Inceste - La Ciivise livre son rapport

- 17 novembre 2023 07:32

Trente mille. C'est le nombre de témoignages recueillis par la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) ces trois dernières années. Instituée en janvier 2021 – à la suite de la parution du livre de Camille Kouchner, La Familia grande, et du débat public qui s'ensuivit – cette structure inédite recevait alors d'Emmanuel Macron la mission de recueillir la parole des victimes et, plus largement, de « lutter contre le déni, dont les violences sexuelles faites aux enfants, et notamment l'inceste, ont fait et font l'objet », rappelle au Point, son coprésident et juge des enfants, Édouard Durand.

Publié et remis à la secrétaire d'État chargée de l'Enfance, Charlotte Caubel, ce vendredi 17 novembre, le rapport présente ainsi les résultats d'une enquête d'ampleur et propose pas moins d'une centaine de préconisations de politiques publiques. « Nous espérons qu'il ne s'agit pas d'un rapport final mais d'un rapport d'étape », insiste le magistrat, tandis que le maintien de la Ciivise – initialement instituée pour deux ans puis prolongée d'une année – doit être ou non décidé dans les jours à venir.

⚫ Neuf enfants sur dix réduits au silence

De fait, si 160 000 enfants sont victimes de viol ou d'agression sexuelle chaque année – dont 81 % par un membre de leur famille – ces derniers, réduits au silence, ne sont encore qu'un sur dix à révéler ces violences au moment des faits, souligne le rapport. « Et ceux qui parlent, trop souvent, ne sont pas crus », déplore le juge Durand. Une « injonction paradoxale » (« On leur dit de parler puis remet en cause leur parole ») sur laquelle le travail de la Ciivise tente précisément d'alerter.
Pour cause, près d'un enfant victime sur deux (45 %) n'est pas mis en sécurité par le tiers auquel il se confie – le plus souvent un membre de sa famille –, exposait, dans une synthèse parue en septembre dernier, la commission. Un enjeu de taille lorsqu'on sait le potentiel effondrement psychique des victimes et l'impact durable de ces violences : neuf victimes sur dix développant des troubles psychiques (tel que le stress post-traumatique), physiques et des conduites à risque.

⚫ Mesures d'urgence, imprescriptibilité…

Or, ce soutien ne repose pas sur la seule attitude de l'entourage proche. « Près de six professionnels – du soin, de la justice ou de l'éducation – sur dix (58 %) n'ont pas protégé la victime à la suite de ses révélations », expose encore le juge des enfants. Quand 70 % des plaintes de victimes d'inceste (lesquelles ne sont que 12 % à le porter à la connaissance de la justice) se voient encore classées sans suite. Une absence de réponse, généralisée, qui a largement inspiré les préconisations de politiques publiques formulées par les membres de la commission.

Présentées sur quatre axes fondamentaux (la prévention, le repérage, le traitement judiciaire et la réparation), elles suggèrent notamment l'organisation d'un repérage par questionnement systématique (« Alors que l'agresseur a imposé le silence à l'enfant […] tout professionnel doit permettre la révélation des violences ») ; la création d'un rendez-vous annuel de dépistage et de prévention ; la définition et la garantie d'un parcours de soins spécialisés du psychotraumatisme ; la mise en sécurité immédiate et de façon durable de la victime.

Mais aussi, la création d'une mesure permettant à la justice de statuer en urgence sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale ou encore, afin « de ne plus opposer aux victimes l'écoulement du temps pour rejeter leur demande de justice », l'imprescriptibilité des viols et des agressions sexuelles commis contre les enfants. Enfin, « la dernière préconisation de la Ciivise est que celle-ci soit maintenue », glisse Édouard Durand. Parce que cet espace inédit « a ouvert une brèche dans le déni », expose-t-il, et que « ces premières dizaines de milliers de témoignages nous obligent ».

Source : Alice Pairo-Vasseur – Le Point, 16/11/2023

Inceste - La Ciivise livre son rapport

17 novembre 2023 07:32

Trente mille. C'est le nombre de témoignages recueillis par la Commission indépendante sur l'inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise) ces trois dernières années. Instituée en janvier 2021 – à la suite de la parution du livre de Camille Kouchner, La Familia grande, et du débat public qui s'ensuivit – cette structure inédite recevait alors d'Emmanuel Macron la mission de recueillir la parole des victimes et, plus largement, de « lutter contre le déni, dont les violences sexuelles faites aux enfants, et notamment l'inceste, ont fait et font l'objet », rappelle au Point, son coprésident et juge des enfants, Édouard Durand.

