- L’enquête met l’accent sur la difficulté à définir le terme "senior". Y a-t-il un décalage ?

« Oui, l’enquête montre la distinction de la notion de séniorité : 48 % des seniors pensent qu’on est actuellement senior à partir de 45 ans. Pour 55 % des consultants, c’est à partir de 50 ans et pour 38 % des RH, il faut avoir 55 ans. Pourtant, ça n’a pas forcément de sens de dire qu’on est senior à partir de tel ou tel âge. Ça montre que l’âge devient mécaniquement un défaut plutôt qu’un avantage, du point de vue des recruteurs. »

- Quelles sont les attentes des recruteurs lors d’un entretien ?

« Qu’ils soient consultants ou RH en entreprises, les recruteurs mettent l’expertise en critère numéro 1, en terme d’avantages reconnus. Les seniors eux, ne sont que 39 % à mettre en avant l’expertise acquise. Selon nous, pour bien se vendre, les seniors devraient justement savoir transformer leur expérience en une expertise. »

- Quels sont les autres atouts des seniors ?

« Les attentes des recruteurs, à l’égard des seniors, hormis leur expérience, sont leur autonomie et leur capacité de recul. Des avantages certes recevables, mais qui prouvent bien que les populations ne donnent pas les mêmes priorités. »

- Et quels sont plutôt les freins à l’embauche d’un senior ?

« On retrouve les stéréotypes classiques : la rigidité, le manque de mobilité, le coût, les difficultés à être managés…

Pourtant on se rend compte grâce à l’enquête que les seniors sont prêts à déménager pour la moitié des personnes interrogées, à changer de fonction pour 2/3, et également à revoir à la baisse leur salaire. Je ne dis pas que c’est une solution, mais cela en dit beaucoup sur la notion de souplesse des seniors, qui sont prêts à faire des efforts. L’objectif, c’est donc de casser aussi ce stéréotype. »

- Les seniors sont-ils vraiment défavorisés en termes de travail ?

« Oui, c’est une réalité. Le taux d’emploi des 54 ans est d’environ 40 %. Si le taux d’activité des 60-64 ans a augmenté de 10 points en 2011, c’est simplement sous l’effet d’une mécanique liée à l’âge des retraites. Les seniors sont confrontés à de réelles difficultés de retour à l’emploi.

Et le discours tel que "pour tel poste je cherche quelqu’un de moins de 40 ans" est malheureusement socialement bien ancré au sein des entreprises. L’âge reste un frein et, à la différence d’autres sujets comme l’égalité hommes/femmes ou l’emploi de personnes en situation de handicap, on n’est pas prêts à enrayer cette perception. Pour les seniors, c’est long ! Le vocabulaire utilisé le prouve : on ne parle pas de retour à l’emploi, mais de maintien. »

- Qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans cette étude ?

« D’abord le faible nombre de recruteurs qui disent avoir transmis des candidatures seniors. Et ensuite ce chiffre : 91 % des seniors qui s’estiment discriminés. Est-ce que c’est une réalité ? On ne sait pas mais il règne inévitablement un sentiment d’injustice. Il faudrait mettre en place davantage de pédagogie et de transparence dans les processus de recrutement, afin de commencer à combattre cette discrimination. »


Vous sentez-vous discriminé en matière d'embauche et de retour à l'emploi ? Selon vous, qu'est ce qu'il faudrait faire ou mettre en place pour que les recruteurs s'intéressent davantage aux 50 ans et plus ? N'hésitez pas à donner votre avis et ébauche de solutions dans l'encadré "Commentaires sur l'article" ci-dessous.