Avatar loulou25

Avraham Wolff, grand rabbin d'Odessa

loulou25 - 22 mars 2022 21:53

Une très belle histoire racontée par Libération (résumé) :

Le grand rabbin d’Odessa est le père de 100 enfants. Il en a la preuve : des documents à en-tête officiel de la ville lui donnent provisoirement autorité sur tous ces gamins. Le temps de les mettre à l’abri. Avraham Wolff les a conduits loin des dangers de la guerre, par la route, à travers la Moldavie, la Roumanie, la Hongrie, la Slovénie, la République tchèque, avant d’atteindre enfin Berlin, trois jours plus tard. C’était le 6 mars et le deuxième convoi organisé par le dirigeant religieux.

Le premier était parti quelques jours plus tôt avec 120 orphelins d’un établissement géré par la communauté. «J’étais très inquiet pour les enfants. Qu’en cas de bombardement plus personne ne puisse s’occuper d’eux. J’ai appelé mon ami rabbin à Berlin», raconte-t-il. Problème : les orphelins n’ont ni visa ni passeport. Seulement des certificats de naissance, et parfois même pas les originaux. Son homologue prévient le chef de la police aux frontières allemandes, qui répond immédiatement : «Ils sont les bienvenus, on va les aider.»

Les bus partent le 2 mars. Depuis Berlin, une cellule de crise, «avec des militaires autour de la table», les suit en direct. Avraham Wolff a envoyé un homme de confiance dans la capitale allemande : son fils aîné, 25 ans, rabbin comme son père. «Je lui ai dit : “Mets les enfants en sécurité, et ramène-les ensuite un jour ici.”» Pour l’instant, ceux-ci resteront loin des bombes. Avraham Wolff, lui, est revenu parmi les siens, dans cette communauté qui est l’une des plus importantes d’Ukraine.

«Avant la guerre, nous étions 40 000». Il énumère les structures pilotées par la synagogue : des écoles de tous niveaux, une université, et même une maison de retraite dont l’un des pensionnaires est un nonagénaire rescapé de la Shoah.

« La vie des juifs d’Odessa telle qu’elle existait est terminée. On s’est éparpillé comme un puzzle. La tâche sera immense pour rassembler les pièces après la guerre. Je suis sûr que je n’en reverrai pas, car beaucoup ont déjà émigré vers Israël et l’Europe. 70 % de la population ne reviendra pas. On l’a vu à Lougansk, Donetsk [les territoires séparatistes en sécession depuis 2014]», constate l’homme à la longue barbe grise et aux sourcils encore noirs. Il le dit sans amertume, et le prouve avec une blague : «Deux juifs discutent dans la rue. Un troisième arrive et leur lance : “Je ne sais pas de quoi vous parlez mais il faut qu’on parte”.» Il rit, puis reprend : «Riches ou pauvres, ça importe peu, les juifs doivent toujours partir.»

Avraham Wolff reste pour les autres et continue d’organiser des évacuations. «Si quelqu’un m’appelle [pour partir], je ne demande jamais s’il est juif ou non. Je réponds : “Il y a un bus, allez-y”.». «La plupart des gens ont surtout besoin d’un soutien moral. Je donne aux gens le sentiment que tout va bien aller. Ils restent calmes et paisibles parce que je suis là.» Le dévouement a un prix. Depuis le début de la guerre, il a perdu sept kilos, a trop peu dormi et n’a pas «laissé ses émotions [le] submerger». Il en tire une triple leçon : «A la prochaine guerre, je mangerai mieux, je dormirai mieux et je pleurerai mieux.»

Né en Israël il y a presque cinquante-deux ans, Avraham Wolff a étudié la religion à New York En 1992, alors que l’URSS vient de s’effondrer, le jeune rabbin débarque en Ukraine. Une partie de sa belle-famille vient de ce rivage de la mer Noire.

Le grand rabbin refuse de parler de politique ouvertement. Pas son rôle de responsable religieux. Son panégyrique sur la tolérance en Ukraine sonne néanmoins comme une cinglante réplique aux délires de Vladimir Poutine sur la «dénazification» du pays à coups d’obus sur les maternités et de chars dans les champs. Jamais il n’a rencontré d’antisémitisme dans son pays d’adoption, jure-t-il. Il a même une étonnante donnée factuelle pour étayer son propos : l’Ukraine est le seul pays, hormis Israël, à avoir eu un Premier ministre et un président juifs ces dernières années.

