Villes et paysages français : l’offensive du laid
- 15 juillet 2021 07:40
On les a surnommés « les pissotières de la honte ». Une cabine en bois, deux bacs en porcelaine et des plantes vertes en pot, le tout coiffé d'un panneau solaire : installés l'été dernier sous le métro aérien du boulevard de la Chapelle, à Paris, les « Naturinoirs » devaient permettre à l'humanité de faire un grand pas. Las ! Cette installation à 40 000 euros pièce, qui promettait de transformer l'urine en engrais, n'était pas tout à fait au point. Très vite, des hectolitres d'urine se sont déversés sur les trottoirs, dégageant une odeur pestilentielle à un kilomètre à la ronde. « Une idée stupide de gens qui ne connaissent pas la vie d'un quartier populaire », soupire Maurice Culot, architecte et historien des villes. Exit, donc, les WC écolos !
Premier adjoint chargé de l'urbanisme, Emmanuel Grégoire, qui travaille à un « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne », vient à nouveau de rétropédaler en annonçant, lundi 5 juillet, le démontage des éléments les plus détestés du nouveau mobilier urbain de la capitale. Né au printemps sur les réseaux sociaux, le mouvement #SaccageParis a eu raison des tabourets champignons, bancs palettes et des milliers de plots jaunes qui ponctuent les 60 kilomètres de « coronapistes » créées durant le confinement. Souvent transformés en cendriers géants, certains bacs à fleurs vont être retirés et le « permis de végétaliser » délivré aux citadins qui s'étaient portés volontaires pour faire des plantations au pied des arbres va être revu, le meilleur ayant côtoyé le pire, selon l'assiduité des volontaires et l'ardeur qu'ils mettaient au travail.
Plan d'urgence. À Strasbourg (Bas-Rhin), les élus écolos semblent, eux aussi, vouloir revenir à des méthodes plus conventionnelles face à la prolifération des rats. Il y a quelques mois, pourtant, Marie-Françoise Hamard, conseillère municipale déléguée aux animaux, avait plaidé pour une « approche bienveillante » et une « régulation douce » de ces nuisibles - qu'elle préfère nommer « animaux commensaux », ces pauvres bêtes n'ayant « nulle part où aller ». Mais quand un immeuble tout entier du quartier du Neudorf fut infesté, un plan d'urgence fut décrété.
À Toulouse, qui n'est pourtant pas une municipalité verte, de nombreux jardins publics ont été délibérément abandonnés à l'état de friches pour « créer de nouveaux foyers de biodiversité ». Une expérience moyennement concluante, là encore. Papiers gras et canettes de verre transforment ces parcs de la périphérie en dépotoirs - sans parler des risques d'incendie -, donnant crédit à la théorie de la vitre brisée, inspirée de la criminologie mais reprise par les sociologues de l'urbanisme : les petites détériorations de l'espace public finissent toujours par entraîner un délabrement plus marqué des cadres de vie. « Alphonse Allais voulait construire les villes à la campagne mais il plaisantait. Tous ces élus, non », ironise Didier Rykner, historien et fondateur de La Tribune de l'art.
L'art de tourner en rond. La France en compterait plus de 60 000, soit la moitié des giratoires mondiaux ! Inventé en 1906 par l'architecte Eugène Hénard pour fluidifier le trafic de la place de l'Étoile, à Paris, le rond-point est une spécialité française qui, depuis quarante ans, aurait coûté au pays plus de 20 milliards d'euros. Pour le pire et souvent… le pire, des « œuvres » monumentales s'invitent parfois dans leur terre-plein central. En 2018, l'association Contribuables associés a lancé son palmarès des ronds-points les plus laids. Le masque africain d'André Malraux (photo), à Pontarlier (Doubs), réputé pour faire peur aux enfants, et le Cadran solaire de Perpignan (Pyrénées-Orientales), que l'on ne peut visualiser que d'un avion, y figurent en bonne place.
