Le journalisme social : une espèce médiatique en voie de disparition

- 16 novembre 2021 08:25

https://www.acrimed.org/Medias-et-travail-le-journalisme-social-en-6405?fbclid=IwAR0GQ2-iR0PocHAHqFp7PR_R0iJKJqM8dIzQu1h7HBvHAlpN_6ZS80m_vKc

Extrait :
« À l’image des nombreuses grèves qui ne bénéficient pas du moindre écho médiatique, d’autres réalités illustrant certains des aspects les plus conflictuels et les plus significatifs du monde du travail passent sous les radars. Ce fut le cas de la condamnation définitive du groupe Bouygues, en janvier 2021, pour recours à du travail dissimulé sur le chantier de l’EPR de Flamanville : un article dans Mediapart, un autre dans Le Canard Enchaîné et trois lignes dans Ouest-France [2]. Basta.
Le jugement aurait pourtant justifié une couverture de grande ampleur à de nombreux égards. Celui des faits incriminés, par exemple : rien de moins qu’une centaine d’accidents du travail non déclarés, et l’embauche illégale de 460 travailleurs roumains et polonais entre 2008 et 2012, qui, rappelle Mediapart, « ne disposaient d’aucune protection sociale », d’« aucun congé payé » « pour une majorité d’entre eux » et « pour certains », d’« aucun bulletin de paie ». Il est vrai qu’un des plus gros employeurs (et oligarque) du pays s’asseyant sur le droit du travail sur l’un des plus gros chantiers du pays, pour la construction d’un ouvrage aussi anodin qu’une centrale nucléaire ne correspond guère à la vision irénique du monde du travail que diffusent la plupart des journalistes – et pour cause.
La sociologie des journalistes – profession structurée, malgré de fortes disparités, par « une tendance forte à l’embourgeoisement [...], en particulier dans ses franges dominantes ou intermédiaires » [3]– est un facteur à même d’expliquer le désintérêt, la méconnaissance voire le mépris des professionnels des médias – et notamment des chefferies éditoriales – vis-à-vis des classes populaires et des métiers qu’elles exercent, relégués au bas de l’échelle sociale. L’évolution spécifique du profil personnel et professionnel des journalistes sociaux en est un autre. Dans l’étude qu’elle leur consacre, la politiste Sandrine Lévêque montre comment l’engagement militant (politique et syndical), résolument au côté du mouvement ouvrier, fut au début du XXe siècle un fondement intrinsèquement lié à leur légitimation en tant que « groupe » professionnel.
Puis, à mesure que « militantisme » et « référence au monde ouvrier » apparurent comme une « ressource dévaluée », et en écho aux « profonds changements » que connut la profession – notamment l’arrivée de professionnels « dotés d’un capital scolaire plus important que celui de leurs prédécesseurs » – ce profil (revendiqué comme tel) s’est dilué au profit d’un autre, plus « technicien » : « À la fin des années 1960 et au début des années 1970, ils abandonnent leur affichage militant et cherchent à mettre en scène [...] une nouvelle façade plus technicienne, et moins engagée. » « La définition des frontières internes du groupe passe désormais par une valorisation des savoirs experts. Le militantisme ou l’engagement syndical ou politique, principe fondateur de la légitimité à intervenir sur le social, apparaît désormais largement remis en cause et même dénoncé. » [4] Un processus qui s’achèvera dans les décennies 1980 et 1990, où seront alors mises en avant d’autres compétences professionnelles, reconnues comme plus légitimes, au premier rang desquelles la « rigueur » (vérifier et recouper ses informations) et la capacité à la « vulgarisation » (parler au plus grand nombre). Mais ces facteurs sociohistoriques n’expliquent pas tout.
Poser la question du traitement médiatique du travail et du social implique également de réfléchir aux formats que ces grands médias réservent à la question, et aux moyens – humains et financiers – dont ils dotent les services qui la prennent en charge. « Beaucoup de choses ont commencé à flancher quand l’économie et le social ont été dissociés, quand l’économie a pris le pas sur le social, en étant traitée de manière déconnectée, comme si ces deux champs étaient imperméables, avance Julien Brygo. C’est l’héritage de l’époque où l’on disait : "Il n’y a plus de classe sociale". (…)

Le journalisme social : une espèce médiatique en voie de disparition

16 novembre 2021 08:25

https://www.acrimed.org/Medias-et-travail-le-journalisme-social-en-6405?fbclid=IwAR0GQ2-iR0PocHAHqFp7PR_R0iJKJqM8dIzQu1h7HBvHAlpN_6ZS80m_vKc

