Le « misérabilisme performatif » français

- 9 mai 2023 08:49

Le peuple le plus pessimiste au monde s’abuse sur l’état réel du pays. La fin officielle du Covid vient d’en donner un nouvel exemple.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de proclamer, le 5 mai, la fin de l'état d'urgence sanitaire liée au Covid-19. Mesure-t-on bien la rapidité avec laquelle la pandémie, grâce au vaccin, a été endiguée ? Les Français reviennent de loin. En 2020, ils étaient le peuple le plus pessimiste au monde sur l'efficacité attendue du sérum, selon une étude internationale alors réalisée par Ipsos. Seule une minorité (48 %) pensait qu'il finirait par vaincre le virus. Ils n'étaient même que 16 % à juger probable un retour à la normale après le Covid !

Il faut se souvenir de ces données pour mesurer la profondeur de la dépression française, ce mélange de mélancolie et d'autodénigrement identifié de longue date mais qui ne cesse de s'aggraver. Ce printemps, quelque 72 % des personnes interrogées par l'Ifop pour le JDD se disent pessimistes sur l'avenir de la France, un taux en progression spectaculaire de 16 points par rapport à 2021.

Un maître de conférences à Sciences Po Paris, Alexander Hurst, vient de raconter dans The Guardian une expérience éclairante à laquelle il s'est livré avec ses étudiants. Il leur a présenté un graphique indiquant le niveau d'inégalités des pays développés, en omettant leurs noms. Les élèves ont identifié sans difficulté les États-Unis, en tête des riches démocraties les plus inégalitaires. Ils se sont en revanche trompés sur la France, qu'ils ont positionnée près de l'Amérique alors qu'elle figure en réalité dans le bas du tableau, non loin des pays scandinaves.

De fait, l'Hexagone est plus égalitaire que l'Allemagne, la Suisse ou l'Italie. Le coefficient de Gini, qui mesure le taux d'inégalité, en fait foi. Il est même meilleur aujourd'hui en France qu'il ne l'était pendant les Trente Glorieuses, cette période à croissance économique forte (1945-1973) pendant laquelle le pays était plus sûr de lui, mais moins bien loti et plus inégalitaire qu'aujourd'hui. L'enseignant de Sciences Po en tire une leçon capitale : un « incroyable décalage » sépare la réalité du discours hyperbolique et catastrophiste que la France tient sur elle-même. Ce « misérabilisme performatif », selon son expression, alimente la nostalgie du « c'était mieux avant » qui fait le jeu des extrêmes à droite comme à gauche et décrédibilise l'action réformatrice du politique.

Performance environnementale

La France n'est certes pas un paradis ! Sa dette publique, qui ne cesse de grossir malgré les prélèvements obligatoires les plus lourds d'Europe, en témoigne. L'état de son système éducatif, aussi. Mais elle n'est pas non plus l'enfer que beaucoup de ses habitants imaginent. Septième puissance économique mondiale, elle est un pays où, même après la réforme, les travailleurs pourront partir à la retraite plus tôt que n'importe où ailleurs en Europe, où le taux de fécondité est le plus élevé du continent, où l'espérance de vie à la naissance figure parmi les meilleures, où le chômage structurel qui perdure depuis un demi-siècle est en voie d'être vaincu, où l'écart des salaires entre hommes et femmes est parmi les plus bas et continue à diminuer.

La performance environnementale de la France, selon l'indice calculé par l'université américaine Yale, la place au 12e rang mondial, devant – excusez du peu – le Japon, l'Italie, l'Allemagne ou les États-Unis. Elle est l'un des pays qui ont le mieux négocié leur transition numérique et où le coût de l'Internet mobile est le plus bas. Elle est, pour la troisième année consécutive, le pays européen qui attire le plus d'investissements étrangers. Elle est même, selon le blog spécialisé Fipaddict, le seul grand pays européen où le pouvoir d'achat a augmenté pendant la crise sanitaire, pour s'établir fin 2022 à 1,5 % au-dessus de son niveau de 2019. Bref, une puissance moyenne qui n'a pas à rougir.

