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Pierre Bayard : « Le complotisme nous offre une explication simple »

Pimaly - 14 janvier 2022 17:49



Oui c'est long, mais le tabac/presse du coin vend des bandes dessinées.

**********************

Pierre Bayard est professeur de littérature française à l'université de Paris VIII et psychanalyste.


Alors que les faits alternatifs se propagent sur tous les sujets, l'écrivain rappelle, dans son dernier livre, notre besoin de croire.


Hannah Arendt forgeant la «banalité du mal» en se trompant dans son jugement sur Adolf Eichmann. Freud postulant l'existence de la libido à partir d'une vision erronée de Léonard de Vinci. Chateaubriand affabulant une rencontre avec GeorgeWashington. Saint-John Perse réécrivant sa correspondance au moment d'entrer dans la «Pléiade»… Dans Comment parler des faits qui ne se sont pas produits? (Éditions de Minuit), Pierre Bayard expose une dizaine de cas d'inventions du moi, d'une réalité ou d'une théorie, afin de rappeler les pouvoirs inéluctables et féconds de la fable jadis utilisés par La Fontaine, valant aussi bien pour celui qui la conçoit que pour ceux qui la reçoivent. Il avait déjà expliqué comment parler des livres qu'on n'avait pas lus ou des lieux non visités: avec Bayard, les subtilités du paradoxe sont au rendez-vous, etson analyse du complotisme sort évidemment des sentiers battus.


ENTRETIEN


Le Point : À partir de Chateaubriand, de Saint John-Perse, de Misha Defonseca, d'Anaïs Nin ou encore de Hannah Arendt, vous inférez deux comportements anthropologiques: la pulsion narrativeet le besoin de croire, confinant à la crédulité. Mais qu'est-ce qui vous permet d'en faire une théorie?

Pierre Bayard : Ce sont en effet deux notions importantes de mon livre. En parlant de pulsion narrative, j'entends montrer que l'être humain est un être de récit, c'est-à-dire qu'il a besoin de se raconter et de raconter le monde, ce qui ne va pas sans prendre quelques libertés avec la réalité. Et, par besoin de croire, je désigne notre souci irrépressible de trouver du sens. Ces deux composantes de notre psychisme sont aussi anciennes que l'être humain, comme le montre l'étude de l'Histoire et de la littérature.

LP : Vous disqualifiez pour cette raison la notion récente de «post-vérité». Qu'est-ce qui, selon vous, explique le succès de cette notion? Les nouvelles conditions technologiques n'en modifient-elles pas tout de même l'impact par rapport aux «fake news» du passé, ne serait-ce que par l'amplification de la «construction collective»?

PB : Parler de post-vérité suggère inévitablement l'idée que l'ère qui a précédé la nôtre serait celle de la vérité. Je doute que les victimes des grands récits politiques du XXesiècle, comme le nazisme ou le stalinisme, partagent cette vision! Quant aux fake news, c'est un bric-à-brac où l'on range pêle-mêle les rumeurs, les légendes urbaines, les théories complotistes, les mensonges politiques, les canu­lars de mauvais goût,etc. Rien de tout cela, malheureuse­ment, n'est nouveau! La seule différence est qu'Internet est un outil de diffusion massive des informations, y compris en effet des pires fariboles. Mais n'oublions pas que c'est dans le même temps un formidable moyen de vérification, ce qu'ont bien compris les régimes totalitaires, comme la Chine, qui le contrôlent soigneu­sement.

LP : On date de l'ouvrage antisémite «Les Protocoles des sages de Sion» l'émergence du complotisme; là aussi, réfutez-vous l'idée que celui-ci ait émergé vers la fin du XIXesiècle parce que setrouvaient réunies les conditions médiologiques de son essor public?

PB : Vous avez raison d'évoquer l'existence de ce faux historique et de rappeler que les juifs sont une cible privilégiée du complotisme. Il montre en tout cas que celui-ci ne date pas d'hier. Au XVIIIesiècle, la Révolution française a été attribuée par certains à un complot. Je suis sûr que l'on trouverait d'autres exemples dans les siècles antérieurs, même si la médiatisation croissante favorise son développement. En tant que psychanalyste, je serais davantage porté à considérer le complotisme comme une structure psychique que comme un fait historique. Face à un réel insoutenable par son illisibilité ou sa violence, le complotisme nous fait un cadeau inestimable: une explication simple.