Green washing. « La France moche » n'est pas un thème nouveau ; quand on l'aborde, on songe immédiatement aux entrées de ville défigurées par les zones commerciales hérissées de panneaux publicitaires tapageurs, aux tours et aux zones pavillonnaires qui tartinent les champs de culture et aux ronds-points, surtout quand ils sont ornés de sculptures kitschissimes - la France compterait plus de 60 000 giratoires, une véritable spécialité nationale. L'écologie, ou plutôt les lubies des élus qui s'en réclament, constituerait-elle une nouvelle source d'enlaidissement du pays ? Alexandre Gady, professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne, semble le penser. « Cultiver des potagers bio au pied des arbres haussmanniens réjouit l'écolo maoïste rhabillé en Greta Thunberg mais il me semble, oui, que le concept de nature en ville est devenu un facteur de dérèglement esthétique », tranche-t-il.
Quentin Divernois, 32 ans et « Parisien pur sucre », s'est saisi du hashtag #SaccageParis pour poster sur Twitter des dizaines de photos offrant une image peu reluisante de la capitale. Il n'a jamais milité nulle part mais se dit « mécontent » de voir sa ville « dans cet état ».« Les aménagements prétendument écolos de la municipalité contribuent fortement à dégrader l'image de notre capitale », confirme cet ingénieur-informaticien. « Les friches et les jardinières permettent de satisfaire à moindre coût les écolos les plus radicaux. Pendant ce temps, la bétonisation continue », dénonce ce pourfendeur du green washing, pratique héritée du marketing visant à s'offrir à bon compte une réputation de responsabilité écologique. « Les écologistes, je parle des professionnels, sont rarement sensibles à la beauté de la ville. Il n'y a qu'à regarder l'état des boulevards, avec leurs voies prioritaires bariolées au sol, leurs glissières en béton et leurs pistes réservées. À quand, d'ailleurs, un couloir pour les chiens, les vieux et les gros ? » s'agace Maurice Culot. Cet architecte écrivain pointe un autre phénomène : « la manie de la participation ». « On se défausse sur les citoyens dans une sorte d'abandon de l'espace public totalement incompréhensible. Près de chez moi, des dames très honorables se sont mis en tête de faire un hôtel à insectes au pied d'un arbre. Puis elles se sont lassées, et leur production s'est transformée en dépotoir infect. »
« Vrais-faux écoquartiers ». Moins sévère que son collègue sur le concept de végétalisation des pieds d'arbre, Nicolas Gilsoul se montre, en revanche, intraitable sur les plantations en pots ou sur dalles, que l'on voit fleurir dans nos villes et villages : « Elles ressemblent à pas grand-chose et ne font que générer du stress hydraulique. » « Cette végétation événementielle, avec ses plantes bien peignées, n'a aucun intérêt écologique », assure ce militant de la pleine terre. Architecte et paysagiste, ce Grand Prix de Rome ne goûte pas davantage ces « vrais-faux écoquartiers » qui poussent dans toutes les agglomérations, « où les jardins, plantés sur les toits ou agrafés en façades, sont pensés comme des décors et non comme des milieux vivants ».
La France s'enlaidit, c'est pour lui une « évidence », et les nuisances sont « malheureusement cumulatives ». Julien Lacaze préside l'association Sites et Monuments de France et il n'est pas tendre avec les élus écolos. Ce grand adversaire des éoliennes et des hangars photovoltaïques (lire encadré p. 42) dénonce une « écologie du chiffre coupée du réel et indifférente à la beauté des monuments et des paysages ». Son combat du moment : l'invasion du PVC, qui « plastifie l'habitat.Au nom de l'urgence climatique, la législation a produit tout un tas de normes chiffrées sur les bâtiments BBC, les énergies renouvelables, que l'on retrouve à l'article 100-4 du Code de l'énergie, explique-t-il. Ces objectifs au doigt mouillé ont des effets pervers. Ainsi, la loi Climat a rendu l'étiquetage énergétique opposable ; en 2048, seuls les logements classés A, B ou C pourront être loués. Une mesure intenable pour l'habitat ancien. Cette pression pousse les propriétaires à mettre du PVC partout, au détriment des menuiseries en bois traditionnelles qui conservent la plupart du temps de bonnes qualités thermiques, outre leurs qualités esthétiques évidentes. La porte et les fenêtres, c'est l'âme d'une maison. Tout cela risque de disparaître, causant des dommages esthétiques irréversibles dans nos contrées ».