D'où vient alors ce déficit de bonheur qui ne cesse d'assombrir le moral des Gaulois réfractaires ? Il y a quarante-cinq ans, l'économiste Jean Fourastié, l'auteur des Trente Glorieuses (Fayard, 1979), pointait déjà les dépenses sociales élevées mais inefficaces, l'incapacité à organiser un dialogue social digne de ce nom, la rigidité du droit du travail, la grande fragilité du commerce extérieur. Le jugement reste valable. On pourrait y ajouter l'angoisse devant une mondialisation qu'on peine à appréhender, la frustration devant un État nounou de plus en plus impotent, et surtout la crainte du déclassement, qui se nourrit justement de la conscience de sa situation privilégiée. C'est quand on est nanti qu'on a le plus à perdre.

Luc de Barochez – Le Point, 09/05/2023

Le « misérabilisme performatif » français

9 mai 2023 08:49

Le peuple le plus pessimiste au monde s’abuse sur l’état réel du pays. La fin officielle du Covid vient d’en donner un nouvel exemple.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) vient de proclamer, le 5 mai, la fin de l'état d'urgence sanitaire liée au Covid-19. Mesure-t-on bien la rapidité avec laquelle la pandémie, grâce au vaccin, a été endiguée ? Les Français reviennent de loin. En 2020, ils étaient le peuple le plus pessimiste au monde sur l'efficacité attendue du sérum, selon une étude internationale alors réalisée par Ipsos. Seule une minorité (48 %) pensait qu'il finirait par vaincre le virus. Ils n'étaient même que 16 % à juger probable un retour à la normale après le Covid !

Il faut se souvenir de ces données pour mesurer la profondeur de la dépression française, ce mélange de mélancolie et d'autodénigrement identifié de longue date mais qui ne cesse de s'aggraver. Ce printemps, quelque 72 % des personnes interrogées par l'Ifop pour le JDD se disent pessimistes sur l'avenir de la France, un taux en progression spectaculaire de 16 points par rapport à 2021.

Un maître de conférences à Sciences Po Paris, Alexander Hurst, vient de raconter dans The Guardian une expérience éclairante à laquelle il s'est livré avec ses étudiants. Il leur a présenté un graphique indiquant le niveau d'inégalités des pays développés, en omettant leurs noms. Les élèves ont identifié sans difficulté les États-Unis, en tête des riches démocraties les plus inégalitaires. Ils se sont en revanche trompés sur la France, qu'ils ont positionnée près de l'Amérique alors qu'elle figure en réalité dans le bas du tableau, non loin des pays scandinaves.

De fait, l'Hexagone est plus égalitaire que l'Allemagne, la Suisse ou l'Italie. Le coefficient de Gini, qui mesure le taux d'inégalité, en fait foi. Il est même meilleur aujourd'hui en France qu'il ne l'était pendant les Trente Glorieuses, cette période à croissance économique forte (1945-1973) pendant laquelle le pays était plus sûr de lui, mais moins bien loti et plus inégalitaire qu'aujourd'hui. L'enseignant de Sciences Po en tire une leçon capitale : un « incroyable décalage » sépare la réalité du discours hyperbolique et catastrophiste que la France tient sur elle-même. Ce « misérabilisme performatif », selon son expression, alimente la nostalgie du « c'était mieux avant » qui fait le jeu des extrêmes à droite comme à gauche et décrédibilise l'action réformatrice du politique.

