Première réaction : la surprise

On s’y attendait, mes parents ne savaient plus se parler sans se crier dessus. Nous n’avons jamais su quel a été l’élément déclencheur et ce qui s’est passé exactement. Mais ça a malgré tout été un choc pour nous. On avait fini par trouver leurs querelles « normales », on se disait que ça faisait partie de leur caractère.

Alors quand ils nous ont annoncé qu’ils allaient divorcer, un soir en rentrant de l’école, on a eu du mal à imaginer qu’on ne serait plus 4 à table, à faire les courses, à sortir...

On avait aussi des questions très pratiques : qui de papa ou maman allaient maintenant suivre notre éducation scolaire ? Lequel allait rencontrer les professeurs ? Où allions-nous habiter ? Est-ce qu’on allait devoir changer d’école ? Finalement, les choses se sont faites assez naturellement, on s’est organisé doucement, mais facilement.

Notre routine n’a pas été trop perturbée puisque nous sommes restés dans la maison, avec maman. On voyait papa très souvent. Il venait nous chercher le mardi soir ou le mercredi midi et il nous consacrait bien plus de temps qu’auparavant. On allait à la piscine, on mangeait ensemble le midi... nos plats préférés, évidemment !

Les conséquences du divorce à long terme

Bizarrement, c’est quelques temps après le divorce, lorsque ma sœur est devenue adolescente, que nos parents ont réellement recommencé à se faire la guerre. Quand l’un disait oui pour une sortie ou un quelconque événement un peu particulier, l’autre n’était pas d’accord, et vice versa.

C’est donc à cette période que mes résultats scolaires ont commencé à baisser. Presque rien au début… ce n’était pas alarmant. Mais à l’heure du bilan de fin d’année scolaire, le verdict était sans appel : j’étais devenu un élève « moyen », qui n’avait pas « fourni le meilleur de lui-même » au dernier trimestre, et plutôt isolé. Je devais me "ressaisir" !

J’ai sans doute été déstabilisé, parce qu’au même moment, l’attention était davantage portée sur ma sœur, dont l’attitude était plus inquiétante, puisqu’elle était en train de devenir une ado rebelle.

À côté, mes notes en baisse paraissaient être bien peu de chose. Je me suis toujours dit que si je devais élever des enfants, je n’appliquerai pas le désastreux modèle familial et que je m’intéresserai à chacun de mes enfants de la même façon, sans aucune différence… C’est utopique bien sûr, mais cette pensée m’a obsédé pendant des années.

Aujourd’hui, j’ai peur de l’engagement

Mes parents ont essayé de faire les choses en douceur, on a été plutôt protégés, rassurés… Mais on a quand même souffert du changement, de l’absence, surtout à cette époque où le divorce faisait encore largement office d’exception. Avec ma sœur, on l’a manifesté de façon un peu violente à l’adolescence, mais sans grand heurt finalement.

Ça fait maintenant plus de 15 ans que je vis avec ma compagne. Nous avons 2 enfants, une jolie petite maison… Nous sommes très heureux ! Mais je n’ai jamais demandé la femme que j’aime en mariage. Ça a été source de conflit au début de notre relation, mais ma compagne l’a compris : j’ai peur de l’engagement. Pourtant, je l’aime, je n’ai aucunement l’intention de partir, je me vois vieillir à ses côtés, mais l’idée du mariage me déplaît. Ce n’est pas pour moi, comme pour beaucoup, un acte digne d’un conte de fée. Ça résonne même assez mal à mes oreilles.