Publié et remis à la secrétaire d'État chargée de l'Enfance, Charlotte Caubel, ce vendredi 17 novembre, le rapport présente ainsi les résultats d'une enquête d'ampleur et propose pas moins d'une centaine de préconisations de politiques publiques. « Nous espérons qu'il ne s'agit pas d'un rapport final mais d'un rapport d'étape », insiste le magistrat, tandis que le maintien de la Ciivise – initialement instituée pour deux ans puis prolongée d'une année – doit être ou non décidé dans les jours à venir.

⚫ Neuf enfants sur dix réduits au silence

De fait, si 160 000 enfants sont victimes de viol ou d'agression sexuelle chaque année – dont 81 % par un membre de leur famille – ces derniers, réduits au silence, ne sont encore qu'un sur dix à révéler ces violences au moment des faits, souligne le rapport. « Et ceux qui parlent, trop souvent, ne sont pas crus », déplore le juge Durand. Une « injonction paradoxale » (« On leur dit de parler puis remet en cause leur parole ») sur laquelle le travail de la Ciivise tente précisément d'alerter.
Pour cause, près d'un enfant victime sur deux (45 %) n'est pas mis en sécurité par le tiers auquel il se confie – le plus souvent un membre de sa famille –, exposait, dans une synthèse parue en septembre dernier, la commission. Un enjeu de taille lorsqu'on sait le potentiel effondrement psychique des victimes et l'impact durable de ces violences : neuf victimes sur dix développant des troubles psychiques (tel que le stress post-traumatique), physiques et des conduites à risque.

⚫ Mesures d'urgence, imprescriptibilité…

Or, ce soutien ne repose pas sur la seule attitude de l'entourage proche. « Près de six professionnels – du soin, de la justice ou de l'éducation – sur dix (58 %) n'ont pas protégé la victime à la suite de ses révélations », expose encore le juge des enfants. Quand 70 % des plaintes de victimes d'inceste (lesquelles ne sont que 12 % à le porter à la connaissance de la justice) se voient encore classées sans suite. Une absence de réponse, généralisée, qui a largement inspiré les préconisations de politiques publiques formulées par les membres de la commission.

Présentées sur quatre axes fondamentaux (la prévention, le repérage, le traitement judiciaire et la réparation), elles suggèrent notamment l'organisation d'un repérage par questionnement systématique (« Alors que l'agresseur a imposé le silence à l'enfant […] tout professionnel doit permettre la révélation des violences ») ; la création d'un rendez-vous annuel de dépistage et de prévention ; la définition et la garantie d'un parcours de soins spécialisés du psychotraumatisme ; la mise en sécurité immédiate et de façon durable de la victime.

Mais aussi, la création d'une mesure permettant à la justice de statuer en urgence sur les modalités d'exercice de l'autorité parentale ou encore, afin « de ne plus opposer aux victimes l'écoulement du temps pour rejeter leur demande de justice », l'imprescriptibilité des viols et des agressions sexuelles commis contre les enfants. Enfin, « la dernière préconisation de la Ciivise est que celle-ci soit maintenue », glisse Édouard Durand. Parce que cet espace inédit « a ouvert une brèche dans le déni », expose-t-il, et que « ces premières dizaines de milliers de témoignages nous obligent ».

Source : Alice Pairo-Vasseur – Le Point, 16/11/2023

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2ALAIN

17 novembre 2023 13:14
Nymphea73 a écrit :
Pour illustrer votre post, je me suis souvenue de cet interview hallucinant de Gabriel Matzneff qui n'avait pas suscité d'indignations, à part celle de Denise Bombardier. Les mentalités évoluent lentement, voire peu mais ce que cet écrivain exprime ne passerait plus du tout aujourd'hui et heureusement !!!

Le grand classique

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kunzite

17 novembre 2023 12:08
Nymphea73 a écrit :
Pour illustrer votre post, je me suis souvenue de cet interview hallucinant de Gabriel Matzneff qui n'avait pas suscité d'indignations, à part celle de Denise Bombardier. Les mentalités évoluent lentement, voire peu mais ce que cet écrivain exprime ne passerait plus du tout aujourd'hui et heureusement !!!

Absolument et le film " Le consentement " montre encore davantage la complaisance de l'époque . Personne n'a défendu cette ado alors que tout le monde savait .

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Nymphea73

17 novembre 2023 12:02
kunzite a écrit :
" Les livres, confession de jolies dames prétendant avoir subi l'inceste se vendent bien "

C'est sûr qu'avec ce type de commentaire que je ne qualifierai pas, les mentalités ne risquent pas d'évoluer .

Il n'y a pas que les femmes qui sont victimes d'inceste il y a aussi des hommes et je ne pense pas qu'il soit possible d'écrire ce type de livre si les faits n'ont pas été vécus . C'est le silence qui permet que ces horreurs se perpétuent .
C'est la parole qui libère !