Au-delà de la religion, Avraham Wolff loue avec emphase l’ouverture de l’Ukraine sur le monde qui se manifeste par ses écoles française, américaine, moldave, bulgare, etc. Ses relations avec les autorités locales sont excellentes, le maire toujours disponible et disposé à venir le voir. «Aucun rabbin au monde n’est plus heureux qu’un rabbin en Ukraine. Nous sommes sept milliards d’habitants sur Terre et un seul a la chance d’être le rabbin d’Odessa», conclut-il. L’antisémitisme lui inspire surtout une nouvelle blague. «Un rabbin tombe un jour sur un homme de sa paroisse en train de lire des journaux antisémites. “Pourquoi tu lis ça ?” demande le religieux. L’homme répond : “Dans les journaux de la communauté, on ne lit que des mauvaises nouvelles, la mort de celui-ci, les problèmes d’argent de celui-là, etc. Au moins là, je lis qu’on est tous très riches et terriblement intelligents.”»

Avraham Wolff, grand rabbin d'Odessa

Avatar loulou25

loulou2522 mars 2022 21:53

Une très belle histoire racontée par Libération (résumé) :

Le grand rabbin d’Odessa est le père de 100 enfants. Il en a la preuve : des documents à en-tête officiel de la ville lui donnent provisoirement autorité sur tous ces gamins. Le temps de les mettre à l’abri. Avraham Wolff les a conduits loin des dangers de la guerre, par la route, à travers la Moldavie, la Roumanie, la Hongrie, la Slovénie, la République tchèque, avant d’atteindre enfin Berlin, trois jours plus tard. C’était le 6 mars et le deuxième convoi organisé par le dirigeant religieux.

Le premier était parti quelques jours plus tôt avec 120 orphelins d’un établissement géré par la communauté. «J’étais très inquiet pour les enfants. Qu’en cas de bombardement plus personne ne puisse s’occuper d’eux. J’ai appelé mon ami rabbin à Berlin», raconte-t-il. Problème : les orphelins n’ont ni visa ni passeport. Seulement des certificats de naissance, et parfois même pas les originaux. Son homologue prévient le chef de la police aux frontières allemandes, qui répond immédiatement : «Ils sont les bienvenus, on va les aider.»

Les bus partent le 2 mars. Depuis Berlin, une cellule de crise, «avec des militaires autour de la table», les suit en direct. Avraham Wolff a envoyé un homme de confiance dans la capitale allemande : son fils aîné, 25 ans, rabbin comme son père. «Je lui ai dit : “Mets les enfants en sécurité, et ramène-les ensuite un jour ici.”» Pour l’instant, ceux-ci resteront loin des bombes. Avraham Wolff, lui, est revenu parmi les siens, dans cette communauté qui est l’une des plus importantes d’Ukraine.

«Avant la guerre, nous étions 40 000». Il énumère les structures pilotées par la synagogue : des écoles de tous niveaux, une université, et même une maison de retraite dont l’un des pensionnaires est un nonagénaire rescapé de la Shoah.

« La vie des juifs d’Odessa telle qu’elle existait est terminée. On s’est éparpillé comme un puzzle. La tâche sera immense pour rassembler les pièces après la guerre. Je suis sûr que je n’en reverrai pas, car beaucoup ont déjà émigré vers Israël et l’Europe. 70 % de la population ne reviendra pas. On l’a vu à Lougansk, Donetsk [les territoires séparatistes en sécession depuis 2014]», constate l’homme à la longue barbe grise et aux sourcils encore noirs. Il le dit sans amertume, et le prouve avec une blague : «Deux juifs discutent dans la rue. Un troisième arrive et leur lance : “Je ne sais pas de quoi vous parlez mais il faut qu’on parte”.» Il rit, puis reprend : «Riches ou pauvres, ça importe peu, les juifs doivent toujours partir.»

Avraham Wolff reste pour les autres et continue d’organiser des évacuations. «Si quelqu’un m’appelle [pour partir], je ne demande jamais s’il est juif ou non. Je réponds : “Il y a un bus, allez-y”.». «La plupart des gens ont surtout besoin d’un soutien moral. Je donne aux gens le sentiment que tout va bien aller. Ils restent calmes et paisibles parce que je suis là.» Le dévouement a un prix. Depuis le début de la guerre, il a perdu sept kilos, a trop peu dormi et n’a pas «laissé ses émotions [le] submerger». Il en tire une triple leçon : «A la prochaine guerre, je mangerai mieux, je dormirai mieux et je pleurerai mieux.»

Né en Israël il y a presque cinquante-deux ans, Avraham Wolff a étudié la religion à New York En 1992, alors que l’URSS vient de s’effondrer, le jeune rabbin débarque en Ukraine. Une partie de sa belle-famille vient de ce rivage de la mer Noire.