« Le geste prétentieux ». « L'harmonie, l'art de vivre, le vivre-ensemble, ça devrait être aussi ça, l'écologie. Malheureusement, dans leur programme, les élus de cette mouvance n'ont pas un mot sur la ville et l'architecture », regrette Jack Lang, qui, dans un petit livre paru en 2014 (Ouvrons les yeux !, HC Éditions), s'inquiétait de voir la France « renoncer au beau ». « On ne sépare pas l'architecture de l'urbanisme et du paysage, ça forme un tout », considère l'ancien ministre de la Culture, pour qui « éduquer l'œil dès le plus jeune âge » relève de l'impératif catégorique.
« L'écologie a mis la technologie au premier plan. Or, pour moi, l'écologie est d'abord une question philosophique. On raisonne en termes d'économie d'énergie, d'accessibilité, on produit des normes et des règlements mais l'art urbain, c'est autre chose », renchérit l'architecte Patrick Bouchain, qui constate que « plus les règlements sont coercitifs, plus la ville est disloquée. Avant, quand on dessinait une ville, on veillait à ce que les monuments et les objets mineurs soient reliés entre eux. Or les règlements ne relient rien. L'enlaidissement, pour moi, c'est la déliaison ».
Le maire de Versailles, François de Mazières, n'est pas un grand fan des friches écolos et des bacs à plantes mais pour lui, « le problème est ailleurs. Ce qui compte, c'est le souci que vous avez de l'esthétique. Chaque projet devrait faire l'objet d'un travail approfondi. Ce qui ne va pas, c'est le geste prétentieux détaché du quotidien ; c'est ça qui fout la ville en l'air ». « Moins de démonstration, plus d'intégration », prône cet élu, qui présida jadis la Cité de l'architecture et du patrimoine. « La pression à construire est extrêmement forte, notamment dans les villes attractives - surtout si elles sont carencées en logements sociaux -, où le foncier est rare et donc cher, poursuit-il. Le risque, c'est de construire trop vite, de façon standardisée, avec des matériaux de piètre qualité, des pièces trop petites et des bâtiments trop rapprochés. »
Protéger le patrimoine. « L'architecture contemporaine est violente », regrette Alexandre Gady. "Fuck the context", le mot d'ordre provocateur de Rem Koolhaas, inspire encore trop de gestes absurdes fonctionnant avec des postures d'agressivité. L'enlaidissement, c'est aussi la rupture de l'harmonie. » « La ville traditionnelle est une création collective qui structure et hiérarchise l'espace public, renchérit Maurice Culot. Les boulevards, les rues, les places, les galeries forment une grammaire dans laquelle chacun devrait inscrire son bâtiment, dans un souci d'homogénéité. Or beaucoup trop d'architectes ont pour seule ambition de faire quelque chose qui ne s'est jamais vu. Je n'en dirais pas de mal, mais les tours Duo de Jean Nouvel, dans le 13e arrondissement de Paris, symbolisent à mes yeux l'égoïsme, l'individualisme forcené de notre époque », juge-t-il.
« La France a été très abîmée, les entrées de ville ont été massacrées ; il me semble toutefois que les choses évoluent dans le bon sens », veut tout de même croire le maire de Versailles. « De nombreux édiles ont compris l'intérêt qu'ils pouvaient avoir à protéger leur patrimoine », confirme Stéphane Bern, figure emblématique de la défense des monuments en péril. « Le dernier prix Pritzker [le Nobel de l'architecture, NDLR] a été décerné à Anne Lacaton et à Jean-Philippe Vassal, partisans d'une construction durable fondée sur l'économie des matériaux. C'est un bon signe mais, sur le terrain, on fait encore beaucoup de dégâts », tempère Julien Lacaze, de l'association Sites et Monuments de France.