LP : Comment analysez-vous le succès viral du film «Hold-up», diffusé en novembre dernier sur Internet, qui martèle le scénario d'un Covid forgé par des laboratoires?

PB : Hold-upjoue sur trois éléments majeurs du complotisme. Face à la crise actuelle – un enchevêtrement complexe d'erreurs politiques, de fautes individuelles, de hasards… –, le film propose la solution du complot qui est la plus commode. Il désigne par ailleurs des boucs émissaires, lesquels permettent de décharger la colère que suscitent en nous la crise et sa gestion. Enfin, il joue sur notre goût du mystère: les organisateurs du complot demeurent dans l'ombre et le film met en scène ce mystère par sa musique et ses plans de coupe sur des visages en clair-obscur.

LP : Ceux qui likentce film, comme Carla Bruni, Sophie Marceau ou d'autres, ou bien les partisans de Trump qui estiment que Biden a volé l'électioncroient-ils vraiment aux propos du film ou de Trump?


PB : J'évoque dans mon essai le livre de Maria-Antonietta Macciocchi, De la Chine, et le délire maoïste qu'il a suscité en France il y a une cinquantaine d'années. Comment un grand nombre d'intellectuels ont-ils pu se laisser piéger? Mon hypothèse est qu'ils y croyaient et qu'ils n'y croyaient pas. Ils y croyaient parce que la fiction de ce pays de cocagne leur était nécessaire pour ne pas perdre toutes leurs illusions après la découverte du communisme réel en URSS. Mais ils n'y croyaient pas parce qu'ils se rendaient compte, au moins dans certains moments de lucidité, qu'ils participaient à la mise en scène d'une fiction. J'appelle ce régime de pensée celui de la croyance intermédiaire, laquelle fait coexister une conviction et son contraire. Mais il est possible que je cherche à me persuader, pour me rassurer, que ces intellectuels n'étaient pas complètement dupes de ces fables!

LP : Même si vous rejetez l'alternative vrai/fauxau profit de ces croyances intermédiaires, ne doit-on pas rappeler la vérité aux complotistes, puisque les fictions, on l'a vu par le passé, peuvent avoir des conséquences tragiques?

PB : Je suis loin de partager toutes les déclarations du narrateur de mon livre – lequel, je le rappelle, est une fiction –, prêt à défendre en toutecirconstanceles droits de l'imagination. Autant celle-ci me paraît inévitable dans les récits que nous forgeons pour nous-mêmes et les autres, autant la liberté d'inventer doit être défendue en littérature et en art, autant je suis réticent dès qu'on entre dans le domaine de l'Histoire. C'est en ce sens que j'ai créé avec une amie, Soko Phay, un centre de recherchesur les génocides, dont la visée explicite est de lutter contre les négationnismes.

LP : Y-a-t-il psychanalytiquement – puisque vous invoquez souvent la psychanalyse – des conditions favorables aujourd'hui à la recherche d'une suppléance et d'une «proposition de substitution»?

PB : En tant que freudien, je suis plutôt porté à croire à une certaine constance de l'être humain. Je fais l'hypothèse dans mon livre que les femmes et les hommes des cavernes, le soir à la veillée, embellissaient déjà leurs récits de chasse ou de pêche, à grand renfort de gestes, pour amuser leur auditoire ou se mettre en valeur. Le goût des bonnes histoires ne date pas d'hier!

LP : Que répondre à un complotiste qui n'entend que des «biais de confirmation»? Les arguments de raison lui sont-ils audibles?

PB : Personnellement, je ne perdrais pas mon temps. C'est peine perdue, et le risque est grand de donner de la consistance à des thèses délirantes, dont certaines, comme le négationnisme, constituent des délits.

LP : Le populisme n'est-il pas la vérification en politique de votre propos sur le besoin de croire à une autre réalité?

