- Décrivez-nous votre voyage dans les steppes de la Mongolie...

Nous voulions aller vers l’Est pour atteindre le désert de Gobi, extrême frontière entre l’Europe et la Chine. Par la route, cela signifie traverser la Russie jusqu’au lac Baïkal puis la Mongolie du nord au Sud. C’était au printemps et l’escapade a duré environ quatre semaines.

En Mongolie, il n’y a que l’espace qui compte. La terre, le ciel. Sur une surface trois fois plus grande que la France. Cela procure un sentiment mêlé d’isolement et de liberté absolue. Entre montagnes, steppes, lacs et désert, il faut deux à trois jours pour rejoindre la première bourgade. Les journées sont rythmées par les kilomètres, dans un décor absolument magique.

À l’origine, un trek est un voyage au long cours et le pays s’y prête parfaitement. Pas de routes, pas de panneaux indicateurs, pas de ponts. On passe les rivières à gué et après la fonte des neiges, il faut parfois attendre 48 heures pour traverser. Ici, le temps n’a pas de prix.

- Vous avez fait des rencontres ?

On a fait « 50 % de route, 50 % de yourtes ». De très belles rencontres. On se croyait seuls au monde et soudain, sortant de nulle part, des cavaliers mongols nous rejoignaient.

Ils sont très hospitaliers. On nous a accueillis dans des camps de quelques yourtes. Généralement, la famille en a une comme lieu de vie et une seconde servant de remise. Spontanément et discrètement, ils vidaient la petite yourte et installaient des couches pour que nous puissions y dormir.

Éleveurs et nomades, ils naviguent à cheval sur des pâturages infinis avec moutons, yacks, chameaux ou chèvres (dont le poil sert à produire le cachemire). Ils sont très démunis et à leur contact, nous avons constaté que moins on a, plus on partage. Une leçon de vie.

- Vous avez vu Oulan-Bator ?

Oui. Un ami nous y rejoignait, arrivant à l’aéroport Gengis Khan. La moitié des mongols vit là.

Le centre a tout d’une ville moderne, avec le parlement, de grandes places et une architecture qui rappellent son passé soviétique. Autour, une banlieue précaire grandit chaque année avec l’arrivée de nomades ayant perdu leurs troupeaux pendant l’hiver. Le climat est rude (de -40 ° l’hiver à +50 ° l’été).

Le contraste est saisissant entre leur vie d’éleveurs et la vie en ville. Aujourd’hui, l’alcool fait des ravages dans la capitale.

Nous y avons parqué le camping-car et loué un 4X4, plus indiqué pour rejoindre le désert de Gobi. Là-bas, on peut rester huit jours sans croiser personne. Point positif, on vous loue le véhicule avec chauffeur et guide (pour nous, une jeune femme travaillant à l’Alliance Française). J’ai pu profiter de paysages parfois lunaires et toujours époustouflants.

Après avoir repris notre véhicule, nous avons quitté la Mongolie par la chaîne de l’Altaï à l’ouest.

- Quelles sont les difficultés et les atouts d’un tel voyage ?

Côté difficultés, il y a langue même si ce ne fut pas le cas pour nous puisque mon épouse parle russe. Le régime alimentaire essentiellement composé de viande (même la soupe), est ardu pour nous occidentaux. Enfin, on peut s’y perdre facilement.

Pour le positif, le pays lui-même, la nature, les paysages à couper le souffle et le ciel indescriptible. Et surtout l’aventure humaine, la culture mongole, ses traditions bouddhistes et le culte voué à Gengis Khan.

- Quelques conseils aux candidats à l’aventure mongole ?

La préparation prend autant de temps que le voyage lui-même. Il faut un visa pour chaque pays traversé. Ne commencez pas par là si vous n’avez pas déjà une habitude des grands voyages. Si vous choisissez la route, partez au moins à deux équipages.

Le billet d’avion pour Oulan-Bator coûte environ 800 euros. La location d’un 4x4 coûte 50 € /jour (chauffeur et guide inclus). Le gas-oil est environ 30 % moins cher mais on peut attendre 3 jours pour en avoir. À Oulan-Bator, on trouve des fruits et légumes et on peut s’offrir un repas pour 2 à 3 euros.

Depuis, Ewa et Pierre ont traversé l’Amérique du sud et l’Australie d’Est en Ouest.

Seriez-vous prêts à vivre une telle expérience ? N'hésitez pas à partager vos doutes et votre avis dans l'encadré "Commentaires sur l'article" ci-dessous.