Jack Lang, « classeur hystérique ». Les architectes des Bâtiments de France, « la police du patrimoine », peuvent encore vous chercher chicane pour un volet roulant mais ils ont perdu - notamment avec la loi Élan - une grande partie de leurs pouvoirs. « Un arrêté de mise en péril suffit désormais à neutraliser leur intervention », dénonce Julien Lacaze. À Marseille, rue de la Butte, trois immeubles du XVIIIe siècle protégés par le site patrimonial remarquable ont été démolis contre l'avis de l'ABF. À Verdun, la caserne Miribel et ses trois beaux corps de bâtiment de la fin du XIXe siècle, cédés par l'armée à la Ville en 2000, ont été rasés ; à Lille, la mobilisation des défenseurs du patrimoine n'a pas suffi à arrêter les bulldozers et à sauver la chapelle Saint-Joseph, sur les ruines desquelles une école d'ingénieurs doit voit le jour. Jack Lang, qui aime rappeler qu'il fut un « classeur hystérique » au temps où il régnait rue de Valois, juge ces destructions « scandaleuses. Quand on ne respecte pas le passé, on ne respecte pas davantage le présent et le futur », s'indigne-t-il.
« Démolir des tours pour en reconstruire de nouvelles est un gouffre écologique et financier quand on sait que le bâtiment produit 60 % de nos déchets. L'écologie véritable, c'est le réemploi, la moindre construction, plaide l'architecte Patrick Bouchain. À côté de ça, les façades plantées, les toitures en panneau solaire et les pissotières durables relèvent de l'anecdote, du phénomène de com. » Pas pour tout le monde, apparemment.
Nicolas Bastuck - Le Point, 15/07/2021
Villes et paysages français : l’offensive du laid
15 juillet 2021 07:40
On les a surnommés « les pissotières de la honte ». Une cabine en bois, deux bacs en porcelaine et des plantes vertes en pot, le tout coiffé d'un panneau solaire : installés l'été dernier sous le métro aérien du boulevard de la Chapelle, à Paris, les « Naturinoirs » devaient permettre à l'humanité de faire un grand pas. Las ! Cette installation à 40 000 euros pièce, qui promettait de transformer l'urine en engrais, n'était pas tout à fait au point. Très vite, des hectolitres d'urine se sont déversés sur les trottoirs, dégageant une odeur pestilentielle à un kilomètre à la ronde. « Une idée stupide de gens qui ne connaissent pas la vie d'un quartier populaire », soupire Maurice Culot, architecte et historien des villes. Exit, donc, les WC écolos !
Premier adjoint chargé de l'urbanisme, Emmanuel Grégoire, qui travaille à un « Manifeste pour une nouvelle esthétique parisienne », vient à nouveau de rétropédaler en annonçant, lundi 5 juillet, le démontage des éléments les plus détestés du nouveau mobilier urbain de la capitale. Né au printemps sur les réseaux sociaux, le mouvement #SaccageParis a eu raison des tabourets champignons, bancs palettes et des milliers de plots jaunes qui ponctuent les 60 kilomètres de « coronapistes » créées durant le confinement. Souvent transformés en cendriers géants, certains bacs à fleurs vont être retirés et le « permis de végétaliser » délivré aux citadins qui s'étaient portés volontaires pour faire des plantations au pied des arbres va être revu, le meilleur ayant côtoyé le pire, selon l'assiduité des volontaires et l'ardeur qu'ils mettaient au travail.
