- Que pensez-vous de l’accompagnement des chômeurs de 60 ans par Pôle Emploi ?

« On ne leur propose rien... Pour les quelques 4 millions de chômeurs en France, on trouve plus ou moins 500 000 offres d’emploi. Cela donne un aperçu de la situation, d’autant plus que les personnes de 60 ans sont de « nouveaux » chômeurs.

Ils ont généralement commencé à travailler tôt et sont très proches de la retraite. Ce nouveau profil est apparu dans les statistiques plus ou moins en 2012, avec la réforme des retraites. Personnellement, je ne connais pas un chômeur de plus de 60 ans à qui on a proposé du travail. »

- Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les chômeurs de 60 ans ?

« Être senior quand on cherche du travail, c’est partir avec un handicap. Les recruteurs se demandent pourquoi ils se retrouvent au chômage. Sauf s’ils font partie d’un plan social, on se dit qu’ils ont fait une bêtise, ou qu’ils sont fainéants, etc.

La structure même de Pôle Emploi est problématique. La fusion a été une catastrophe. L’ANPE devait gérer l’insertion, les relations avec les demandeurs d’emploi, tandis que les ASSEDIC ne s’occupaient que de l’indemnisation. On a mélangé 2 métiers pour n’avoir affaire qu’à la même personne. Les relations sont devenues encore plus difficiles, d’autant plus que des postes ont été supprimés. »

- Les chômeurs de 60 ans sont d’après vous mal orientés ?

« Il y a bien des entretiens, mais ils aboutissent très peu. En matière de formation aussi, il y a des problèmes. Ce sont souvent les employés des entreprises qui en bénéficient. Beaucoup de chômeurs demandent en effet une formation, sans pouvoir l’obtenir.

Je reçois 5 ou 6 appels par jour de chômeurs qui ont des problèmes avec Pôle Emploi. Les plus courants sont les abus et les radiations. Les conseillers ne sont pas formés, pas motivés, ils ne sont pas non plus assez nombreux. »

- La durée d’indemnisation des chômeurs des plus de 50 ans est quand même plus longue…

« C’est de la peau de chagrin. Quand j’étais moi-même au chômage en 1993, j’avais 50 ans et la durée d’indemnisation était de 5 ans. Aujourd’hui, elle est de 36 mois pour les plus de 50 ans (contre 24 mois pour les autres). Et encore, il faut remplir un certain nombre de conditions. »

- L’Allocation équivalent retraite (AER), supprimée en 2012, a été remplacée. N’est-ce pas suffisant ?

« L’AER, ce n’était pas trop mal pour faire la soudure entre les fins de droits et la retraite. Elle concernait les gens qui étaient en fin de droits, qui avaient cotisé, mais qui n’avaient pas l’âge de la retraite.

Si le gouvernement l’a supprimée, l’Allocation transitoire de solidarité (ATS) a tout de même permis le maintien des allocations. Les chômeurs de plus de 60 ans en fin de droits bénéficient d’un revenu de remplacement. Mais encore une fois, ils doivent remplir plusieurs conditions (être indemnisé, avoir 60 ans, avoir cotisé un certain nombre de trimestres, et ne pas avoir les trimestres requis). Autant dire que peu de personnes peuvent y prétendre. Jusqu’à quand ? La convention va être revue à l’automne 2013 : il faut à mon avis s’attendre à des changements qui n’iront pas dans le bon sens. »

- Quelles sont vos revendications pour améliorer les choses ?

« Nous, les associations de chômeurs, avons demandé aux syndicats et au patronat d’être écoutés, auditionnés, pendant qu’ils préparent cette convention, mais ils ne le veulent pas. Nous ne sommes pas bien vus. L’idée serait de proposer une sorte de "minima universel". On ne peut pas vivre avec le RSA ! Comme il existe un droit aux soins ou à la santé, il devrait exister un minimum vital. »


Adhérez-vous à ce triste constat ? Vous êtes vous déjà retrouvé(e) au chômage avant l'âge légal de la retraite sans aucun débouché professionnel ? Quel a été le rôle du Pôle Emploi pour vous aider dans vos recherches ? N'hésitez pas à nous faire part de votre parcours du combattant dans l'encadré "Commentaires sur l'article" ci-dessous.