Rififi autour du parc
Jean Claude - 3 décembre 2025 06:35
Par ailleurs , toujours sur quintonic, un correspondant se propose d'aider les apprentis écrivains...
Loin de me parer de cette qualité, il m'arrive de publier des récits en réponse à des propositions d'écriture du WEB.
S'agissant de décrire un Noël en un lieu improbable,
j'ai proposé "Rififi autour du parc" que je partage avec vous ...
Rififi autour du parc
Il n’y a pas si longtemps, cette serre, à l’approche de Noël, était emplie de pieds de tabac suspendus aux rangées de fil de fer. Bien alignés comme de braves petits soldats, la pointe des feuilles vers le sol, ils laissaient échapper une curieuse odeur qui ne rappelait en rien le fumet des cigarettes, cigares et autres pipes. Bientôt, sagement, interviendrait l’effeuillage puis la mise en manoques* avant de prendre la route de la SEITA chargée de la transformation en produits chers aux fumeurs et au Trésor Public qui, sans vergogne, encaisserait les dividendes.
L’âge d’or de la serre est révolu : la plantation du tabac, ça a eu payé, mais ça ne paie plus … Alors, sous la bâche en demie - lune, s’étale sur une bonne longueur de cinquante mètres, un improbable bric à brac d’objets dont l’usage rarissime n’interdit pas à la gent animalière d’y improviser son logis. A défaut de tabac à priser, les rats du village prisent comme il convient cet abri relativement tempéré. En hiver, les rares rayons de soleil suffisent à faire grimper la température ambiante au niveau adéquat pour le petit monde ratier. Et l’été, direz-vous ? L’été, il y a fort à faire par ailleurs pour ce monde besogneux, sauf, cela va de soi, pour les prolifiques mamans rates qui couvent leurs progénitures se multipliant comme de délicieux petits pains.
En l’an de grâce terminant le premier quart du 21e siècle, sous l’accueillante serre, cohabitaient en bon voisinage deux familles ratières : les Rasemottes et les Raccommodes. Après concertation, les deux mamans rates décidèrent de fêter Noël à leur façon en élargissant le cercle habituel à d’autres habitants du village qui avaient eu maille à partir avec l’Humain du secteur dépourvu d’esprit partageur. Quelle idée diabolique, ce placement du parc sous patronage du secteur électrique ! Ainsi, Maître Goupil, Dames Belette, Fouine et Martre voyaient leur garde-manger habituel hors de portée.
Désormais, ces êtres, composants incontournables de la biodiversité selon les critères de l’Ecologie, fins gourmets de chair de poules et quartiers d’oies, salivaient en vain autour du parc où caquetante et dandinante, la volaille s’octroyait le droit de narguer en toute quiétude la sauvagine environnante.
Du parc encerclé à la serre accueillante, comme de la coupe aux lèvres, la distance n’est point infranchissable. Mais comment convaincre quelques volailles bien dodues de participer de plein gré au festin de Noël programmé par les dames Rasemottes et Raccommodes ? Maître Goupil pouvait se charger de l’acheminement volontaire ou contraint des poulettes de l’année, les demoiselles Roussette et Caramel. Quant à Sidonie, oie blanche fort innocente, comment pouvait-on l’amener à consentir à se rendre à la table de Noël. Laquelle serait entourée de convives de qualité : les dames Belette, Fouine et Martre, le sieur Goupil et bien sûr Messieurs Ratdical et Ratccourci. Les dames Rates, ayant fort à faire à assurer le service, veilleraient à ce que chacune et chacun ait sa juste part.
Il leur appartenait également, en ménagères avisées, à quérir le mets essentiel, à savoir dames Roussette, Caramel et Sidonie. Quel stratagème ingénieux était-il nécessaire de mettre en œuvre ? Avec l’objectif de déjouer l’électricité qui, par trois fils encerclant le parc, distribuait comme à plaisir les châtaignes susceptibles d’envoyer ad patres tout imprudent bestiau qui toucherait le fil.
En fait, il convenait d’abord de permettre à Maître Goupil de s’ériger en habile chasseur, sachant que le renard ne poussait pas la témérité jusqu’à risquer la secousse électrique qui pourrait lui être fatale. Une fois parvenu dans les lieux, il lui serait facile d’apeurer Sidonie au point de lui laisser l’envol comme seule issue à la mort cruelle sous ses dent acérées. Atterrissant à proximité de la serre, Sidonie à la curiosité proverbiale, ne manquerait pas d’approcher la table du festin où elle jouerait un rôle essentiel. Quant aux poulettes promptement saisies par le Goupil, vite fait bien fait, peut-être pas forcément transportées de joie, elles accompliraient le trajet parc – serre en un temps record.