PB : Si l'on excepte les premiers mois de notre vie, où ce que nous demandons nous est généralement accordé, la rencontre avec la réalité est le plus souvent une série de déconvenues. Le mieux n'est-il pas alors de lui en substituer une autre? C'est le principe même du délire, qu'il s'exprime dans la paranoïa pure, dans le complotisme ou, en effet, dans certaines formes de populisme. Les résultats de l'élection ne convenant pas à Trump, il les change! C'est assez sage après tout sur le plan psychique, même si la démocratie, évidemment, n'y trouve pas son compte.

LP : Pourquoi les médias sont-ils une cible privilégiée des complotistes dans ce rapport à la vérité?

PB : Parce qu'ils sont manipulés, cela va sans dire! Par ailleurs, dès que vous vérifiez les informations – ce que font assez souvent les journalistes et les universitaires –, vous êtes conduit à tenir un discours complexe (telle donnée est inexacte, tel chiffre est juste mais doit être contextualisé…), ce qui n'est pas la qualité première des complotistes.

LP : Pourquoi a-t-on dévalorisé, dans l'enseignement et les médias littéraires, la perception de la fiction, ce qui peut avoir, selon vous, un impact sur la quête de réalités parallèles?

PB : Il y a en effet une tendance aujourd'hui, sinon à la dévaloriser, du moins à en limiter la puissance d'invention – je pense à l'autofiction –, comme si les écrivains avaient peur de créer des mondes et des personnages. Enseigner la fiction – c'est-à-dire montrer comment elle se fabrique et se lit – participe en tout cas au développement de l'esprit critique et devrait être prioritaire dans les classes. On s'en laisse moins conter quand on est soi-même conteur

Propos recueillis par François-Guillaume Lorrain - Le Point, 31/01/2021

Pierre Bayard : « Le complotisme nous offre une explication simple »

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Pimaly14 janvier 2022 17:49



Oui c'est long, mais le tabac/presse du coin vend des bandes dessinées.

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Pierre Bayard est professeur de littérature française à l'université de Paris VIII et psychanalyste.


Alors que les faits alternatifs se propagent sur tous les sujets, l'écrivain rappelle, dans son dernier livre, notre besoin de croire.


Hannah Arendt forgeant la «banalité du mal» en se trompant dans son jugement sur Adolf Eichmann. Freud postulant l'existence de la libido à partir d'une vision erronée de Léonard de Vinci. Chateaubriand affabulant une rencontre avec GeorgeWashington. Saint-John Perse réécrivant sa correspondance au moment d'entrer dans la «Pléiade»… Dans Comment parler des faits qui ne se sont pas produits? (Éditions de Minuit), Pierre Bayard expose une dizaine de cas d'inventions du moi, d'une réalité ou d'une théorie, afin de rappeler les pouvoirs inéluctables et féconds de la fable jadis utilisés par La Fontaine, valant aussi bien pour celui qui la conçoit que pour ceux qui la reçoivent. Il avait déjà expliqué comment parler des livres qu'on n'avait pas lus ou des lieux non visités: avec Bayard, les subtilités du paradoxe sont au rendez-vous, etson analyse du complotisme sort évidemment des sentiers battus.


ENTRETIEN


Le Point : À partir de Chateaubriand, de Saint John-Perse, de Misha Defonseca, d'Anaïs Nin ou encore de Hannah Arendt, vous inférez deux comportements anthropologiques: la pulsion narrativeet le besoin de croire, confinant à la crédulité. Mais qu'est-ce qui vous permet d'en faire une théorie?

Pierre Bayard : Ce sont en effet deux notions importantes de mon livre. En parlant de pulsion narrative, j'entends montrer que l'être humain est un être de récit, c'est-à-dire qu'il a besoin de se raconter et de raconter le monde, ce qui ne va pas sans prendre quelques libertés avec la réalité. Et, par besoin de croire, je désigne notre souci irrépressible de trouver du sens. Ces deux composantes de notre psychisme sont aussi anciennes que l'être humain, comme le montre l'étude de l'Histoire et de la littérature.

