Les jeux de grattage ne connaissent pas la crise
- Les chiffres annoncés par la Française des Jeux sont-ils étonnants, en ces temps de crise ?
« Non, pas forcément. Quand on regarde les chiffres, même à l’étranger, on perçoit des liens entre les jeux et la crise. Les jeux les plus concernés sont faciles d’accès, comme les jeux de grattage qui ne sont pas chers, largement accessibles et compréhensibles. Aujourd’hui, plus de la moitié des Français joue à des jeux d’argent. C’est en partie dû au fait qu’on a l’espoir d’un avenir meilleur, en cette période économiquement difficile.
Et puis le jeu est aussi synonyme de pratique sociale, un certain rituel se met en place, autour du vendredi 13 par exemple, on en parle au bureau, en famille, etc. »
- Joue-t-on seulement dans l’espoir de gagner ?
« Ces loisirs entretiennent l’espoir d’enrichissement, on peut substituer d’autres loisirs à celui-ci, comme le montrent certaines enquêtes américaines. Le plaisir réside dans le fait d’imaginer changer sa situation.
On joue, d’une part, parce qu’on rêve d’un changement de vie radical, éventuellement dans l’optique de prendre une revanche sociale, comme en témoignent certaines publicités télévisuelles dans lesquelles les acteurs changent de situation. D’autre part, il y a quelque chose d’un peu dangereux. On imagine qu’on va améliorer l’ordinaire, mais c’est largement illusoire parce que peu probable. C’est un pari risqué. »
- À partir de quel moment peut-on parler d’addiction, et donc d’un phénomène dangereux ?
« Le terme d’addiction est importé de ce qui se fait pour les drogues dures et l’alcoolisme. On reprend les critères, un peu arbitraires, définis dans un manuel de psychiatrie :
- Quand le joueur perd le contrôle de sa pratique,
- Quand il espère vouloir se refaire, que sa seule solution pour se sortir des problèmes justement créés par le jeu,
- Quand il est obsédé, et que cela donne lieu à des pratiques déviantes, etc. »
- Y a-t-il un profil type de joueur ?
« On joue un peu dans tous les milieux sociaux, mais un lien s’établit entre le fait de posséder et celui de jouer. En général, moins on gagne bien sa vie et plus on a tendance à jouer. De la même façon, le niveau de diplôme a aussi un impact : moins on a fait d’études et plus on est susceptible de jouer. Par ailleurs, plus on est un joueur excessif et plus on a de risque d’être issu d’un milieu social défavorisé. Les joueurs sont par ailleurs très largement des hommes.
Il règne une sorte d’ambivalence chez les gens, les joueurs occasionnels ne sont pas très attachés à la croyance. En revanche, les joueurs plus réguliers ont tendance à vouloir tenter leur chance souvent. Naturellement, quand on joue régulièrement, on dépense plus d’argent, ce qui n’est pas toujours raisonnable. »
- Il existe donc un risque à acheter des jeux de grattage ?
« Les gens n’ont pas toujours pleinement conscience de l’effet des jeux. Pourtant, il faut rappeler que, pour l’Euro Millions par exemple, on a 1 chance sur 100 millions de gagner, c’est difficile à imaginer ! Il n’est d’ailleurs pas étonnant que ce ticket soit l’un des plus vendus. La cagnotte a été créée pour son effet spectaculaire, médiatisée et largement relayée.
Lorsqu’on joue, on déforme la réalité pour arriver à quelque chose de possible, de probable. L’entourage incite aussi à jouer, on se dit en voyant les gagnants dans les journaux, ou issus de notre commune, que c’est possible.
Mais il faut relativiser : pour la plupart des gens, les jeux de grattage restent une pratique modérée, occasionnelle. Les dérapages ont lieu lorsqu’on n’a plus les moyens de le faire. »
Achetez-vous souvent des jeux de grattage ou des grilles de Loto ? Avez-vous souvent gagné et jusqu'à combien ? N'hésitez pas à partager votre petit plaisir dans l'encadré "Commentaires sur l'article" ci-dessous.
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