Vivre avec un alcoolique : témoignage
Le problème avec l’alcool, c’est que personne ne le réalise
« José a commencé à boire seul, dans son coin, des boissons pas chères évidemment. Les alcooliques se fichent de la qualité. Mon mari a été jusqu’à boire de l’alcool de laboratoire. Il avait un comportement désagréable. Mais, comme beaucoup de gens à l’époque, on ne savait pas ce que c’était que l’alcoolisme. Je l’ai appris après, malgré les signes. On le voyait sortir de la voiture un peu raide le soir par exemple, mais je ne réalisais pas. Après la méconnaissance, il y a un véritable refus d’admettre ».
L’alcool rend vindicatif
« L’alcoolique cherche la bagarre, la petite bête, il cherche aussi toujours à assouvir son besoin. Tout le monde boit de l’alcool, c’est convivial, parfois festif. Mais l’alcoolique, lui, ne peut plus boire de façon raisonnée. Il n’y a plus que l’alcool qui prime dans sa vie, il est présent en permanence, c’est un besoin physique. José prenait en cachette une dose suffisante pour tenir 2-3 heures, mais après le manque apparaissait et il devenait invivable. Il cherchait la culpabilité chez ceux qui étaient sobres, en l’occurrence ma fille aînée et moi. Il nous testait, nous agressait verbalement, et si on ne se manifestait pas c’était encore pire.
Fatalement, son environnement au travail l’a aussi remarqué. On l’a mis à l’écart, il a été arrêté… Mais après avoir dérapé, ça a été encore plus difficile de reprendre une vie normale.
L’alcoolisme, c’est dur à admettre
Pour ma part, je me suis rendu compte assez vite de son caractère désagréable, et de sa tendance à boire de plus en plus et il m’a fallu 4-5 ans à vraiment mettre un mot sur le problème. J’ai eu le déclic un jour où un ami m’a incitée à assister à une réunion des alcooliques anonymes. Je me souviens aussi d’avoir téléphoné à l’assistante sociale, qui m’a rassurée. Elle m’a dit de ne pas m’en vouloir, puis elle m’a conseillé un livre qui m’a vraiment fait comprendre : "Le dernier verre", de Jean-Marc Melsen aux Editions Flammarion.
Quant à José, c’était pour lui aussi difficile de devoir se faire soigner. Il a pris conscience de son mal-être au bout de quelques années, mais sans admettre véritablement son alcoolisme ».
Je devais m’occuper de tout !
« À la maison, José n’était pas violent après avoir bu, mais il avait des paroles dures et déplacées, il s’en prenait à son entourage le plus proche, alors même qu’on faisait en sorte qu’il arrête. J’étais inquiète pour lui, pour notre famille et pour notre quotidien. Lorsqu’il buvait, José manquait de réalisme, il m’a fallu mettre le nez dans le budget, les comptes… J’ai eu de grosses surprises en découvrant des lettres pas ouvertes, et je n’avais pas cette habitude. Je devais aussi m’occuper de nos 4 enfants, le petit n’avait que 6 ans. »
Le « magic moment »
« C’est, selon les spécialistes, un moment qui fait prendre conscience de son état. Ça peut être n’importe quoi, selon les sujets. Celui de José s’est produit à Bruxelles, dans une grande surface, alors que nous nous rendions à l’enterrement d’une amie. On en a parlé lorsqu’il a arrêté de boire, quand on a enfin pu avoir des conversations lucides. Il a testé 2 ou 3 cures dans des établissements, qui n’ont pas fonctionné. Un jour, j’ai demandé à ce qu’on lui pose un implant d’Antabuse (fréquemment utilisé dans les années 80). Est-ce que c’est ça ou est-ce que c’est une combinaison de tous ces éléments ? Toujours est-il qu’à partir de ce moment, José n’avait plus envie de boire d’alcool.
Aujourd’hui encore, il suit toujours les réunions d’Alcooliques Anonymes, pas seulement pour ne pas rechuter, mais aussi parce que c’est comme un "art de vivre". Il y a toute une philosophie de vie, essentielle, qui entoure l’arrêt de la boisson.
José a arrêté de boire en 1985, il a fait une rechute de 2 ou 3 mois, mais globalement nous avons réussi à reconstruire une vie de famille ».
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