LP : Vous disqualifiez pour cette raison la notion récente de «post-vérité». Qu'est-ce qui, selon vous, explique le succès de cette notion? Les nouvelles conditions technologiques n'en modifient-elles pas tout de même l'impact par rapport aux «fake news» du passé, ne serait-ce que par l'amplification de la «construction collective»?

PB : Parler de post-vérité suggère inévitablement l'idée que l'ère qui a précédé la nôtre serait celle de la vérité. Je doute que les victimes des grands récits politiques du XXesiècle, comme le nazisme ou le stalinisme, partagent cette vision! Quant aux fake news, c'est un bric-à-brac où l'on range pêle-mêle les rumeurs, les légendes urbaines, les théories complotistes, les mensonges politiques, les canu­lars de mauvais goût,etc. Rien de tout cela, malheureuse­ment, n'est nouveau! La seule différence est qu'Internet est un outil de diffusion massive des informations, y compris en effet des pires fariboles. Mais n'oublions pas que c'est dans le même temps un formidable moyen de vérification, ce qu'ont bien compris les régimes totalitaires, comme la Chine, qui le contrôlent soigneu­sement.

LP : On date de l'ouvrage antisémite «Les Protocoles des sages de Sion» l'émergence du complotisme; là aussi, réfutez-vous l'idée que celui-ci ait émergé vers la fin du XIXesiècle parce que setrouvaient réunies les conditions médiologiques de son essor public?

PB : Vous avez raison d'évoquer l'existence de ce faux historique et de rappeler que les juifs sont une cible privilégiée du complotisme. Il montre en tout cas que celui-ci ne date pas d'hier. Au XVIIIesiècle, la Révolution française a été attribuée par certains à un complot. Je suis sûr que l'on trouverait d'autres exemples dans les siècles antérieurs, même si la médiatisation croissante favorise son développement. En tant que psychanalyste, je serais davantage porté à considérer le complotisme comme une structure psychique que comme un fait historique. Face à un réel insoutenable par son illisibilité ou sa violence, le complotisme nous fait un cadeau inestimable: une explication simple.

LP : Comment analysez-vous le succès viral du film «Hold-up», diffusé en novembre dernier sur Internet, qui martèle le scénario d'un Covid forgé par des laboratoires?

PB : Hold-upjoue sur trois éléments majeurs du complotisme. Face à la crise actuelle – un enchevêtrement complexe d'erreurs politiques, de fautes individuelles, de hasards… –, le film propose la solution du complot qui est la plus commode. Il désigne par ailleurs des boucs émissaires, lesquels permettent de décharger la colère que suscitent en nous la crise et sa gestion. Enfin, il joue sur notre goût du mystère: les organisateurs du complot demeurent dans l'ombre et le film met en scène ce mystère par sa musique et ses plans de coupe sur des visages en clair-obscur.

LP : Ceux qui likentce film, comme Carla Bruni, Sophie Marceau ou d'autres, ou bien les partisans de Trump qui estiment que Biden a volé l'électioncroient-ils vraiment aux propos du film ou de Trump?


PB : J'évoque dans mon essai le livre de Maria-Antonietta Macciocchi, De la Chine, et le délire maoïste qu'il a suscité en France il y a une cinquantaine d'années. Comment un grand nombre d'intellectuels ont-ils pu se laisser piéger? Mon hypothèse est qu'ils y croyaient et qu'ils n'y croyaient pas. Ils y croyaient parce que la fiction de ce pays de cocagne leur était nécessaire pour ne pas perdre toutes leurs illusions après la découverte du communisme réel en URSS. Mais ils n'y croyaient pas parce qu'ils se rendaient compte, au moins dans certains moments de lucidité, qu'ils participaient à la mise en scène d'une fiction. J'appelle ce régime de pensée celui de la croyance intermédiaire, laquelle fait coexister une conviction et son contraire. Mais il est possible que je cherche à me persuader, pour me rassurer, que ces intellectuels n'étaient pas complètement dupes de ces fables!

LP : Même si vous rejetez l'alternative vrai/fauxau profit de ces croyances intermédiaires, ne doit-on pas rappeler la vérité aux complotistes, puisque les fictions, on l'a vu par le passé, peuvent avoir des conséquences tragiques?