Pour illustrer votre post, je me suis souvenue de cet interview hallucinant de Gabriel Matzneff qui n'avait pas suscité d'indignations, à part celle de Denise Bombardier. Les mentalités évoluent lentement, voire peu mais ce que cet écrivain exprime ne passerait plus du tout aujourd'hui et heureusement !!!

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kunzite

17 novembre 2023 11:40
nandocinqsix a écrit :
"En France on a des idées, mais on n'a pas de pétrole !"
Slogan de 1973, imaginé lors du premier choc énergétique , qui ne laissait pas présager de la suite pratique ! Nous nous complaisons dans la théorie, en achetant ailleurs de quoi vivre, mais ...:
"En pays de promesses , on meurt de faim !"
La Convention Citoyenne vient de livrer son rapport sur la fin de vie .
Il s'ajoute à celui écrit sur l'inceste ... Un vrai tabou : pour une fois, qui conforte les révélations faites sur les crimes sexuels perpétrés par les gens de l'Eglise Catholique .
Les livres, confession de jolies dames prétendant avoir subi l'inceste se vendent bien, et les tenants de la "Cancel Culture" ne cessent pas de dénoncer les errements des " coloniaux"...
Bref "ce n'était pas mieux avant", contrairement à ce que prétendent des pessimistes, mais ...
La réforme active de nos mœurs passe-t-elle par la promulgation d'une nouvelle loi ?
Il serait bon pour tous les "chieurs d'encre" de s'imprégner de "L'esprit des lois" qui date de 1748 !

" Les livres, confession de jolies dames prétendant avoir subi l'inceste se vendent bien "

C'est sûr qu'avec ce type de commentaire que je ne qualifierai pas, les mentalités ne risquent pas d'évoluer .

Il n'y a pas que les femmes qui sont victimes d'inceste il y a aussi des hommes et je ne pense pas qu'il soit possible d'écrire ce type de livre si les faits n'ont pas été vécus . C'est le silence qui permet que ces horreurs se perpétuent .
C'est la parole qui libère !

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Avatar Nymphea73

Nymphea73

17 novembre 2023 09:06

¨Pour la prise en charge des enfants victimes, il faudrait multiplier les lieux d'accueil tels que la cellule "Mélanie". Spécialement équipée, les gendarmes formés à l'écoute et à l'accueil prennent en charge les petites victimes. Il en existe 27 en France mais il faut au préalable un signalement pour déclencher une enquête. Les traumatismes psychiques qui résultent de ces violences intra-familiales sont durables et nécessitent un suivi sur la durée, la parole de l'enfant étant souvent niée, voire interdite par l'adulte agresseur ce qui est une double peine.

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Avatar janine33

janine33

17 novembre 2023 08:55

En effet c’est un tabou , et l’essentiel est contenu à l’intérieur du cercle proche des enfants , famille , nounou , enseignement scolaire , sportif , lieux de loisirs , catéchisme . Plus rarement le fait d’un prédateur extérieur même si ça existe .
Que faire ?
En toutes choses , je prône un enseignement préventif , du mal et du bien , car tout ne se vaut pas , et tout ne se voit pas .
Un fait divers est commenté aujourd’hui : 3 papis, 3 freres , aujourd’hui septuagénaires , auraient pratiqué ce type de viol sur jeunes enfants , à partir du métier de l’épouse qui était nounou !
Ça fait froid dans le dos !
Mais que faire , quand on ignore tout ?

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nandocinqsix

17 novembre 2023 08:41

"En France on a des idées, mais on n'a pas de pétrole !"
Slogan de 1973, imaginé lors du premier choc énergétique , qui ne laissait pas présager de la suite pratique ! Nous nous complaisons dans la théorie, en achetant ailleurs de quoi vivre, mais ...:
"En pays de promesses , on meurt de faim !"
La Convention Citoyenne vient de livrer son rapport sur la fin de vie .
Il s'ajoute à celui écrit sur l'inceste ... Un vrai tabou : pour une fois, qui conforte les révélations faites sur les crimes sexuels perpétrés par les gens de l'Eglise Catholique .
Les livres, confession de jolies dames prétendant avoir subi l'inceste se vendent bien, et les tenants de la "Cancel Culture" ne cessent pas de dénoncer les errements des " coloniaux"...
Bref "ce n'était pas mieux avant", contrairement à ce que prétendent des pessimistes, mais ...
La réforme active de nos mœurs passe-t-elle par la promulgation d'une nouvelle loi ?
Il serait bon pour tous les "chieurs d'encre" de s'imprégner de "L'esprit des lois" qui date de 1748 !

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