Restait à squeezer la fée Electricité … Les Rates, en citoyennes pénétrées des discours de haut niveau s’apprêtèrent au sacrifice d’un ou plusieurs de leurs enfants. Elles conduisirent quelques uns de leurs ratons parmi les plus aguerris sur le front ; plus précisément face aux fils chargés du courant maléfique. En guise d’assaut de franchissement, il fallait, face à une béance propice de la haie, soulever les conducteurs électriques à hauteur suffisante pour le passage de Maître Goupil sans risque d’électrification.
De profundis … Quatre valeureux ratons furent ainsi sacrifiés au champ du devoir. S’engouffrant dans la faille, le renard s’empara sans coup férir des deux poulettes. Au passage, parce qu’il ne faut rien laisser perdre, il engloutit, en guise de hors d’œuvre, les quatre soldats restés sur le carreau.
Pour un festin de Noël, ce fut un beau festin ! Il n’y eut pas de sapin, ni de bûche au chocolat. La gent carnassière se contenta de déguster les belles emplumées, non sans se disputer quelque peu les meilleurs morceaux.
Cependant, insatiables, Maître Goupil, Dames Belette, Fouine et Martre considérèrent d’une part que le service laissait à désirer, d’autre part qu’en leur estomac, subsistait comme un petit creux. Sentant que cela tournait au vinaigre, Messieurs Ratdical et Ratccourci s’étaient courageusement éclipsés.
Les Dames Rasemottes et Raccommodes promptement condamnées, à leur grand dam, constituèrent un complément de repas très apprécié. Tout comme leurs marmailles respectives qui n’échappèrent point à la bonté d’âme des invités du jour … ou plus prosaïquement à leur gloutonnerie !
Quel précepte faut-il en conclure ?
Selon Confucius, « Agis avec gentillesse, mais n’attends pas de la reconnaissance » ;
ce à quoi La Fontaine répond « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront noir ou blanc…
* Manoque : Petite botte de vingt-cinq ou cinquante feuilles de tabac séché, liées par la vingt-cinquième ou la cinquantième feuille enroulée autour des autres.
**SEITA (Société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes) produit les marques de cigarettes et de tabac Gitanes, Gauloises, Royale, News, Bastos, Fine 120, Django et Amsterdamer. Renommée Altadis en 1999 à la suite de sa fusion avec Tabacalera, le groupe est devenu une filiale d'Imperial Tobacco en 2008… Merci Wikipedia.org !
Rififi autour du parc
Par ailleurs , toujours sur quintonic, un correspondant se propose d'aider les apprentis écrivains...
Loin de me parer de cette qualité, il m'arrive de publier des récits en réponse à des propositions d'écriture du WEB.
S'agissant de décrire un Noël en un lieu improbable,
j'ai proposé "Rififi autour du parc" que je partage avec vous ...
Rififi autour du parc
Il n’y a pas si longtemps, cette serre, à l’approche de Noël, était emplie de pieds de tabac suspendus aux rangées de fil de fer. Bien alignés comme de braves petits soldats, la pointe des feuilles vers le sol, ils laissaient échapper une curieuse odeur qui ne rappelait en rien le fumet des cigarettes, cigares et autres pipes. Bientôt, sagement, interviendrait l’effeuillage puis la mise en manoques* avant de prendre la route de la SEITA chargée de la transformation en produits chers aux fumeurs et au Trésor Public qui, sans vergogne, encaisserait les dividendes.
L’âge d’or de la serre est révolu : la plantation du tabac, ça a eu payé, mais ça ne paie plus … Alors, sous la bâche en demie - lune, s’étale sur une bonne longueur de cinquante mètres, un improbable bric à brac d’objets dont l’usage rarissime n’interdit pas à la gent animalière d’y improviser son logis. A défaut de tabac à priser, les rats du village prisent comme il convient cet abri relativement tempéré. En hiver, les rares rayons de soleil suffisent à faire grimper la température ambiante au niveau adéquat pour le petit monde ratier. Et l’été, direz-vous ? L’été, il y a fort à faire par ailleurs pour ce monde besogneux, sauf, cela va de soi, pour les prolifiques mamans rates qui couvent leurs progénitures se multipliant comme de délicieux petits pains.
En l’an de grâce terminant le premier quart du 21e siècle, sous l’accueillante serre, cohabitaient en bon voisinage deux familles ratières : les Rasemottes et les Raccommodes. Après concertation, les deux mamans rates décidèrent de fêter Noël à leur façon en élargissant le cercle habituel à d’autres habitants du village qui avaient eu maille à partir avec l’Humain du secteur dépourvu d’esprit partageur. Quelle idée diabolique, ce placement du parc sous patronage du secteur électrique ! Ainsi, Maître Goupil, Dames Belette, Fouine et Martre voyaient leur garde-manger habituel hors de portée.
Désormais, ces êtres, composants incontournables de la biodiversité selon les critères de l’Ecologie, fins gourmets de chair de poules et quartiers d’oies, salivaient en vain autour du parc où caquetante et dandinante, la volaille s’octroyait le droit de narguer en toute quiétude la sauvagine environnante.
