Devenez un acteur de votre santé de demain...
- En tant qu’investigateur principal, qu’est ce qui vous a poussé à vous lancer dans cette grande étude sur la nutrition des Français ?
C’est vrai qu’au cours de ces dernières années, on a déjà eu connaissance d’un certain nombre d’arguments scientifiques qui suggèrent que l’alimentation et l’activité physique peuvent moduler le risque ou la protection vis-à-vis de maladies très importantes. Nous avons donc déjà beaucoup d’hypothèses mais pour pouvoir les valider, nous avons besoin de travailler sur des très grandes populations. Le fait qu’Internet se soit développé nous a permis de pouvoir toucher un très grand nombre d’internautes qui vont pouvoir contribuer aux progrès des connaissances en matière de santé publique.
- Pourquoi les Français mangent-ils de plus en plus mal ?
Il y a une évolution de notre société qui à la fois fait que nos modes de vie ont changé (travail des femmes, de moins en moins de temps pour déjeuner, les pressions marketing pour vendre de nouveaux produits…) et que l’on a perdu le goût pour la préparation culinaire. Tout ceci va vers une évolution défavorable pour notre santé si l’on ne s’en préoccupe pas.
- L’obésité et les régimes représentent un marché très important. Pensez-vous que l’on puisse vraiment enrayer ces problèmes de santé publique ?
C’est vrai que se pose à la fois des vrais problèmes de santé parce que l’obésité a considérablement augmenté en France comme dans les pays industrialisés notamment chez les jeunes enfants et d’un autre côté ce problème d’image corporelle de minceur et de maigreur véhiculée dans les médias fait que même chez des sujets qui ne sont pas en surpoids, il y a une volonté de maigrir. En rentrant dans une spirale des régimes, ces sujets vont prendre un risque supplémentaire de surpoids ou d’obésité.
Cette récupération commerciale qui vend des régimes plus ou moins efficaces ou des compléments alimentaires en tout genre vient nuire à la qualité nutritionnelle et de santé d’un certain nombre de nos concitoyens.
- Lancée en mai 2009, quels sont les objectifs de l’étude NutriNet-Santé ?
Il y a deux grands objectifs dans cette étude :
- Identifier dans l’alimentation et dans les modes de vie les facteurs qui peuvent augmenter ou réduire le risque de maladies aussi importantes que le cancer, l’obésité, les maladies cardio-vasculaires, le diabète mais également d’autres maladies comme la polyarthrite rhumatoïde, la dépression nerveuse, le déclin cognitif… C’est vraiment de pouvoir affiner nos connaissances pour faire des recommandations très pratiques sur comment bien manger pour réduire ces risques.
- Comprendre ce qui détermine les comportements des consommateurs. Il y a des gens qui mangent plus sucré, d’autres plus salé. Mais pourquoi ? Parce qu’ils savent que c’est plus ou moins bon pour la santé ? Par goût ? Pour des problèmes d’accessibilité financière à certains aliments ? De ces comportements, nous pourrons orienter les politiques de santé publique.
Cette étude entièrement financée par les pouvoirs publics a pour objectif final de déboucher sur les recommandations qui intéresseront toute la population et les générations futures. C’est vraiment une étude d’intérêt collectif.
À NOTER
Retrouver plus d’informations sur cette étude sur le site Etude Nutrinet Santé
- Concrètement, comment s’est mise en place cette étude participative ?
Au sein de mon unité de recherche Inserm, nous avions déjà réalisé des études plus limitées comme SU.VI.MAX (SUpplémentation en VItamines et Minéraux Anti-oXydants) en 1994 ou nous avions suivi 13.000 personnes pendant 15 ans mais on s’est vite rendu compte que 13.000 personnes ce n’était pas suffisant. Du coup, de part cette expérience acquise et le développement d’Internet en France, les chercheurs de mon unité ont développé ce protocole qui pour la première fois dans le monde a pour originalité de s’appuyer sur Internet comme un outil scientifique et sur les citoyens en tant qu’acteurs de la recherche.
- Comment assurez-vous le suivi sur 10 ans des 221.000 Nutrinautes déjà inscrits ?
Ce qui est important c’est que les gens contribuent à cette étude le plus longtemps possible même si ces derniers ne sont en aucun cas prisonniers et peuvent l'arrêter du jour au lendemain. Mais plus il y aura de personne sur la durée, plus l’étude sera concluante. Pour pérenniser les gens, on essaye de faire des choses simples, ludiques leur permettant de ne pas passer plus de 20 min par mois sur chaque questionnaire. De plus, notre site fournit aussi des informations sur la santé, des jeux sur la nutrition, des dossiers… avec un espace réservé aux Nutrinautes. On envoie aussi chaque mois un mail aux participants avec quelques informations sur l’avancement de l’étude tout en leur faisant prendre conscience de l’action citoyenne à laquelle ils participent.
- Quels sont les premiers résultats de cette étude ?
On a déjà pu sortir quelques données descriptives comme par exemple sur les variations régionales de l’alimentation. Dans une époque où l’on parle de mondialisation, de pizzas et d’hamburgers, on a pu observer qu’en France il persistait des variations régionales importantes avec une France du beurre et une France de l’huile. On a sorti des données sur le lien entre la nutrition et les milieux sociaux-économiques. Par exemple un cadre mange 50% plus de poissons qu’un ouvrier. On a sorti des données sur la consommation de sel : on a montré que plus de 90% de notre population à une consommation de sel plus élevée que ce qui est recommandé. On a sorti des données sur le grignotage : 1/3 de la population étudiée grignote régulièrement de façon assidue, arrivant à l’équivalent d’un repas supplémentaire...
Avant même que cette grande étude ne soit finie, elle nous a déjà permis de sortir des résultats qui ont des retombées et des applications.
- Une fois les derniers résultats de cette étude analysés, quels impacts aura-t-elle concrètement ? Avez-vous déjà des idées de dispositifs à mettre en place ?
Cette étude va servir à différents niveaux :
- Ella va déjà permettre de faire des recommandations pour le grand public. De fournir ces fameux points de repères pour aider le consommateur à améliorer la qualité de sa santé.
- Cela va permettre aux pouvoirs publics de développer des politiques, de pouvoir rendre plus accessible certaines informations sur les produits. Mais cela va surtout orienter les pouvoirs publics à faire pression sur les industriels pour que les produits soient mieux adaptés ou répondent davantage dans leur composition à l’intérêt de santé publique.
Cette étude aura des retombées directes sur nos assiettes de demain.
Vous l’avez donc compris, tout le monde doit se sentir concerné par cette étude… Si vous avez envie de faire bouger les choses, si vous considérez qu’il y a encore trop de désinformations en matière de nutrition, devenez un Nutrinaute actif. Plus d’informations en cliquant ici
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