Plan d'urgence. À Strasbourg (Bas-Rhin), les élus écolos semblent, eux aussi, vouloir revenir à des méthodes plus conventionnelles face à la prolifération des rats. Il y a quelques mois, pourtant, Marie-Françoise Hamard, conseillère municipale déléguée aux animaux, avait plaidé pour une « approche bienveillante » et une « régulation douce » de ces nuisibles - qu'elle préfère nommer « animaux commensaux », ces pauvres bêtes n'ayant « nulle part où aller ». Mais quand un immeuble tout entier du quartier du Neudorf fut infesté, un plan d'urgence fut décrété.
À Toulouse, qui n'est pourtant pas une municipalité verte, de nombreux jardins publics ont été délibérément abandonnés à l'état de friches pour « créer de nouveaux foyers de biodiversité ». Une expérience moyennement concluante, là encore. Papiers gras et canettes de verre transforment ces parcs de la périphérie en dépotoirs - sans parler des risques d'incendie -, donnant crédit à la théorie de la vitre brisée, inspirée de la criminologie mais reprise par les sociologues de l'urbanisme : les petites détériorations de l'espace public finissent toujours par entraîner un délabrement plus marqué des cadres de vie. « Alphonse Allais voulait construire les villes à la campagne mais il plaisantait. Tous ces élus, non », ironise Didier Rykner, historien et fondateur de La Tribune de l'art.
L'art de tourner en rond. La France en compterait plus de 60 000, soit la moitié des giratoires mondiaux ! Inventé en 1906 par l'architecte Eugène Hénard pour fluidifier le trafic de la place de l'Étoile, à Paris, le rond-point est une spécialité française qui, depuis quarante ans, aurait coûté au pays plus de 20 milliards d'euros. Pour le pire et souvent… le pire, des « œuvres » monumentales s'invitent parfois dans leur terre-plein central. En 2018, l'association Contribuables associés a lancé son palmarès des ronds-points les plus laids. Le masque africain d'André Malraux (photo), à Pontarlier (Doubs), réputé pour faire peur aux enfants, et le Cadran solaire de Perpignan (Pyrénées-Orientales), que l'on ne peut visualiser que d'un avion, y figurent en bonne place.
Green washing. « La France moche » n'est pas un thème nouveau ; quand on l'aborde, on songe immédiatement aux entrées de ville défigurées par les zones commerciales hérissées de panneaux publicitaires tapageurs, aux tours et aux zones pavillonnaires qui tartinent les champs de culture et aux ronds-points, surtout quand ils sont ornés de sculptures kitschissimes - la France compterait plus de 60 000 giratoires, une véritable spécialité nationale. L'écologie, ou plutôt les lubies des élus qui s'en réclament, constituerait-elle une nouvelle source d'enlaidissement du pays ? Alexandre Gady, professeur d'histoire de l'art à la Sorbonne, semble le penser. « Cultiver des potagers bio au pied des arbres haussmanniens réjouit l'écolo maoïste rhabillé en Greta Thunberg mais il me semble, oui, que le concept de nature en ville est devenu un facteur de dérèglement esthétique », tranche-t-il.
