qui selon l'objet de la pétition sert de «vitrine» à l'État d'Israël au détriment du peuple palestinien21.

En décembre 2018, elle cosigne une tribune dans Libération en soutien au mouvement des Gilets jaunes22. Elle co-signe en 19 mai 2019, parmi 1400 personnalités du monde de la culture, la tribune « Nous ne sommes pas dupes ! », publiée dans le journal Libération, pour soutenir le mouvement des Gilets jaunes et affirmant que « … les gilets jaunes, c’est nous »23.

Le 30 mars 2020, elle lit sur France Inter une lettre ouverte au président de la République, dans laquelle elle lui reproche d'avoir « préféré écouter ceux qui prônent le désengagement de l’État » au détriment des « services publics qui, en ce moment, assurent majoritairement le fonctionnement du pays24 ».

En décembre 2021, elle rejoint le parlement de l’Union Populaire rassemblant des personnalités du monde associatif, syndical et intellectuel derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon à l’élection présidentielle de 202225.

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Avatar Micheline

Micheline

1 février 2022 13:05
emma bond a écrit :
Donc on doit se contenter du médiocre, c'est ça ? Ne rien questionner parce que de toutes les façons, tout le monde se plaint pour rien, parce que c'est "la mode"??? Je trouve aussi votre réaction un peu simpliste.

Je n'attends rien de lui mais j'attends tout des électeurs pour sanctionner celui qui n'a rien fait

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Avatar Micheline

Micheline

1 février 2022 12:59

Superbe

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Avatar odilonredon

odilonredon

1 février 2022 11:53

Merci de nous avoir retransmis cette lettre franche, juste de Annie Ernaux. Il serait intéressant de connaître la réponse du Président ?

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Avatar toutouche

toutouche

1 février 2022 11:37

Dommage de ne pas pouvoir copier et coller sur d’autres supports afin de toucher plus de monde quand à ce texte si bien tourné

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emma bond

1 février 2022 10:49
renatonino a écrit :
Bravo Madame ....c'est admirable .....précis , argumenté, pondéré et tellement vrai , cruellement vrai ....cela fait plaisir de voir que des personnes comme vous ont la volonté et courage de témoigner et de s'exprimer ....j'avoue , pourtant aussi lucide sur ce personnage et combatif à son endroit , être un peu découragé car je pressens malheureusement qu'il sera là malheureusement en 2022 même si on peut douter de ces "sondages" orientés et assurément manipulateurs.....une vraie question ; quel est le bien fondé et la légitimité démocratique des sondages ????? Bonne journée et merci encore

Il s'agit d'Annie Ernaux qui a écrit cette lettre ! Vos remerciements vont donc à elle!
Bonne journée à vous.

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Avatar Brigitte

Brigitte

1 février 2022 10:43

Bravo!

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Avatar renatonino

renatonino

1 février 2022 10:29

Bravo Madame ....c'est admirable .....précis , argumenté, pondéré et tellement vrai , cruellement vrai ....cela fait plaisir de voir que des personnes comme vous ont la volonté et courage de témoigner et de s'exprimer ....j'avoue , pourtant aussi lucide sur ce personnage et combatif à son endroit , être un peu découragé car je pressens malheureusement qu'il sera là malheureusement en 2022 même si on peut douter de ces "sondages" orientés et assurément manipulateurs.....une vraie question ; quel est le bien fondé et la légitimité démocratique des sondages ????? Bonne journée et merci encore

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emma bond

1 février 2022 09:55
andante a écrit :
Le travail Mr ou Mme vous ne savez pas ce que c'est.

🤔😂👎

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Avatar andante

andante

1 février 2022 09:36
emma bond a écrit :
Je suppose que c'est du sarcasme ???? Cela est évident que vous n'avez aucune idée du travail d'enseignant, et ne faites que répéter des "idées reçues" pas très originales ! ☹️🙄

Le travail Mr ou Mme vous ne savez pas ce que c'est.

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emma bond

1 février 2022 09:28
Sylve2012 a écrit :
Je n'attends même pas le programme de ce monsieur qui, pour moi, n'a pas fait preuve de professionnalisme. Il a eu 5 ans pour tenir ses promesses électorales et il ne l'a pas fait.

Je suis d'accord, et même si il n'y a pas mieux en face, ce n'est pas une raison pour ne pas le dire ! Il est légitime d'espérer mieux de nos dirigeants, non ??? Je n'envie pas leur rôle, mais enfin je n'ai pas l'ambition de me présenter aux élections non plus !

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Avatar Sylve2012

Sylve2012

1 février 2022 09:23

Je n'attends même pas le programme de ce monsieur qui, pour moi, n'a pas fait preuve de professionnalisme. Il a eu 5 ans pour tenir ses promesses électorales et il ne l'a pas fait.

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emma bond

1 février 2022 09:20
andante a écrit :
Les pauvres instituteurs plus maintenant PROFESSEURS si mal payés qui travaillent 4 jours par semaine et ont 4 mois de congés par an .

Je suppose que c'est du sarcasme ???? Cela est évident que vous n'avez aucune idée du travail d'enseignant, et ne faites que répéter des "idées reçues" pas très originales ! ☹️🙄

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Avatar emma bond

emma bond

1 février 2022 09:16
Vamycrons a écrit :
Je suis d'accord avec vous. J'attends son programme où j'espère il y aura plus de fermeté de prévue pour savoir si malgré tout ma timide, simple et... diront certains... inutile voix pour lui sera... Mais voter au moins moi j'irai. 😄

Donc on doit se contenter du médiocre, c'est ça ? Ne rien questionner parce que de toutes les façons, tout le monde se plaint pour rien, parce que c'est "la mode"??? Je trouve aussi votre réaction un peu simpliste.

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