PB : Je suis loin de partager toutes les déclarations du narrateur de mon livre – lequel, je le rappelle, est une fiction –, prêt à défendre en toutecirconstanceles droits de l'imagination. Autant celle-ci me paraît inévitable dans les récits que nous forgeons pour nous-mêmes et les autres, autant la liberté d'inventer doit être défendue en littérature et en art, autant je suis réticent dès qu'on entre dans le domaine de l'Histoire. C'est en ce sens que j'ai créé avec une amie, Soko Phay, un centre de recherchesur les génocides, dont la visée explicite est de lutter contre les négationnismes.

LP : Y-a-t-il psychanalytiquement – puisque vous invoquez souvent la psychanalyse – des conditions favorables aujourd'hui à la recherche d'une suppléance et d'une «proposition de substitution»?

PB : En tant que freudien, je suis plutôt porté à croire à une certaine constance de l'être humain. Je fais l'hypothèse dans mon livre que les femmes et les hommes des cavernes, le soir à la veillée, embellissaient déjà leurs récits de chasse ou de pêche, à grand renfort de gestes, pour amuser leur auditoire ou se mettre en valeur. Le goût des bonnes histoires ne date pas d'hier!

LP : Que répondre à un complotiste qui n'entend que des «biais de confirmation»? Les arguments de raison lui sont-ils audibles?

PB : Personnellement, je ne perdrais pas mon temps. C'est peine perdue, et le risque est grand de donner de la consistance à des thèses délirantes, dont certaines, comme le négationnisme, constituent des délits.

LP : Le populisme n'est-il pas la vérification en politique de votre propos sur le besoin de croire à une autre réalité?

PB : Si l'on excepte les premiers mois de notre vie, où ce que nous demandons nous est généralement accordé, la rencontre avec la réalité est le plus souvent une série de déconvenues. Le mieux n'est-il pas alors de lui en substituer une autre? C'est le principe même du délire, qu'il s'exprime dans la paranoïa pure, dans le complotisme ou, en effet, dans certaines formes de populisme. Les résultats de l'élection ne convenant pas à Trump, il les change! C'est assez sage après tout sur le plan psychique, même si la démocratie, évidemment, n'y trouve pas son compte.

LP : Pourquoi les médias sont-ils une cible privilégiée des complotistes dans ce rapport à la vérité?

PB : Parce qu'ils sont manipulés, cela va sans dire! Par ailleurs, dès que vous vérifiez les informations – ce que font assez souvent les journalistes et les universitaires –, vous êtes conduit à tenir un discours complexe (telle donnée est inexacte, tel chiffre est juste mais doit être contextualisé…), ce qui n'est pas la qualité première des complotistes.

LP : Pourquoi a-t-on dévalorisé, dans l'enseignement et les médias littéraires, la perception de la fiction, ce qui peut avoir, selon vous, un impact sur la quête de réalités parallèles?

PB : Il y a en effet une tendance aujourd'hui, sinon à la dévaloriser, du moins à en limiter la puissance d'invention – je pense à l'autofiction –, comme si les écrivains avaient peur de créer des mondes et des personnages. Enseigner la fiction – c'est-à-dire montrer comment elle se fabrique et se lit – participe en tout cas au développement de l'esprit critique et devrait être prioritaire dans les classes. On s'en laisse moins conter quand on est soi-même conteur

Propos recueillis par François-Guillaume Lorrain - Le Point, 31/01/2021

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Avatar GÉO

GÉO

16 janvier 2022 17:12
Pimaly a écrit :
En gros c'est ça - encore que je n'adhère pas nécessairement au "hasard" ...
C'est beaucoup moins bandant, mais c'est ça.

Le hasard, c'est une mutation et un virus qui passe chez un homme et qui le refile à son entourage et vous connaissez la suite ..

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Pimaly

16 janvier 2022 13:36
GÉO a écrit :
En fait les complotistes racontent "une histoire" un storytelling avec des gentils et des méchants, alors que les adeptes des faits bruts n'ont pas d'histoire à raconter, juste "le hasard et la nécessité" !