Extrait :
« À l’image des nombreuses grèves qui ne bénéficient pas du moindre écho médiatique, d’autres réalités illustrant certains des aspects les plus conflictuels et les plus significatifs du monde du travail passent sous les radars. Ce fut le cas de la condamnation définitive du groupe Bouygues, en janvier 2021, pour recours à du travail dissimulé sur le chantier de l’EPR de Flamanville : un article dans Mediapart, un autre dans Le Canard Enchaîné et trois lignes dans Ouest-France [2]. Basta.
Le jugement aurait pourtant justifié une couverture de grande ampleur à de nombreux égards. Celui des faits incriminés, par exemple : rien de moins qu’une centaine d’accidents du travail non déclarés, et l’embauche illégale de 460 travailleurs roumains et polonais entre 2008 et 2012, qui, rappelle Mediapart, « ne disposaient d’aucune protection sociale », d’« aucun congé payé » « pour une majorité d’entre eux » et « pour certains », d’« aucun bulletin de paie ». Il est vrai qu’un des plus gros employeurs (et oligarque) du pays s’asseyant sur le droit du travail sur l’un des plus gros chantiers du pays, pour la construction d’un ouvrage aussi anodin qu’une centrale nucléaire ne correspond guère à la vision irénique du monde du travail que diffusent la plupart des journalistes – et pour cause.
La sociologie des journalistes – profession structurée, malgré de fortes disparités, par « une tendance forte à l’embourgeoisement [...], en particulier dans ses franges dominantes ou intermédiaires » [3]– est un facteur à même d’expliquer le désintérêt, la méconnaissance voire le mépris des professionnels des médias – et notamment des chefferies éditoriales – vis-à-vis des classes populaires et des métiers qu’elles exercent, relégués au bas de l’échelle sociale. L’évolution spécifique du profil personnel et professionnel des journalistes sociaux en est un autre. Dans l’étude qu’elle leur consacre, la politiste Sandrine Lévêque montre comment l’engagement militant (politique et syndical), résolument au côté du mouvement ouvrier, fut au début du XXe siècle un fondement intrinsèquement lié à leur légitimation en tant que « groupe » professionnel.
Puis, à mesure que « militantisme » et « référence au monde ouvrier » apparurent comme une « ressource dévaluée », et en écho aux « profonds changements » que connut la profession – notamment l’arrivée de professionnels « dotés d’un capital scolaire plus important que celui de leurs prédécesseurs » – ce profil (revendiqué comme tel) s’est dilué au profit d’un autre, plus « technicien » : « À la fin des années 1960 et au début des années 1970, ils abandonnent leur affichage militant et cherchent à mettre en scène [...] une nouvelle façade plus technicienne, et moins engagée. » « La définition des frontières internes du groupe passe désormais par une valorisation des savoirs experts. Le militantisme ou l’engagement syndical ou politique, principe fondateur de la légitimité à intervenir sur le social, apparaît désormais largement remis en cause et même dénoncé. » [4] Un processus qui s’achèvera dans les décennies 1980 et 1990, où seront alors mises en avant d’autres compétences professionnelles, reconnues comme plus légitimes, au premier rang desquelles la « rigueur » (vérifier et recouper ses informations) et la capacité à la « vulgarisation » (parler au plus grand nombre). Mais ces facteurs sociohistoriques n’expliquent pas tout.
Poser la question du traitement médiatique du travail et du social implique également de réfléchir aux formats que ces grands médias réservent à la question, et aux moyens – humains et financiers – dont ils dotent les services qui la prennent en charge. « Beaucoup de choses ont commencé à flancher quand l’économie et le social ont été dissociés, quand l’économie a pris le pas sur le social, en étant traitée de manière déconnectée, comme si ces deux champs étaient imperméables, avance Julien Brygo. C’est l’héritage de l’époque où l’on disait : "Il n’y a plus de classe sociale". (…)

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Avatar aranjuez

aranjuez

18 novembre 2021 10:15

Est-ce que le journalisme social doit parler des immigrés qu’on n’arrive pas à expulser, du travail au noir, de la fraude aux cartes vitales et aux aides sociales, de la drogue et de la délinquance qu’elle génère, des violences régulières lors des manifestions chères à la gauche etc..

Ou bien tout ceci ne fait pas partie des problèmes de notre société et doit être exclu du journalisme social ?

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Avatar Dan

Dan

17 novembre 2021 09:25

et on retourne au temps des çaµizdats ..

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Avatar janine33

janine33

16 novembre 2021 13:29

Sujet éminemment complexe et qui pour le traiter demande d’être bien informé . Il est évident que l’information choisit des sujets porteurs par le monde politique ou économique . Souvent de petites affaires sont montées en épingle pour chercher à influencer l’opinion publique . ( Je pense par exemple aux histoires de tickets de cantine , et pas que …) . Nous vivons dans un monde médiatisé où le vedettariat fait la loi . L’audimat est roi .

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Avatar zorbek

zorbek

16 novembre 2021 12:43

J'ai vu hier soir un téléfilm sur France édifiant sur les enfants placés en institution et en famille d'accueil décrivant la misère et les aberrations du système dans l'aide à l'enfance.
Oui, sur beaucoup de secteurs sociaux les choses malheureusement sont loin d'être parfaites avec un manque de moyens financiers évidents. Les personnels impliqués n'en peuvent plus (manque de personnels ou certains personnels inaptes au métier, salaires faibles, règles rigides: ce dernier point peut s'améliorer même si les lourdeurs administratives et réglementaires conduisent à des aberrations ne facilitent pas ou coincent les solutions)

Mais croyez-vous que dans un Pays pauvre économiquement (comme dans les Pays du Tiers-monde), on puisse faire du social? Bien sur que non sans source financière.

L’État (quelque soit l'option politique), porteur de tous les malheurs et aléas si on en croit certains, prélève les impôts et les redistribuent, mais il ne crée que peu de richesse.
Une économie privée très défaillante pour un Pays ne peut pas conduire à une amélioration des conditions sociales (nivellement par le bas, disparition de la classe moyenne, voir le Vénezuela).

A l'heure actuelle, on vit une vraie schizophrénie les gens réclament moins d'impôts mais souhaitent aussi une amélioration des conditions sociales et salariales avec bien sur un déficit permanent du budget et une balance commerciale déficitaire en France.

L’État ne peut redistribuer que ce qu'on lui donne à moins que le déficit soit épongé par l'inflation avec le temps de manière déguisée?, comme dans les années 1970-80. C'est peut-être comme cela dans le futur que la pilule sera plus facile à avaler avec comme conséquence une dévalorisation significative de l'épargne et des plus values boursières dormantes des plus riches. A condition que l'Europe l'accepte? Qui sait?

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Avatar nandocinqsix

nandocinqsix

16 novembre 2021 08:45

...: encore faut-il préciser :" journaliste d'investigation !"
Qui ne se contente pas de relayer les "Communiqués de presse"!

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