Quentin Divernois, 32 ans et « Parisien pur sucre », s'est saisi du hashtag #SaccageParis pour poster sur Twitter des dizaines de photos offrant une image peu reluisante de la capitale. Il n'a jamais milité nulle part mais se dit « mécontent » de voir sa ville « dans cet état ».« Les aménagements prétendument écolos de la municipalité contribuent fortement à dégrader l'image de notre capitale », confirme cet ingénieur-informaticien. « Les friches et les jardinières permettent de satisfaire à moindre coût les écolos les plus radicaux. Pendant ce temps, la bétonisation continue », dénonce ce pourfendeur du green washing, pratique héritée du marketing visant à s'offrir à bon compte une réputation de responsabilité écologique. « Les écologistes, je parle des professionnels, sont rarement sensibles à la beauté de la ville. Il n'y a qu'à regarder l'état des boulevards, avec leurs voies prioritaires bariolées au sol, leurs glissières en béton et leurs pistes réservées. À quand, d'ailleurs, un couloir pour les chiens, les vieux et les gros ? » s'agace Maurice Culot. Cet architecte écrivain pointe un autre phénomène : « la manie de la participation ». « On se défausse sur les citoyens dans une sorte d'abandon de l'espace public totalement incompréhensible. Près de chez moi, des dames très honorables se sont mis en tête de faire un hôtel à insectes au pied d'un arbre. Puis elles se sont lassées, et leur production s'est transformée en dépotoir infect. »
« Vrais-faux écoquartiers ». Moins sévère que son collègue sur le concept de végétalisation des pieds d'arbre, Nicolas Gilsoul se montre, en revanche, intraitable sur les plantations en pots ou sur dalles, que l'on voit fleurir dans nos villes et villages : « Elles ressemblent à pas grand-chose et ne font que générer du stress hydraulique. » « Cette végétation événementielle, avec ses plantes bien peignées, n'a aucun intérêt écologique », assure ce militant de la pleine terre. Architecte et paysagiste, ce Grand Prix de Rome ne goûte pas davantage ces « vrais-faux écoquartiers » qui poussent dans toutes les agglomérations, « où les jardins, plantés sur les toits ou agrafés en façades, sont pensés comme des décors et non comme des milieux vivants ».
La France s'enlaidit, c'est pour lui une « évidence », et les nuisances sont « malheureusement cumulatives ». Julien Lacaze préside l'association Sites et Monuments de France et il n'est pas tendre avec les élus écolos. Ce grand adversaire des éoliennes et des hangars photovoltaïques (lire encadré p. 42) dénonce une « écologie du chiffre coupée du réel et indifférente à la beauté des monuments et des paysages ». Son combat du moment : l'invasion du PVC, qui « plastifie l'habitat.Au nom de l'urgence climatique, la législation a produit tout un tas de normes chiffrées sur les bâtiments BBC, les énergies renouvelables, que l'on retrouve à l'article 100-4 du Code de l'énergie, explique-t-il. Ces objectifs au doigt mouillé ont des effets pervers. Ainsi, la loi Climat a rendu l'étiquetage énergétique opposable ; en 2048, seuls les logements classés A, B ou C pourront être loués. Une mesure intenable pour l'habitat ancien. Cette pression pousse les propriétaires à mettre du PVC partout, au détriment des menuiseries en bois traditionnelles qui conservent la plupart du temps de bonnes qualités thermiques, outre leurs qualités esthétiques évidentes. La porte et les fenêtres, c'est l'âme d'une maison. Tout cela risque de disparaître, causant des dommages esthétiques irréversibles dans nos contrées ».
« Le geste prétentieux ». « L'harmonie, l'art de vivre, le vivre-ensemble, ça devrait être aussi ça, l'écologie. Malheureusement, dans leur programme, les élus de cette mouvance n'ont pas un mot sur la ville et l'architecture », regrette Jack Lang, qui, dans un petit livre paru en 2014 (Ouvrons les yeux !, HC Éditions), s'inquiétait de voir la France « renoncer au beau ». « On ne sépare pas l'architecture de l'urbanisme et du paysage, ça forme un tout », considère l'ancien ministre de la Culture, pour qui « éduquer l'œil dès le plus jeune âge » relève de l'impératif catégorique.
« L'écologie a mis la technologie au premier plan. Or, pour moi, l'écologie est d'abord une question philosophique. On raisonne en termes d'économie d'énergie, d'accessibilité, on produit des normes et des règlements mais l'art urbain, c'est autre chose », renchérit l'architecte Patrick Bouchain, qui constate que « plus les règlements sont coercitifs, plus la ville est disloquée. Avant, quand on dessinait une ville, on veillait à ce que les monuments et les objets mineurs soient reliés entre eux. Or les règlements ne relient rien. L'enlaidissement, pour moi, c'est la déliaison ».