En gros c'est ça - encore que je n'adhère pas nécessairement au "hasard" ...
C'est beaucoup moins bandant, mais c'est ça.

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Avatar GÉO

GÉO

16 janvier 2022 12:59

En fait les complotistes racontent "une histoire" un storytelling avec des gentils et des méchants, alors que les adeptes des faits bruts n'ont pas d'histoire à raconter, juste "le hasard et la nécessité" !

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Avatar zorbek

zorbek

16 janvier 2022 10:06

FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Dans L’opium des imbéciles (Grasset), le fondateur du site «Conspiracy Watch» Rudy Reichstadt décortique les ressorts du complotisme. Il dénonce ceux qui veulent lui trouver des excuses et s’inquiète de la crédulité grandissante alimentée par les réseaux sociaux.
https://www.lefigaro.fr/vox/societe/internet-a-demultiplie-la-capacite-du-complotisme-a-influencer-notre-imaginaire-20191129

Extrait parmi d'autres

On se souvient de la «fake news» planétaire que fut le discours de Colin Powell à l’ONU sur les armes chimiques en Irak en 2003. Le complotisme ne prospère-t-il pas sur la défiance envers une autorité politique qui a menti ou failli? Les politiques et les médias n’ont-ils pas une responsabilité dans la montée de ce fléau?

Ils ont évidemment une responsabilité majeure, qu’il ne s’agit en aucun cas de minimiser. Mais l’idée selon laquelle les complotistes seraient plus allergiques au mensonge que la moyenne est une vue de l’esprit. Elle n’est en rien corroborée par ce que l’on observe. Si le mensonge joue indéniablement un rôle dans le creusement de la défiance, ne serait-ce que parce qu’il fournit un argument aux complotistes, le complotisme est loin de n’être que le symptôme d’une défiance. C’est aussi sinon d’abord le signe d’une insolente crédulité! Comment expliquer autrement que les premiers à vomir «les médias» - en bloc et sans aucun sens de la nuance - soient aussi généralement les meilleurs clients des vrais mensonges de sites «alternatifs» dits de «réinformation»? Ce que je récuse par conséquent, c’est que les mensonges soient la principale raison du complotisme. Cette idée, centrale dans le système de justification du complotisme, fait trop peu de cas de la responsabilité des désinformateurs et de tous ceux qui leur apportent leur caution.

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Avatar Claude-

Claude-

15 janvier 2022 12:52

Publiez vous ce texte sur ordinateur,tablette,ou smarphone ?
Vous avez certainement très bonne vue pour publier texte aussi long.
Vous bénéficiez certainement d’un logiciel adapté pour réguler la lumière bleue émise par les écrans

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Avatar donlouis

donlouis

15 janvier 2022 11:26

et PPDA bedonnant ses interviews ?

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Avatar Bertille

Bertille

15 janvier 2022 10:40

Échafauder des hypothèses parce que la gouvernance nous parait opaque, se rebeller vaniteusement parce que l'on ne comprend pas tout (les capacités d'acceptation, d'adaptation, d' abnégation ne sont pas équitablement "distribuées", petite constatation, donc compenser avec des romans à sa sauce ainsi qu'au goût de certains autres est facilement répandu. Pour s'aureoler d'un peu de gloriole, de singularité, pour tenter d'échapper à une implacable condition humaine* qui peut angoisser les exigeants d'autre chose)
La vie d'un humain est si complexe, si riche d'émotions, de choix, d'actions, d' enrichissements, d'imaginaire foisonnant, qu'à part une petite entorse avec le conte de Blanche Neige, dans la réalité crue qui nous est infligée j'assume de n'être ni omnisciente, ni omnipotente et de refuser à exiger de quiconque qu'il le soit.
Et d'obtenir un traitement de faveur en vertu de fantasmes qui seraient miens 👻 ...
Je suis, de suivre, toute piste intéressante pour appréhender ce curieux monde et les diverses bestioles qui le peuplent avec le temps qui nous est imparti.