Du parc encerclé à la serre accueillante, comme de la coupe aux lèvres, la distance n’est point infranchissable. Mais comment convaincre quelques volailles bien dodues de participer de plein gré au festin de Noël programmé par les dames Rasemottes et Raccommodes ? Maître Goupil pouvait se charger de l’acheminement volontaire ou contraint des poulettes de l’année, les demoiselles Roussette et Caramel. Quant à Sidonie, oie blanche fort innocente, comment pouvait-on l’amener à consentir à se rendre à la table de Noël. Laquelle serait entourée de convives de qualité : les dames Belette, Fouine et Martre, le sieur Goupil et bien sûr Messieurs Ratdical et Ratccourci. Les dames Rates, ayant fort à faire à assurer le service, veilleraient à ce que chacune et chacun ait sa juste part.
Il leur appartenait également, en ménagères avisées, à quérir le mets essentiel, à savoir dames Roussette, Caramel et Sidonie. Quel stratagème ingénieux était-il nécessaire de mettre en œuvre ? Avec l’objectif de déjouer l’électricité qui, par trois fils encerclant le parc, distribuait comme à plaisir les châtaignes susceptibles d’envoyer ad patres tout imprudent bestiau qui toucherait le fil.
En fait, il convenait d’abord de permettre à Maître Goupil de s’ériger en habile chasseur, sachant que le renard ne poussait pas la témérité jusqu’à risquer la secousse électrique qui pourrait lui être fatale. Une fois parvenu dans les lieux, il lui serait facile d’apeurer Sidonie au point de lui laisser l’envol comme seule issue à la mort cruelle sous ses dent acérées. Atterrissant à proximité de la serre, Sidonie à la curiosité proverbiale, ne manquerait pas d’approcher la table du festin où elle jouerait un rôle essentiel. Quant aux poulettes promptement saisies par le Goupil, vite fait bien fait, peut-être pas forcément transportées de joie, elles accompliraient le trajet parc – serre en un temps record.
Restait à squeezer la fée Electricité … Les Rates, en citoyennes pénétrées des discours de haut niveau s’apprêtèrent au sacrifice d’un ou plusieurs de leurs enfants. Elles conduisirent quelques uns de leurs ratons parmi les plus aguerris sur le front ; plus précisément face aux fils chargés du courant maléfique. En guise d’assaut de franchissement, il fallait, face à une béance propice de la haie, soulever les conducteurs électriques à hauteur suffisante pour le passage de Maître Goupil sans risque d’électrification.
De profundis … Quatre valeureux ratons furent ainsi sacrifiés au champ du devoir. S’engouffrant dans la faille, le renard s’empara sans coup férir des deux poulettes. Au passage, parce qu’il ne faut rien laisser perdre, il engloutit, en guise de hors d’œuvre, les quatre soldats restés sur le carreau.
Pour un festin de Noël, ce fut un beau festin ! Il n’y eut pas de sapin, ni de bûche au chocolat. La gent carnassière se contenta de déguster les belles emplumées, non sans se disputer quelque peu les meilleurs morceaux.
Cependant, insatiables, Maître Goupil, Dames Belette, Fouine et Martre considérèrent d’une part que le service laissait à désirer, d’autre part qu’en leur estomac, subsistait comme un petit creux. Sentant que cela tournait au vinaigre, Messieurs Ratdical et Ratccourci s’étaient courageusement éclipsés.
Les Dames Rasemottes et Raccommodes promptement condamnées, à leur grand dam, constituèrent un complément de repas très apprécié. Tout comme leurs marmailles respectives qui n’échappèrent point à la bonté d’âme des invités du jour … ou plus prosaïquement à leur gloutonnerie !
Quel précepte faut-il en conclure ?
Selon Confucius, « Agis avec gentillesse, mais n’attends pas de la reconnaissance » ;
ce à quoi La Fontaine répond « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous feront noir ou blanc…
* Manoque : Petite botte de vingt-cinq ou cinquante feuilles de tabac séché, liées par la vingt-cinquième ou la cinquantième feuille enroulée autour des autres.
**SEITA (Société d'exploitation industrielle des tabacs et des allumettes) produit les marques de cigarettes et de tabac Gitanes, Gauloises, Royale, News, Bastos, Fine 120, Django et Amsterdamer. Renommée Altadis en 1999 à la suite de sa fusion avec Tabacalera, le groupe est devenu une filiale d'Imperial Tobacco en 2008… Merci Wikipedia.org !


grany
Bonjour Jean-Claude,
J'avais déjà repéré chez vous une " fine plume " que vous pourrez aisément consacrée quelques temps à l'écriture et à la constitution d'un recueil de " Contes de Noël " pour adultes et grands enfants.
Si vous en avez d'autres de cette qualité, n'hésitez pas faites-vous éditer.