Le grand rabbin refuse de parler de politique ouvertement. Pas son rôle de responsable religieux. Son panégyrique sur la tolérance en Ukraine sonne néanmoins comme une cinglante réplique aux délires de Vladimir Poutine sur la «dénazification» du pays à coups d’obus sur les maternités et de chars dans les champs. Jamais il n’a rencontré d’antisémitisme dans son pays d’adoption, jure-t-il. Il a même une étonnante donnée factuelle pour étayer son propos : l’Ukraine est le seul pays, hormis Israël, à avoir eu un Premier ministre et un président juifs ces dernières années.

Au-delà de la religion, Avraham Wolff loue avec emphase l’ouverture de l’Ukraine sur le monde qui se manifeste par ses écoles française, américaine, moldave, bulgare, etc. Ses relations avec les autorités locales sont excellentes, le maire toujours disponible et disposé à venir le voir. «Aucun rabbin au monde n’est plus heureux qu’un rabbin en Ukraine. Nous sommes sept milliards d’habitants sur Terre et un seul a la chance d’être le rabbin d’Odessa», conclut-il. L’antisémitisme lui inspire surtout une nouvelle blague. «Un rabbin tombe un jour sur un homme de sa paroisse en train de lire des journaux antisémites. “Pourquoi tu lis ça ?” demande le religieux. L’homme répond : “Dans les journaux de la communauté, on ne lit que des mauvaises nouvelles, la mort de celui-ci, les problèmes d’argent de celui-là, etc. Au moins là, je lis qu’on est tous très riches et terriblement intelligents.”»

avatar
Avatar loulou25

loulou25

24 mars 2022 19:34
Maya a écrit :
Très belle discussion ! Ça me touche. Il existe des gens altruistes . Ça me donne la joie de vivre.
Les communautés juives, en revanche, ont presque entièrement disparu de Pologne. Et aussi d'Asie mineure, d'Afrique du Nord... il serait temps de rendre à ces gens leur histoire et leurs biens. A part dans la littérature du 19 siècle, où trouve t on des traces des Juifs d'Odessa ou de Salamine ?

Justement, le grand rabbin décrit l'ouverture d'esprit des Ukrainiens qui a permis à la communauté juive d'Odessa de subsister.

Répondre·

Avatar Maya

Maya

24 mars 2022 09:11

Très belle discussion ! Ça me touche. Il existe des gens altruistes . Ça me donne la joie de vivre.
Les communautés juives, en revanche, ont presque entièrement disparu de Pologne. Et aussi d'Asie mineure, d'Afrique du Nord... il serait temps de rendre à ces gens leur histoire et leurs biens. A part dans la littérature du 19 siècle, où trouve t on des traces des Juifs d'Odessa ou de Salamine ?

Répondre·

Avatar Tina

Tina

23 mars 2022 10:50

Quel bel exemple de dévouement et d'abnégation. Quel contraste avec la haine meurtrière de Poutine. Respect Monsieur.

Répondre·

Avatar darl53

darl53

23 mars 2022 10:48

il est certain que si nous étions tous de tels modèles il n'y aurait pas de guerre .
c'est homme est d'exception

Répondre·

Avatar Odile

Odile

23 mars 2022 08:14

Merci de nous rapporter ce témoignage qui fait du bien
Odile

Répondre·

Avatar mirna

mirna

23 mars 2022 08:06

👍 👏

Répondre·

Avatar rosefrydland

rosefrydland

23 mars 2022 07:43

quelle histoire magnifique d'un être humain juif ou pas qui vient en aide aux autres quand certain ne pensent qu'à tuer......

Répondre·

Avatar Marie

Marie

23 mars 2022 07:41

Très belle leçon de morale et de vie !

Répondre·

Avatar pauline

pauline

23 mars 2022 07:11

Voilà ce que être humain veut dire.
Merci pour cet article ! Il existe de belles personnes !

Répondre·

Avatar Nicole

Nicole

23 mars 2022 06:36

Et oui, chez nous on ne se pose pas de questions. Les enfants sont notre avenir .les sauver sauvera le monde.

Répondre·

Avatar beijaflor

beijaflor

23 mars 2022 06:29

Merci Rabbi Avraham. Que tous prennent exemple pour agir concrètement et donner autant d’amour.
Je copie ce texte pour le diffuser.
Cela me rappelle de très profonds souvenirs tout aussi touchants.

Répondre·

Avatar margaret

margaret

23 mars 2022 02:34

Voilà quelqu'un au service de la population ukrainienne qui ne se pose pas de questions

Répondre·