- Quels sont les risques encourus par les seniors qui pratiquent l’automédication ?

« 20 % des hospitalisations de seniors sont dues à des accidents liés à la prise de médicaments. Ces risques d’accidents sont 3 fois plus élevés chez un sujet de 75 ans que chez un sujet de 50 ans. Avec l’âge, il faut réduire les posologies préconisées sous peine de surdosage et donc d’accident. Souffrant généralement de troubles multiples, les personnes âgées consomment un grand nombre de médicaments, ce qui accroît les risques liés à des interactions de médicaments ou de surdosage.

Les patients traités pour de l’arthrose par des anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS) doivent éviter l’Aspirine et l’Ibuprofène en cas de douleurs ou fièvre en raison du risque accru de saignement digestif. Par ailleurs, certaines maladies chroniques - hypertension artérielle, problèmes cardiaques, oculaires, prostatiques, constipation…- sont totalement incompatibles avec des médicaments sans ordonnance. »

- Quel est le nombre de morts ou de malades hospitalisés chaque année imputable à l’automédication ?

« Il y a entre 140 000 et 150 000 personnes hospitalisées chaque année à cause de problèmes de médicaments. On pourrait éviter 50 à 60 % de ces hospitalisations si l’information circulait correctement et si le sujet prenait les bons médicaments. Mais on ne possède aucun chiffre sur le nombre de morts directement imputables à l’automédication. Car aucun médecin ne déclare, par exemple, un problème d’hémorragie lié à l’Aspirine ou une perforation de l’estomac dû à un anti-inflammatoire.

C’est le médecin qui fait les déclarations de pharmacovigilance, et pour cela il faut connaître le médicament. Or les médicaments vendus sans ordonnance sont souvent méconnus des médecins. »

- Les pharmaciens sont-ils suffisamment formés face à l’automédication croissante et à ses risques ?

« Les pharmaciens ne sont pas assez formés sur les problèmes de santé. Ils connaissent bien les médicaments ; mais moins les pathologies. Il y a plusieurs types de toux, par exemple, et dans certains cas il ne faut surtout pas prendre d’antitussif, notamment si c’est une toux de cardiaque, d’asthmatique ou de reflux gastro-œsophagien. Le pharmacien devrait poser plus de questions avant de délivrer un médicament. Seule la toux sèche peut être traitée par un antitussif.

En cas de toux grasse, le pharmacien propose souvent un expectorant ou un fluidifiant bronchique, or ces médicaments n’ont jamais démontré la moindre efficacité. C’est d’ailleurs pour cela qu’ils sont maintenant déremboursés. Non seulement ces produits ne servent à rien, mais ils peuvent aussi provoquer des effets indésirables. Il faudrait éviter de les prescrire et surtout de les vendre, mais les laboratoires pharmaceutiques ont beaucoup trop de poids. Dans l’intérêt de son client le pharmacien devrait lui poser plus de questions. »