Le maire de Versailles, François de Mazières, n'est pas un grand fan des friches écolos et des bacs à plantes mais pour lui, « le problème est ailleurs. Ce qui compte, c'est le souci que vous avez de l'esthétique. Chaque projet devrait faire l'objet d'un travail approfondi. Ce qui ne va pas, c'est le geste prétentieux détaché du quotidien ; c'est ça qui fout la ville en l'air ». « Moins de démonstration, plus d'intégration », prône cet élu, qui présida jadis la Cité de l'architecture et du patrimoine. « La pression à construire est extrêmement forte, notamment dans les villes attractives - surtout si elles sont carencées en logements sociaux -, où le foncier est rare et donc cher, poursuit-il. Le risque, c'est de construire trop vite, de façon standardisée, avec des matériaux de piètre qualité, des pièces trop petites et des bâtiments trop rapprochés. »
Protéger le patrimoine. « L'architecture contemporaine est violente », regrette Alexandre Gady. "Fuck the context", le mot d'ordre provocateur de Rem Koolhaas, inspire encore trop de gestes absurdes fonctionnant avec des postures d'agressivité. L'enlaidissement, c'est aussi la rupture de l'harmonie. » « La ville traditionnelle est une création collective qui structure et hiérarchise l'espace public, renchérit Maurice Culot. Les boulevards, les rues, les places, les galeries forment une grammaire dans laquelle chacun devrait inscrire son bâtiment, dans un souci d'homogénéité. Or beaucoup trop d'architectes ont pour seule ambition de faire quelque chose qui ne s'est jamais vu. Je n'en dirais pas de mal, mais les tours Duo de Jean Nouvel, dans le 13e arrondissement de Paris, symbolisent à mes yeux l'égoïsme, l'individualisme forcené de notre époque », juge-t-il.
« La France a été très abîmée, les entrées de ville ont été massacrées ; il me semble toutefois que les choses évoluent dans le bon sens », veut tout de même croire le maire de Versailles. « De nombreux édiles ont compris l'intérêt qu'ils pouvaient avoir à protéger leur patrimoine », confirme Stéphane Bern, figure emblématique de la défense des monuments en péril. « Le dernier prix Pritzker [le Nobel de l'architecture, NDLR] a été décerné à Anne Lacaton et à Jean-Philippe Vassal, partisans d'une construction durable fondée sur l'économie des matériaux. C'est un bon signe mais, sur le terrain, on fait encore beaucoup de dégâts », tempère Julien Lacaze, de l'association Sites et Monuments de France.
Jack Lang, « classeur hystérique ». Les architectes des Bâtiments de France, « la police du patrimoine », peuvent encore vous chercher chicane pour un volet roulant mais ils ont perdu - notamment avec la loi Élan - une grande partie de leurs pouvoirs. « Un arrêté de mise en péril suffit désormais à neutraliser leur intervention », dénonce Julien Lacaze. À Marseille, rue de la Butte, trois immeubles du XVIIIe siècle protégés par le site patrimonial remarquable ont été démolis contre l'avis de l'ABF. À Verdun, la caserne Miribel et ses trois beaux corps de bâtiment de la fin du XIXe siècle, cédés par l'armée à la Ville en 2000, ont été rasés ; à Lille, la mobilisation des défenseurs du patrimoine n'a pas suffi à arrêter les bulldozers et à sauver la chapelle Saint-Joseph, sur les ruines desquelles une école d'ingénieurs doit voit le jour. Jack Lang, qui aime rappeler qu'il fut un « classeur hystérique » au temps où il régnait rue de Valois, juge ces destructions « scandaleuses. Quand on ne respecte pas le passé, on ne respecte pas davantage le présent et le futur », s'indigne-t-il.
« Démolir des tours pour en reconstruire de nouvelles est un gouffre écologique et financier quand on sait que le bâtiment produit 60 % de nos déchets. L'écologie véritable, c'est le réemploi, la moindre construction, plaide l'architecte Patrick Bouchain. À côté de ça, les façades plantées, les toitures en panneau solaire et les pissotières durables relèvent de l'anecdote, du phénomène de com. » Pas pour tout le monde, apparemment.