Performance environnementale

La France n'est certes pas un paradis ! Sa dette publique, qui ne cesse de grossir malgré les prélèvements obligatoires les plus lourds d'Europe, en témoigne. L'état de son système éducatif, aussi. Mais elle n'est pas non plus l'enfer que beaucoup de ses habitants imaginent. Septième puissance économique mondiale, elle est un pays où, même après la réforme, les travailleurs pourront partir à la retraite plus tôt que n'importe où ailleurs en Europe, où le taux de fécondité est le plus élevé du continent, où l'espérance de vie à la naissance figure parmi les meilleures, où le chômage structurel qui perdure depuis un demi-siècle est en voie d'être vaincu, où l'écart des salaires entre hommes et femmes est parmi les plus bas et continue à diminuer.

La performance environnementale de la France, selon l'indice calculé par l'université américaine Yale, la place au 12e rang mondial, devant – excusez du peu – le Japon, l'Italie, l'Allemagne ou les États-Unis. Elle est l'un des pays qui ont le mieux négocié leur transition numérique et où le coût de l'Internet mobile est le plus bas. Elle est, pour la troisième année consécutive, le pays européen qui attire le plus d'investissements étrangers. Elle est même, selon le blog spécialisé Fipaddict, le seul grand pays européen où le pouvoir d'achat a augmenté pendant la crise sanitaire, pour s'établir fin 2022 à 1,5 % au-dessus de son niveau de 2019. Bref, une puissance moyenne qui n'a pas à rougir.

D'où vient alors ce déficit de bonheur qui ne cesse d'assombrir le moral des Gaulois réfractaires ? Il y a quarante-cinq ans, l'économiste Jean Fourastié, l'auteur des Trente Glorieuses (Fayard, 1979), pointait déjà les dépenses sociales élevées mais inefficaces, l'incapacité à organiser un dialogue social digne de ce nom, la rigidité du droit du travail, la grande fragilité du commerce extérieur. Le jugement reste valable. On pourrait y ajouter l'angoisse devant une mondialisation qu'on peine à appréhender, la frustration devant un État nounou de plus en plus impotent, et surtout la crainte du déclassement, qui se nourrit justement de la conscience de sa situation privilégiée. C'est quand on est nanti qu'on a le plus à perdre.

Luc de Barochez – Le Point, 09/05/2023

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Avatar bibi

bibi

10 mai 2023 15:06
Bridget91 a écrit :
Cet état pessimiste est entretenu par ces abrutis de journalistes qui mettent en avant le côté négatif, de l'info et qui en rajoutent à leur sauce, à croire que ça paye bien ce type d'intox.
J'évite désormais de regarder le journal TV de 20h, car je suis déprimée à chaque fois après (à part Arté qui, pour moi, donne la meilleure information en restant objectif).
Il me semble que la France ne va pas si mal que ça par rapport à beaucoup d'autres pays d'Europe et du monde.

D'accord avec vous entretenir la morosité,permet d'entretenir la peur.Si les français allaient dans certains pays pauvres ou bien ou la dictature sévit ils pourraient se rendre compte
A quel point beaucoup nous envie. Il faut aller passer ses vacances ailleurs que sous les cocotiers!
A condition bien sûr d'en avoir les moyens ce qui n est pas le cas de tout le monde
Les français (les vieux!) comparent a France d'il y a 30 ans et celle de maintenant et la il y a en effet beaucoup de choses à dire, mais les jeunes eux ont encore une énergie pour la plupart à laquelle il faut faire confiance

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Avatar Claude-

Claude-

10 mai 2023 10:02

L’Etat de la France,s’inscrit dans le schéma actuel européen.
La France et l’Italie ne sont ils pas en queue de peloton dans certains domaines (dette publique…)
L’opposition représentée par M L Pen et Melenchon semblent représenter grands dangers (programmes économiques…)
Néanmoins ne pourrions nous pas avoir meilleure gouvernance et programmes de réformes adaptés à la situation actuelle…

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Avatar janine33

janine33

10 mai 2023 09:38

Je crois qu’on confond trop souvent la philosophie et l’économie . D’un même point peuvent partir plusieurs demi droites bien divergentes .
La pensée ne regarde que soi .
Mais l’économie s’impose à nous , que l’on y consente ou pas . Les leviers dont nous disposons ne sont nullement des «pleins pouvoirs ».
Qui saurait empêcher la terre de tourner ?
Les hommes de se nourrir et de commencer ?

