Ma vie a basculé du jour au lendemain

« J’ai commencé ma vie professionnelle dans de grands salons de coiffure à Paris. Je suis coloriste de formation et j’ai travaillé de 1975 à 1980, jusqu’à mon mariage avec un homme qui voyageait beaucoup pour son travail… Nous avons déménagé et, lorsque nous sommes revenus dans notre région, mon tendre époux est parti. Il m’a laissée seule à 45 ans avec nos 3 enfants, une grande maison, les véhicules, etc. Mais sans le carnet de chèque !

Il m’a fallu retrouver un travail au plus vite. J’ai naïvement espéré reprendre la coiffure, mais on m’a bien fait comprendre que mes diplômes n’étaient plus valables et que je n’avais plus l’âge approprié. J’avais élevé mes enfants et suivi mon mari pendant 22 ans… J’ai finalement trouvé ce poste d’hôtesse de caisse, le seul métier possible à partir de 45 ans. »

Un métier pour survivre décemment après 50 ans

« Mon niveau de vie a considérablement baissé du jour au lendemain. Quand j’ai commencé en 2002, je touchais 6,50 € bruts par heure. C’est la grande distribution… On le sait ! On sait aussi combien il y a dans nos caisses, mais c’est comme cela. Soit on accepte, surtout à mon âge, soit on reste au chômage et on ne fait rien.

Le point positif, c’est qu’on peut généralement s’arranger pour travailler aux horaires que l’on veut. Par exemple, on peut effectuer toutes nos heures sur 3 ou 4 jours… Peu d’entre nous sont à temps plein et les aménagements d’horaires peuvent être très différents d’une hôtesse à l’autre… Moi je viens de passer à un contrat de 24 h, car j’ai maintenant les moyens d’avoir des activités à côté, mais je touche toujours le SMIC. C’est difficile. »

Les hôtesses de caisse respectent une charte

« Même si la crise s’y ressent aussi, la grande distribution emploie beaucoup d’étudiants. Nous, les hôtesses de caisse permanentes, on les adopte bien (on sait pourtant que leur salaire est supérieur au nôtre), ils sont souvent très sympas et très courageux. Il faut savoir qu’on doit former toute personne qui entre au service caisse pendant 2 ou 3 jours. Dans l’ensemble cela se passe bien. On sait que cela commence mal quand on doit leur apprendre les bases de la politesse : sourire, ne pas mâcher de chewing-gum…

Avant de nous installer, on doit récupérer nos caisses dans une salle où il y a une affiche comprenant les bonnes conduites à tenir vis-à-vis de la clientèle. Clairement, le mot d’ordre c’est « bouclez-la ». On nous apprend à traiter les clients de la même manière, qu’ils en aient pour 20 ou 400 € d’achat. On sait parfaitement qu’il y a les râleurs, mais nous devons à tout prix éviter le conflit avec eux. »

Avec les années et les clients qui défilent, on apprend quelles postures adopter

« Dans ce métier, on ne doit pas être trop réservé, mais on ne doit pas non plus être trop expressif. Il y a des clients difficiles, surtout le week-end. Par exemple, les jeunes qui viennent acheter de l’alcool le soir, ceux qui nous méprisent et nous lancent l’argent sans nous adresser la parole ou encore les familles qui dépensent beaucoup d’argent dans le magasin et qui nous tiennent responsables du montant quand elles arrivent en caisse).

Nous sommes le dernier maillon de la chaîne, alors « encaisser » pour nous cela veut dire « se faire engueuler ». On entend régulièrement des phrases désagréables comme « Vous êtes sûre que vous ne vous êtes pas trompée ? ». Mais cela ne représente peut-être que 15 % des clients. Parce qu’il y a aussi les clients avec lesquels on établit des relations. Quelques-uns s’arrangent pour venir précisément à notre caisse. On a nos habitués du matin, du soir… On finit par les connaître, par suivre leur vie familiale, etc. Et puis, à force de voir ce que les gens achètent, on les connaît un peu, on repère leur niveau de vie… On ne connaît pas leur nom, mais on devine qui ils sont. »

Les caissières ne doivent pas montrer ce qu’elles pensent réellement !

« Il faut essayer de prendre les choses avec humour… On s’efforce de faire preuve de gentillesse en toutes circonstances, même si ce n’est pas forcément évident. Le plus dur, ce n’est pas la partie physique (on n’est pas fatigué à la fin de la journée), c’est surtout la partie mentale et psychologique. On doit toujours garder son calme et sourire ! C’est comme une pièce de théâtre, cela va presque au-delà de la politesse ! »

Avez-vous déjà eu à reprendre un travail qui ne mettez en avant ni vos compétences ni votre personnalité ? Quelles difficultés avez-vous pu rencontrer ? N'hésitez pas à échanger sur ce sujet dans l'encadré "Commentaires sur l'article" ci-dessous.