Nicolas Bastuck - Le Point, 15/07/2021

joiedevivre15
joiedevivre15 a écrit :
Ne croyez pas, elle n'en n'est pas capable. C'est la reine du copier-coller, ce qui lui permet ensuite de se prendre pour une intello ...
Là je mets le feu à la poudre mais je lui ai déjà dit plusieurs fois que c'est copier-coller étaient personnels et fastidieux.
Elle est pas la seule à lire la presse ...
Lire : ces copier-coller ...
joiedevivre15
Vamycrons a écrit :
Pimaly Madame. Je vous croit largement capable de nous faire un résumé de tout ça... que je n'ai pas, à regret... envie de lire... Ce serait aimable et charitable... 😊
Ne croyez pas, elle n'en n'est pas capable. C'est la reine du copier-coller, ce qui lui permet ensuite de se prendre pour une intello ...
Là je mets le feu à la poudre mais je lui ai déjà dit plusieurs fois que c'est copier-coller étaient personnels et fastidieux.
Elle est pas la seule à lire la presse ...
Claude-
rdbrdb a écrit :
Un grand soupir à la fin de cette lecture.... que de vérités, d'agacement... l'offensive du laid !!! mais voyons "c'est nouveau, donc booooo"
quant aux mesures prétendument écologiques, je souffle souvent...
Le citoyen landa faisant souvent très attention à réduire son impact négatif sur l'environnement,
ne serait-ce que par éducation : ne pas jeter, ne pas gâcher, ne pas salir, voire penser à économiser, l'eau, l'électricité... alternant chauffage à fond, et air conditionné ! refuser qu'à l'hôtel on change draps et serviettes de bain chaque jour, (ok ok c'est prévu, mais NON ! ...) et autres réflexe : ne pas prendre la voiture pour aller acheter le pain (la marche à pied c'est bon pour la ligne, le coeur, la tête !!!) etc etc
Apparemment l’idée était Bonne mais la réalisation non encore au point !
À revoir donc !
Espérons qu’une bonne solution écologique prendra le relais
rodoalex
rdbrdb a écrit :
Un grand soupir à la fin de cette lecture.... que de vérités, d'agacement... l'offensive du laid !!! mais voyons "c'est nouveau, donc booooo"
quant aux mesures prétendument écologiques, je souffle souvent...
Le citoyen landa faisant souvent très attention à réduire son impact négatif sur l'environnement,
ne serait-ce que par éducation : ne pas jeter, ne pas gâcher, ne pas salir, voire penser à économiser, l'eau, l'électricité... alternant chauffage à fond, et air conditionné ! refuser qu'à l'hôtel on change draps et serviettes de bain chaque jour, (ok ok c'est prévu, mais NON ! ...) et autres réflexe : ne pas prendre la voiture pour aller acheter le pain (la marche à pied c'est bon pour la ligne, le coeur, la tête !!!) etc etc
Oui mais il ne faut rêver.
rdbrdb
Un grand soupir à la fin de cette lecture.... que de vérités, d'agacement... l'offensive du laid !!! mais voyons "c'est nouveau, donc booooo"
quant aux mesures prétendument écologiques, je souffle souvent...
Le citoyen landa faisant souvent très attention à réduire son impact négatif sur l'environnement,
ne serait-ce que par éducation : ne pas jeter, ne pas gâcher, ne pas salir, voire penser à économiser, l'eau, l'électricité... alternant chauffage à fond, et air conditionné ! refuser qu'à l'hôtel on change draps et serviettes de bain chaque jour, (ok ok c'est prévu, mais NON ! ...) et autres réflexe : ne pas prendre la voiture pour aller acheter le pain (la marche à pied c'est bon pour la ligne, le coeur, la tête !!!) etc etc