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Avatar topaze666

topaze666

10 mai 2023 09:31
Bridget91 a écrit :
Cet état pessimiste est entretenu par ces abrutis de journalistes qui mettent en avant le côté négatif, de l'info et qui en rajoutent à leur sauce, à croire que ça paye bien ce type d'intox.
J'évite désormais de regarder le journal TV de 20h, car je suis déprimée à chaque fois après (à part Arté qui, pour moi, donne la meilleure information en restant objectif).
Il me semble que la France ne va pas si mal que ça par rapport à beaucoup d'autres pays d'Europe et du monde.

Je vous approuve totalement, aux infos on ne dit jamais ce qui va bien , il n'y a que du négatif, quand ils posent des questions aux gens , ils ne passent que les mécontents qui se plaignent de tout , quand l'état annonce soit une baisse du prix de l'essence , soit une prime pour telle ou telle chose ils répondent que ce n'est pas suffisant , par contre les familles partent de plus en plus en vacance ou en WE., cette année il y a une grosse augmentation de réservations , qu'est ce qu'il faut en déduire ? les français sont des râleurs et des éternels insatisfaits

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Avatar darl53

darl53

10 mai 2023 08:48

sujet beaucoup trop long pour moi
....je m'en vais signer les pétitions pour les animaux

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Avatar catherine-

catherine-

10 mai 2023 07:41

C'est un peu la faute des médias qui ne parlent toujours que de ce qui ne va pas et jamais de ce qui va bien.

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Avatar Dan

Dan

10 mai 2023 06:05

le Point rangé du côté des comploteurs.

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Avatar alain

alain

9 mai 2023 15:32

Luc de Barochez devrait aller voir en Ukraine s'il y est au lieu d'écrire que le pouvoir d'achat augmente , que le chômage est sûr le point d'être vaincu .... !!!!
Ou à Mayotte !
Peu de pays où la propagande est aussi hallucinante !!!!

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Avatar Bridget91

Bridget91

9 mai 2023 13:19
GÉO a écrit :
On vous déprime exprès, pour vous vendre du bonheur après .... pendant les pubs.

ah oui je n'avais pas pensé à ça, c'est donc de l'info marketing ! je déteste les pubs, je zap.

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Avatar GÉO

GÉO

9 mai 2023 12:02
Bridget91 a écrit :
Cet état pessimiste est entretenu par ces abrutis de journalistes qui mettent en avant le côté négatif, de l'info et qui en rajoutent à leur sauce, à croire que ça paye bien ce type d'intox.
J'évite désormais de regarder le journal TV de 20h, car je suis déprimée à chaque fois après (à part Arté qui, pour moi, donne la meilleure information en restant objectif).
Il me semble que la France ne va pas si mal que ça par rapport à beaucoup d'autres pays d'Europe et du monde.

On vous déprime exprès, pour vous vendre du bonheur après .... pendant les pubs.

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Avatar Bridget91

Bridget91

9 mai 2023 10:06

Cet état pessimiste est entretenu par ces abrutis de journalistes qui mettent en avant le côté négatif, de l'info et qui en rajoutent à leur sauce, à croire que ça paye bien ce type d'intox.
J'évite désormais de regarder le journal TV de 20h, car je suis déprimée à chaque fois après (à part Arté qui, pour moi, donne la meilleure information en restant objectif).
Il me semble que la France ne va pas si mal que ça par rapport à beaucoup d'autres pays d'Europe et du monde.

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Avatar alain

alain

9 mai 2023 09:12

On va avoir le numéro entier ( lol ) , anyway plus personne n' achète cette propagande même les seniors trouvent ça exagéré , même chatoune seul dans son gilet pare balles n'y prêterait plus aucune attention

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