Le merci d'un moulin pour l'eau et le vent ..🎑

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Avatar alsaciane

alsaciane

15 janvier 2022 10:39

Merci pour ce très bon texte, argumenté, renseigné, intelligent
Le malheur c'est que le complotisme apporte une explication beaucoup plus simple (je devrais dire simpliste), à la portée hélas du plus grand nombre et qui éloigne toute démarche de vérification.
Tout ceci ne serait pas grave si ce n'était potentiellement très dangereux.
Nous vivons dans une époque où la toute-puissance et l'immédiateté sont la règle. La science devrait répondre très vite et sans hésitation. C'est parce qu'elle peut se tromper, qu'elle doit sans cesse vérifier, que cela prend du temps, que justement elle est fiable, du côté de la connaissance et non de la croyance.

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Avatar zorbek

zorbek

15 janvier 2022 08:55

Le monde des petits et les contes, c'est souvent le Père Noël, les malheureux miséreux parfaits, les fées qui essaient de les protègent et en contre partie les Méchants maléfiques, les pouvoirs malintentionnés, solidaires et puissants face aux rares héros solitaires qui les combattent. Ce manichéisme d'un monde totalement binaire que malheureusement certains événements corroborent. conduit à un généralisation que certains adultes à l'esprit de critique et d'affabulations systématiques souvent complotistes franchissent sans discernement et ni vérification sérieuse.

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Avatar hervé Nono

hervé Nono

15 janvier 2022 08:22

Oui j’ai lu ,,,merci pimaly ...
Il y a du vrai dans ce que dit ce monsieur ,,,
Mais bon perso je pense différemment..


Je pense que c’est en grande partie la réticence au dialogue des lieux de décisions ( du pouvoir ) LE SILENCE DU POUVOIR,,,,
SON MANQUE DE PERMÉABILITÉ,,,
En gros La faiblesse de la démocratie participative !!!

Qui alimente ce besoin d’échafauder des hypothèses ,,,

LE COMPLOTISME EST LA FACE CACHÉE🌑 BAVARDE et INQUIÈTE

DE LA LUNE VISIBLE ET MUETTE ,,,,TROP SÛRE D’ELLE MÊME 🌜🌛🌖

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Avatar Gerard

Gerard

15 janvier 2022 08:14

Masturbation intellectuelle uniquement.

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Avatar Pimaly

Pimaly

15 janvier 2022 08:04
Bertille a écrit :
Merci Pim, cela m'a beaucoup intéressée.
(parfois, même souvent j'envie celles, ceux qui peuvent croire ce qui les arrange, ce n'est pas donné à tout le monde.
Non, je plaisante, quand je me trompe je culpabilise, il me faut tout vérifier, pas que je me méfie des z'autres, mais plutôt de restes d'enfance où l'affabulation est féconde ou de manque de courage avec tentative d'évasion)

Mais doit-on traiter avec indulgence "les maîtres à penser faussement", quand cela impacte un équilibre déjà hasardeux ?

Certainement pas. Mais cet essai n'est pas une apologie du « penser faussement»... c'est du moins l'idée que je m'en suis faite à travers l'entretien du Point et l'article du Monde

https://www.lemonde.fr/livres/article/2020/11/13/comment-parler-des-faits-qui-ne-se-sont-pas-produits-de-pierre-bayard-la-chronique-essai-de-roger-pol-droit_6059564_3260.html

J'y vois une digression sur le besoin de merveilleux chez l'enfant qui se poursuivrait chez l'adulte... J'ai commandé le livre (16,50€) et tant que j'y étais, les deux premiers de la trilogie (en occas sur Rakuten).

J'ai en cours « Souvenirs, souvenirs 1 » de Catherine Nay (jubilatoire sur le fond ET la forme, j'adore son style!), ensuite le 2 et je serai dispo pour Bayard. Je reviendrai te dire.

😘 ma belle.

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Avatar Pimaly

Pimaly

15 janvier 2022 08:02
GÉO a écrit :
Un texte bien long pour une ...simple explication!

???

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Avatar hervé Nono

hervé Nono

15 janvier 2022 07:23

Très long au réveil ⏰ une autre fois ,,,,😊bonne journée la camaraderie,,,😑

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Avatar GÉO

GÉO

15 janvier 2022 07:18

Un texte bien long pour une ...simple explication!

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